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 Mon parcours au 3ème RPC de Bigeard

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MessageSujet: Mon parcours au 3ème RPC de Bigeard   Mon parcours au 3ème RPC de Bigeard Icon_minitime2016-09-08, 21:18

Pour Denis et ceux qui ne connaissent pas mon parcours parachutiste





G1

























Introduction
















A l'aube de mes 80 ans, j'ai voulu, comme tant d'autres anciens combattants d'Afrique du Nord, faire connaître avant que cela ne tombe dans l'oubli, la vie que j'ai menée durant 28 mois comme 2ème classe voltigeur, puis 1er classe chef de pièce FM 24/29, au sein d'une unité combattante parachutiste. Une des meilleures troupes aéroportées qui se trouvaient à la pointe des nombreux combats qui se déroulèrent durant la guerre d'Algérie de 1956 à 1958

.

Toujours sur la brèche pour effectuer des opérations «coup de poing » ou d'envergures, parmi d'autres régiments tel que le 1er R.E.P., commandé par un Chef prestigieux, le colonel Jeanpierre, indicatif «soleil».




Mon unité s'appelait le 3e Régiment de Parachutistes Coloniaux, commandé par le Lieutenant-Colonel Bigeard puis par le Colonel Trinquier, deux figures emblématiques, deux grands chefs parachutistes. C'est incontestablement le Lieutenant-Colonel Bigeard qui laissa la plus grande empreinte dans mon esprit et dans mon cœur.

L'aura qu'il dégageait, marquait les hommes l'approchant, les laissant à jamais imprégnés par son prestige de Chef incontesté, jalousé par certains chefs d'unités ou de supérieurs, c'est cela la rançon de la gloire!.

Retrouver les souvenirs soigneusement conservés dans de petits carnets sur lesquels j'annotais notre quotidien chaque fois que le temps me le permettait. C'est en retrouvant ces carnets griffonnés, vieillis par le temps que l'idée m'est venue d'écrire mes mémoires, relater de nombreuses anecdotes joyeuses, loufoques, tristes, dramatiques, poignantes, que l'on ne peut retracer, si l'on n'a plus de repères des lieux et des dates.




Mon commandant de compagnie, le capitaine Le Boudec un chef de grande classe, a marqué de son ascendant tous mes pas sur cette «piste sans fin». Grand combattant, rescapé de l'enfer de Diên Biên Phu et très gravement blessé, laissé pour mort c'est un miraculé de la vie, devenu général, celui-ci est décédé en 2013, Grand Croix de la Légion d'Honneur, totalisant onze citations, quatre blessures.



Les générations montantes ne doivent plus rester dans l'ignorance,  et méconnaître les récits de leurs aînés.




L'ambiance qui régnait dans notre unité correspondait bien à celle que «Bruno» voulait nous inculquer par l'intermédiaire du capitaine Le Boudec. Nos chefs de section et nos sous officiers donnèrent le ton!




Mes aventures sont authentiques, certains témoins de cette époque révolue sont encore de ce monde.




Je dédie mon livre à tout ceux qui ont souffert sur les pistes du djebel,










Je dédie ce livre à mon chef de peloton, le sous-lieutenant Jacques Michel, blessé à mes côtés en 1957, devenu mon correcteur pour mes écrits.




Je dédie ce livre à tous nos morts, à nos grands blessés, à ceux qui ont fait la piste et souffert, à mes camarades encore vivants, à toute la grande famille des parachutistes qui se reconnaitront à travers ces récits.




Et particulièrement à mon camarade de combat et ami Daniel Belot qui ma aidé dans la correction et la mise en page des textes.



A ma sœur que j'adore pour sa gentillesse et son dynamisme.
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MessageSujet: Re: Mon parcours au 3ème RPC de Bigeard   Mon parcours au 3ème RPC de Bigeard Icon_minitime2016-09-08, 22:01

La guerre éclate en Algérie, Ben Bella





Brièvement, l'Algérie en 1954/1955





Alors que l'Indochine est un fiasco pour nos troupe qui reviennent moralement et physiquement meurtris, sans aucun espoir de retour dans ce pays ou ils ont tant souffert.



