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 Les combattants se racontent 2 (coté Français)

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MessageSujet: Les combattants se racontent 2 (coté Français)   Les combattants se racontent 2 (coté Français) Icon_minitimeVen 9 Nov 2007 - 11:29

Emile MONIOTTE

Né à Champagney (Jura) le 22 Novembre 1896
Classe 1916, affecté au 208ème d’Infanterie
Décédé en 1989

Décoré de la médaille militaire, de la croix du combattant, de la croix de guerre et chevalier de la légion d’honneur.



Je suis mobilisé


Des bruits de guerre courraient alors dans le pays. Ce dimanche 2 Août 1914 (jour où est déclarée la mobilisation générale), j’étais dans les champs quand, vers 16 heures, j’entendis donner les cloches. Nous savions ce que cela voulait dire….
Les jeunes étaient très enthousiastes et l’on entendait crier partout « A Berlin, à Berlin ! »
Le 5 Août 1916, j’avais à peine vingt ans lorsque le facteur me remit ma feuille de route pour rejoindre le 152ème Régiment d’Infanterie stationné au Quartier Turenne à Langres. Mes camarades et moi étions très étonnés de la tenue que l’on nous donna ; un pantalon civil, une salopette et une veste usagée du début de la guerre. Pendant trois mois, nous faisons l’exercice tous les jours sauf le dimanche. Ce délais passé, nous reçûmes notre paquetage et la fameuse tenue Bleu Horizon réglementaire. De Langres, le bataillon fut dirigé en forêt de Compiègne où il logea dans des baraques Adrian. Pendant deux mois, les instructeurs perfectionnèrent notre entraînement par des manœuvres quotidiennes ; attaque simulées et combats à la baïonnette, utilisation de grenade, tirs sur des cibles visibles ou qui disparaissaient. Notre instruction complètement terminée, une permission de dix jours nous fut accordée ; je revins quelques jours dans mon village natal.

Mon premier contact avec le front


Je fus alors affecté au 208ème Régiment d’Infanterie à Calais, qui était alors au repos à Verberie, dans l’Oise. Cette période achevée, notre régiment fut envoyé vers Craonne non loin d’un lieu qui allait devenir tristement célèbre : Le Chemin des Dames. Nous étions en Décembre 1916 et le sol était recouvert de neige. C’est alors que j’ai découvert le monde des tranchées avec toute sont organisation et sa misère ; quand il pleuvait c’était un vrai désastre et nous avions le cafard. La boue se prenait dans le bas des capotes et les alourdissait ; dans certains secteurs particulièrement boueux, les soldats coupaient le bas des capotes pour éviter ce désagrément.

Ma vie dans les tranchées


Tous les matins, ou presque, vers six heures en hivers et plus tôt en été, arrivaient les « hommes soupes » qui apportaient le ravitaillement pour la journée. Il s’agissait ordinairement d’un bon café noir, de pain, de conserves de viande. Que n’avons-nous pas mangé comme « singe » à la vinaigrette, pommes de terre à l’eau, lentilles où haricots, sans oublier le camembert. A cela s’ajoutaient un demi litre de vin par homme, de l’eau-de-vie pour ceux qui en voulaient, et du tabac. Nous n’avions pas le droit de fumer dans la tranchée, aussi beaucoup prenaient l’habitude de chiquer. Si l’on voulait en griller une il fallait aller dans la sape. La corvée de soupe apportait aussi le courrier et les colis, ceux-ci étaient le plus souvent constitués de saucisses, de lard cuit, de gants pour l’hiver….
Nous partagions tout car nous étions très unis. Quand nous étions positionnés à l’arrière, on mangeait mieux grâce aux roulantes. Toutes les deux heures, deux hommes étaient affectés à la garde d’un poste avancé. Nous revenions ensuite à la tranchée pour attendre la prochaine attaque, la nôtre ou celle des Allemands. Si le moment était calme, on pouvait aller se reposer dans la sape ; il était absolument interdit de se déshabiller et d’enlever les équipements, nous ne pouvions nous séparer que du casque et du sac à dos. En règle générale, les sapes Allemandes étaient plus confortables que les nôtres ; par contre toutes étaient éclairées à la bougie ou à la lampe tempête. Pour nous coucher, quatre poteaux soutenaient un grillage en guise de sommier, le plus haut très près du plafond. Les anciens couchaient en haut, les plus jeunes en bas et tout le monde prenait comme oreiller son sac à dos après s’être enveloppé dans une vielle couverture pleine de poux. Je compris bien vite pourquoi les anciens couchaient en haut. En pleine nuit, je fus réveillé par quelque chose qui était sur mon ventre, c’était un gros rat qui cherchait de la nourriture ; quand nous étions réveillés, les rats prenaient peur et se sauvaient. Faire sa toilette n’existait pas et n’était de toute façon pas possible car il n’y avait pas d’eau ! Pendant les dix jours où nous étions en première ligne, nous restions sans nous laver ni nous raser. Pour nos besoins, un bout de tranchée était réservé à cet effet, il était rebouché de temps en temps.
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Je monte à l’assaut