En Algérie,dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre 1954, c'est la « Toussaint rouge », insurrection organisée par le FLN. 70 attentats font entendent leurs déflagrations principalement dans les Aurès . On déplore 8 morts et 4 blessés.

C'est le début de la rébellion et de la guerre d'indépendance. principalement des musulmans. Dans les Aurès, aux gorges de Tighanimines, un jeune couple d'instituteurs, Guy et Jeanine Monnerot, ainsi qu 'un Caïd, Hadj Sadok sont sortis d'un car, les deux ont été abattus et la jeune femme survivra à ses graves blessures.



Ces attentats ont pourtant eu très peu de retentissement dans l'opinion française et la presse en métropole. En Algérie, alors que la population ne suit pas le FLN nouvellement créé, attentats et meurtres sont perpétrés sur des personnes, d'abord des musulmans, puis des Européens.



Au moment des événements de la Toussaint rouge, la 25e DIAP(1) à Pau était en cours de formation sous les ordres du colonel Ducourneau, remplaçant du général Gilles, alors malade. Pour combler le manque d'effectif vraiment utilisables sur le terrain, en ces débuts d'événements, deux bataillons du 18e RIPC arriverons aussitôt en Algérie où ils seront placés sous le commandement du colonel Ducourneau. Deux autres bataillons arriveront de Bayonne.



Ces premières unités formeront un groupement aéroporté (GAP) sous les ordres du colonel Ducourneau.



La 1er demi-brigade de Commandos Parachutistes quitta Vannes-Meucon( centre de formation des bataillons parachutistes coloniaux pour l'Indochine), pour s'installer à Bayonne et Mont-Marsan.



En 1954 le lieutenant-colonel Fourcade pris le commandement de la 1er DBCCP de Bayonne et mis sur pied en novembre, ces deux bataillons nommés « Blizzard ».



En Algérie: montée en puissance du terrorisme.



La situation en Algérie.



Malgré les mesures prises, la situation continuait à se dégrader dans les Aurès, mais aussi dans l'ensemble du Département. Tous les effectifs du général Cherrière, grand patron de l'armée en Algérie avaient été déversés dans le Sud Constantinois.

Après quelques succès remportés par les paras du colonel Ducourneau, l'armée du général Cherrière était retournée dans sa routine. Ce général avait voulu écraser la rébellion au rouleau compresseur, impressionner les populations pour réduire les un peu plus de trois cent rebelles armés.

D'extraordinaires moyen avaient été utilisés; unités blindées, chars, des régiments incapables de quitter la route plus de 24 heures, liés à leur ravitaillement; l'armée française en ce début de 1955, était incapable d'obtenir des résultats positifs. Les pertes de l'armée en trois mois ont été de 114 tués et blessés, pour 208 suspects hors de combat. Ces actions ont aussi eu pour résultat de jeter des populations dans les bras du FLN.



31 mars 1955: état d'urgence dans les Aurès et en Kabylie.

Pour le seul mois d'avril, 200 attentats sont commis, ils passeront à 1000 en fin d'année 1955

26 avril 1955: la zone de Constantine passa sous commandement militaire.

En mai 1955, commencèrent des émeutes et massacres d'Européens; les effectifs de l'armée sont portés à 100 000 .



En août, dans le Constantinois, et particulièrement à El Halia des émeutes se déclencheront durant trois jours et feront 171 morts parmi les Européens, 200 tués chez les musulmans, dont le neveu de Ferhat Abbas, ainsi que 24 militaires. Les émeutes finies, les hommes de l'ALN s'éclipseront en laissant une population musulmane face à la répression brutale qui suivit; but recherché par Zighout chef du FLN de la région et ses adjoints; diviser la population.



Sans l'union avec les Kabyles, hommes de terrain dans un pays de montagnes, pépinière des futurs grands combattants, bastion naturel dans un décor rude et presque inaccessible aux troupes non entraînées aux marches, vivant dans la nature, dormant dans la montagne par des températures glaciales avec peu de confort ou inexistant, le FLN dans cette action retournera à son avantage la population Kabyle.
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MessageSujet: Re: Mon parcours au 3ème RPC de Bigeard   Mon parcours au 3ème RPC de Bigeard Icon_minitime2016-09-09, 08:02

G3

La naissance 3éme R.P.C en Algérie .





Le 8 août 1955, le 3ème BPC pose pour la première fois le pied sur le sol algérien à BÔNE. Il demeurera près de sept ans en Algérie .


Dès le lendemain le bataillon est acheminé par voie ferrée à Ouled-Rhamoun, à 25 kilomètres de Constantine. Le bataillon découvre ses futures missions comme en atteste une note de service du commandant LENOIR: «Objet : situation particulière du quartier d'Ouled-Rhamoun à la date du 9 août 1955-

Le bataillon est en réserve générale de la division de Constantine. Les unités en alerte sont a tout moment susceptibles d'intervenir sur un point quelconque du territoire ».

En réalité, durant ces quatre premiers mois dans le Constantinois, le bataillon remplit surtout des tâches de présence, d'occupation du terrain et de contrôle des populations.



Au mois d'août 1955, il participe à toutes les opérations importantes menées dans le secteur de Constantine. On le trouve tout d'abord dans le djebel Fortas où , au prix d'un tué et de deux blessés, il accroche sérieusement une bande rebelle qui laisse 7 morts et 5 armes sur le terrain.



Le 15 août, trois compagnies du bataillon commandées par le capitaine LEFRANC rejoignent Tébessa- Bir-El-Ater où elles renforcent le 2e bataillon d'infanterie coloniale ( BIC ) stationné à El-Ma - El-Abiod , près de la frontière algéro-tunisienne. Au matin du 20 août, le reliquat du bataillon fait mouvement sur Aïn-Beïda, où la présence de hors-la-loi a été signalée.


Prévue de longue date et menée avec des moyens importants, dont la participation de chiens et de gendarmes OPJ (officier de police judiciaire), la fouille des mechtas Medouani dans le djebel Hammana tombe dans le vide ; prévenus par la population, les rebelles se sont esquivés depuis longtemps !




Le 23 août, après une mission de maintien de l'ordre à Constantine, le 3ème BCCP est à Philippeville où il renforce la 41 e DPB lors des émeutes qui ensanglantent la ville. Le 27 , les 1re et 3e compagnies, aux ordres du capitaine de CUGNAC, traquent une bande de rebelles signalée par un hélicoptère au sud-ouest de Sigus.


Pris dans la nasse du bouclage, les fellaghas accrochent les paras à l'ouest de Faset. Bilan:5 HLL abattus et 7 armes récupérées aux prix de trois blessés à la 3e compagnie dont un qui décédera en arrivant à l'hôpital.

Septembre 1955 est un mois chargé pour le bataillon. Le 12, il rejoint Aïn-Beïda et participe à une opération sans grands résultats dans le triangle s'inscrivant entre le mont Corbin, Aïn-El-Bordj et Aïn-Facroun.


Au cours de la deuxième partie du mois, le 3e BCCP est détaché pour la deuxième fois dans le secteur de Tébessa. Il effectue plusieurs opérations dans les Némentchas, et plus particulièrement dans le quartier de Djeurf, en liaison étroite avec la 13e DBLE. Au cours d'un ratissage, les 1er et 3e compagnies accrochent une forte bande rebelle à El-Mezraa, sur la cote 1393.





Après un violent combat qui n'a plus rien à voir avec les opérations de police des mois précédents, les rebelles laissent sur le terrain 25 tués et le bataillon qui ne déplore aucune perte,récupère 17 armes.