Les tirs d’artillerie préliminaires étaient le signal d’un prochaine attaque ; une heure environ avant l’heure fatidique, le chef de section nous prévenait en disant : « On attaque à telle heure ! » Cette nouvelle faisait toujours un coup au cœur car on ne savait pas si l’on en reviendrait ; les hommes étaient calmes, une distribution de mauvaise eau-de-vie était faite à ceux qui le souhaitaient ; pour ma part je n’en ai jamais voulu.
Quand il faisait chaud, nous enlevions les capotes pour être plus à l’aise. Massés devant de petites échelles de bois pour sortir des tranchées, nous guettions le signe de la main du chef de section qui montrait la direction de l’attaque. On sortait alors en « gueulant » pour faire peur aux Allemands, mais aussi pour nous rassurer nous-mêmes ; on entendait partout : « A l’attaque ! », « Allons-y ! », « En avant les gars ! »….Et nous y allions.
Immédiatement, en face, commençait le tir des mitrailleuses et des fusils ; on essayait de les neutraliser à coups de grenades. L’objectif à atteindre nous était désigné avant l’attaque, ce pouvait être un tranchée ou un ouvrage quelconque. Quand le but était atteint, nous ramenions les prisonniers Allemands qui levaient les bras en criant : « Kamarad ! » ; si l’attaque échouait, on restait sur place et l’on essayait de revenir individuellement et discrètement au milieu des trous d’obus et des barbelés. Les blessés et les morts restaient entre les lignes ; la nuit, les brancardiers du régiment allaient chercher prioritairement les blessés, puis les morts. Les blessés les plus légers étaient ramassés par les camarades après les attaques.
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Le gaz était un ennemi terrible, nous n’avions pas besoin d’être prévenus car l’odeur se sentait de très loin, nous enfilions alors immédiatement notre masque. En règle générale, les Allemands tiraient quatre ou cinq coups de 77 ou, mieux, de 88 Autrichiens qui « pétaient fort » ; en même temps, ils tiraient les obus au gaz ; pour les anciens le son de ces obus était reconnaissable ; on aurait dit un bruit de bol qui se cassait en tombant par terre. Nous fûmes tous gazés, mais à des degrés plus ou moins importants. Pour ma part, j’ai connu les attaques au gaz en 1918 et j’ai subi un début d’intoxication.
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Un autre moyen de terreur utilisé, surtout par les Allemands, était le lance-flammes. J’ai vu deux soldats être grillés par cet engin ; aussi je prenais toutes les précautions nécessaires par la suite ; il fallait se camoufler et essayer de le détruire à la grenade ou à la mitrailleuse. Les fils de fer barbelés étaient répandus sur tout le champ de bataille et surtout devant les tranchées pour se protéger des attaques ennemies, parfois il y en avait jusqu'à dix mètres de profondeur. Ce moyen de protection existait surtout pendant la guerre des tranchées ; deux ou trois hommes par section (une vingtaine d’hommes commandés par un adjudant, un sous-lieutenant, ou un lieutenant) étaient porteurs de pinces et chargés de les couper.
Avec l’apparition des chars, les barbelés eurent un rôle moins important ; lors des attaques nous suivions par petits groupes derrière les chars Renault FT 17 qui étaient très maniables. A l’inverse les gros chars Anglais restaient souvent immobilisés dans les trous d’obus. Je voudrais également dire un mot sur ceux que l’on nommait les « nettoyeurs de tranchées » ; ils eurent surtout un grand rôle au début de la guerre, c’étaient des volontaires que nous appelions les « sacrifiés » ce qui veut tout dire ! J’en connaissais deux dans ma section.