En octobre, le bataillon poursuit sur sa lancée. Le 5, lors de fouille d'un secteur très accidenté, la 3e compagnie abat neuf rebelles et saisit de très importants documents précisant l'organisation du FLN dans la région.


Le 15 octobre, c'est l'opération Arthur. Elle débouche sur un violent accrochage entre la 1er compagnie et la bande recherchée. Le combat se poursuit jusqu'à la tombée de la nuit, les rebelles espérant profiter de l'obscurité pour se disperser dans le maquis montagneux. Ce jour-là, les rebelles comptent huit tués, et cinq autres sont faits prisonniers. L a 1ère compagnie déplore un tué et quatre blessés.


Par la suite, jusqu'à la fin du mois, le bataillon participe, conjointement avec le 2e BEP ( bataillon étranger parachutiste) à des opérations dans la région de Guentis, puis, le 28 octobre, il fait mouvement sur Aïn-Mokra avant de subir, le 1er novembre 1955, une restructuration qui va changer son destin.




Devenu 3e R.P.C, il est pris en main par le lieutenant-colonel BIGEARD qui va le transformer en unité d'élite. Le régiment continue à participer aux « opérations de maintien de l'ordre » en temps que réserve de secteur. Du 2 au 20 novembre 1955, ses unités opèrent dans le massif de l'Edough situé entre Philippeville et Bône, pas très loin de la frontière tunisienne.


Le lieutenant-colonel du quartier de l'Edough, installe le PC du régiment dans la ferme Souamis à Aïn-Mokra, avec la CA et la 3e avec qui on bivouaque en bordure de la route nationale Bône- Phillippeville.

La 1èr compagnie s'implante à Bugeaud, à près de 1000 mètres d'altitude et la 2e compagnie est a Herbillon, un petit village de pêcheurs au bord de la mer.


Durant cette période, rayonnant à partir de leurs bases, les unités ont dressé 228 embuscades de nuit, mené 164 reconnaissances de patrouilles, et 32 sections auront nomadisées dans le massif. Le régiment a effectué 17 coups de main de nuit sur renseignements, un bouclage en opération, cinq ouvertures de routes et sept escortes de convois.

La prompte exploitation des renseignements a permis de mettre hors de combat 14 HLL, dont 11 tués, d'arrêter une soixantaine de suspects dont six fellaghas reconnus et de saisir 64 armes. De son côté, le régiment a perdu son premier officier, l'aspirant CADOT, et compte trois blessés.


Peu après, le 3e R.P.C enchaîne avec une autre mission de pacification dans le secteur de Madjar, à proximité d'El-Milia, baptisé opération Éventail qui débouche sur un échec. BIGEARD poursuit à sa manière la pacification du sous-secteur de Madjar. Les forces rebelles sont évaluées à 140 hommes dotés d'armes de guerre et commandé par SI-Messaoud qui se révèle bon tacticien.


Cette fois, le bilan est satisfaisant, même si le baroud n'était pas au rendez-vous : 6 HLL tués, mais surtout 430 suspects arrêtés et 402 armes saisies.

Le début de l'année 1956 voit le 3e R.P.C renforcé de la 4e compagnie formée en France, en même temps qu'un officier d'action psychologique, le lieutenant Boutella rejoint le PC Bruno.


Les opérations se poursuivent à un rythme accéléré. Du 1er au 10 janvier 1956, le régiment opère dans la région de Mourbah, puis il fait mouvement vers l'Est-Constantinois où la 2e DIM du général BEAUFRE est sérieusement accrochée.



Le 21 février, le 3e R.P.C participe à l'opération 744 au sud du djebel Ifri et inaugure un nouveau procédé tactique qui, en peu de temps supplantera les OAP classiques.