Le repos après l’enfer


Nous étions en première ligne pendant dix jours, les régiments n’étaient relevés que s’ils avaient plus de 70% de pertes. Nous étions alors acheminés vers un secteur plus calme où nous pouvions enfin nous doucher ; on recevait du savon et de la graisse pour les brodequins, mais le dentifrice était inconnu ! Nous recevions également des vêtements propres : caleçons, chemises, lainage (que l’on portait toujours à cause de la fraîcheur des nuits), bandes molletières ; quand aux gants et aux passe-montagnes, c’étaient des accessoires non réglementaires mais tolérés. Nous profitions du repos pour brosser la boue séchée sur les capotes, laver nos pantalons, couper nos barbes de dix jours, graisser les brodequins et surtout enfiler les chaussures de repos…… Enfin, suivant le désir du capitaine, nous faisions plus ou moins d’exercices et de maniement d’armes, mais on nous faisait souvent faire des « conneries »

Confiture Anglaise contre pain Français


Pendant cette guerre, j’ai eu l’occasion de rencontrer des soldats Américains, Anglais et… des Allemands. L’obstacle de la langue ne permettait pas de beaucoup converser, mais surtout ai-je surtout gardé quelques images en mémoires.
- Les Américains étaient de grands costauds en chapeaux de feutre et qui roulaient des cigarettes à l’aide de petits sachets de tabacs préparés à l’avance ; je les ai rencontrés à Saint-Mihiel.
- Les Anglais étaient très chics, ils voulaient toujours nous échanger du pain français contre de la confiture qu’il recevaient en abondantes distributions.
- Les Allemands, je n’ai vu que des prisonniers en 1918, c’étaient des jeunes de la classe 19, aux figures imberbes cachées sous leurs gros casques ; ceux qui parlaient français nous disaient « Chez nous, mauvais ravitaillement ».

Des gorgées de café Allemand


Je voudrais raconter une anecdote amusante qui m’arriva au Chemin des Dames. J’étais de garde dans un poste avancé avec un camarade, dans une tranchée allemande dont nous venions de nous emparer ; soudain un bruit de bidons se rapproche de nous et, à notre grande surprise, nous nous retrouvons face à face avec un « homme soupe » allemand qui apportait du café à ses camarades. Il pensait que le tranchée prise récemment, était encore à eux ; lâchant ses bidons, il lève aussitôt les bras en disant « Kamarad ». Nous nous contentâmes de lui confisquer un bidon de café allemand pour y goûter, et en échange il est partit tout étonné avec un bidon de café français. Le café allemand fut goûté par notre section, mais demeura peu apprécié ! il était fabriqué avec de l’orge grillée.
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Blessés en 1918 au cours de l’offensive sur l’Aisne


L’année 1918 fut davantage une guerre de mouvements ; nous recevions des renforts de la classe 18 qui qui suivaient sans rechigner. Après deux ans de combats, je faisais déjà figure d’ancien, le temps n’avait pas la même valeur….. Cette guerre de mouvements était moins éprouvante que celle des tranchées ; de plus le ravitaillement et la toilette étaient possibles.
Le 18 Juillet 1918, fut déclenchée la grande offensive qui faisait suite à l’ordre du jour du 1er Juin : « On ne cède plus un pouce de terrain ».
Je me retrouvais, à cette époque, devant le village de La Poterie dans l’Aisne. Avec ma section, notre commandant nous envoya porter main-forte à une section qui était en difficulté. En traversant un chemin à découvert d’une dizaine de mètres, je reçois un coup de feu qui me fracture le tibia ; le sergent qui nous accompagnait coupa mon pantalon et les bandes molletières, puis à l’aide du pansement individuel dont nous étions tous munis, tenta de limiter la perte de sang. Il me dit : « Ca ne saigne pas trop mais les os sortent ! » Abandonné là par mes camarades qui devaient poursuivre leur mission, je restais alors seul de dix heures du matin à onze heures du soir entre les lignes allemandes et françaises. Le matin, j’avais rempli mon bidon de café mais il était déjà vide ; il ne me restait qu’un flacon d’alcool de menthe qui me brûlait la bouche dès que j’en avalais une gorgée.
A demi conscient, j’étais engourdi et je rêvais à une rivière qui coulait……Il faut dire qu’en ce mois de Juillet la soif me tenaillait. Je décidais alors de ramper jusqu'à nos lignes, mais on me tira dessus. Je pris le parti d’attendre la nuit et une aide éventuelle. Vers les onze heures du soir, je surpris des bruits que je situais à environs deux cent mètres. J’appelais à l’aide ; quand mon troisième appel fut perçu, j’entendis alors : « On y vas ! » Un sergent arriva avec deux hommes de mon régiment mais d’une autre compagnie. Je demandais immédiatement à boire. Mes camarades m’évacuèrent, je passais un bras par dessus chaque épaule tandis que le sergent portait les trois fusils. Arrivés à la tranchée deux brancardiers m’évacuèrent au village de La Poterie où un major me fit un pansement et plaça deux attelles.
Placé dans un camion ambulance avec trois autres blessés, je revis avec plaisir les premiers civils. De Meaux, je fus acheminé à Paris dans un hôpital temporaire du XIIème arrondissement, puis à Narbonne où j’entendis sonner les cloches à toutes volées le 11 Novembre 1918 !
Ce n’est que le 31 Juillet 1919 que je fus réformé définitivement après un passage par Amélie-les-Bains, puis un autre au centre d’appareillage de Montpellier.

Propos recueillis par l’historien Alain PIGEARD
source HISTORIA
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MessageSujet: Re: Les combattants se racontent 2 (coté Français)   Les combattants se racontent 2 (coté Français) Icon_minitimeVen 9 Nov 2007 - 12:14

Ciel d'Azur a écrit:
Emile MONIOTTE
Né à Champagney (Jura) le 22 Novembre 1896
Classe 1916, affecté au 208ème d’Infanterie
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Curieusement l'anecdote du café, a été narré ce matin sur RTL..

quelle vie ! nous n'aurons jamais assez de reconnaissance ! si ils avaient échoués cela aurait considérablement changé notre vie......

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MessageSujet: Re: Les combattants se racontent 2 (coté Français)   Les combattants se racontent 2 (coté Français) Icon_minitimeDim 24 Aoû 2008 - 11:15

Merci CA magnifique
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MessageSujet: Re: Les combattants se racontent 2 (coté Français)   Les combattants se racontent 2 (coté Français) Icon_minitimeDim 24 Aoû 2008 - 14:09

Merci CA , un exellent boulot !!!!
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MessageSujet: Re: Les combattants se racontent 2 (coté Français)   Les combattants se racontent 2 (coté Français) Icon_minitimeDim 24 Aoû 2008 - 15:30

Merci CA
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MessageSujet: Re: Les combattants se racontent 2 (coté Français)   Les combattants se racontent 2 (coté Français) Icon_minitime

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