C'est au groupe d'hélicoptères N° 2 (GH2) du colonel CRESPIN que naît en 1955 le concept de la manœuvre, puis du combat héliporté. Malgré quelques restrictions, l'opération s'avère être un succès complet et les compagnies embarquées à bord de Sikorsky , abolissant le temps et l'espace, fondent sur les rebelles complètement dépassés par la rapidité d'exécution des paras et la densité de feu qui les décime.



En quelques heures, 43 HLL sont tués, 96 suspects arrêtés et 116 armes saisies. Au cours des différents engagements de l'opération, le régiment ne compte ni un tué ni un blessé. Cette « première » de l'assaut héliporté fait grand bruit et Paris Match n'hésite pas à titrer : « Pour les paras devenus chasseurs d'Afrique, une nouvelle arme inattendue : le ventilateur! » .


Peu à peu, le GH2 s'impose parmi les unités d'intervention dont les chefs – surtout parachutistes -ont rapidement compris le profit qu'ils pouvaient tirer des hélicoptères et le colonel Crespin crée les détachements d'intervention héliportés. Les DHI , forts d'une dizaine de « Bananes » Piasecki ou de Sikorsky H 55 seront désormais présents dans toutes les grandes opérations à venir.



La France n'est pas prête pour fournir des troupes équipées convenablement avec des équipement étudiés en fonction du climat et du terrain, de plus l'armement est disparate. Quand Bigeard arrive en octobre 1955 à Constantine pour prendre le commandement du « 3 », il découvre une troupe présentant les armes d'une médiocrité qui l'irrite.


Mal encadré, le maniement d'armes laisse à désirer et les hommes manquent d'allure, il ne voit pas cette flamme briller dans les yeux, écrasés par leur casque lourd sous une chaleur étouffante, ces paras sont sans aucune motivation, avec des armes datant de la deuxième guerre mondiale et même de la première, des Lebel ( appelé canne à pêche ) et des mitraillettes de 1938 ou des Mauser récupérés aux Allemand.


L'ensemble donnant une impression de pauvres paras devant se battre avec des armes hétéroclites.



Bigeard va changer tout cela.
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MessageSujet: Re: Mon parcours au 3ème RPC de Bigeard   Mon parcours au 3ème RPC de Bigeard Icon_minitime2016-09-09, 09:12

G4





















Avant les Parachutistes ,mon adolescence





L'occupation allemande







Je suis né de père Breton de Quimperlé et de mère originaire des Charentes, le 15 septembre 1936, à mille mètres de l'Océan Atlantique, dans un petit village des environs de La Rochelle,( Nantilly), rattaché à la commune de Marsilly. La mer, les marins, les parcs à huitres,, les bouchots( culture de moule), tout les paysages côtiers, je les connais très bien.





A la maison, les enfants sont très près de la mère, un frère aîné de 10 ans et trois sœurs intermédiaires, voilà de quoi occuper une journée à la campagne pour une maman, surtout en temps de guerre.

J'avais sept ans, et je me souviens m'être rendu à la caserne allemande, les soldats cantonnés dans un château en lisière de village pour voir se qui s'y passait.


C'était l'odeur des cuisines qui m'attirait, la nourriture se faisait rare à la maison, la viande, le lait, les œufs, étaient pour les officiers allemands.



J'ai connu l'occupation allemande et les privations, j'allais rôder autour de la popote où un vieil Allemand et un Polonais, s'affairaient aux cuisines. Je m'étais fait un ami du vieux cuisinier teuton, qui avait le même prénom que moi prononcé dans la langue de Goethe( Gustaf), d'où une certaine complicité.


Il me donnait du chocolat provenant de boîtes de rations rondes allemandes, qu'il ouvrait devant moi tout étonné de voir cela. Nous étions tant privés mes sœurs et moi de toutes ces bonnes choses; Un brave type que cet homme, malgré nos différends. Il avait certainement l'âge de la retraite et aurait pu être mon grand-père.




Les bombardements grondaient sur la côte, les vagues d'avions venant d'Angleterre, pilonnaient les fortifications atlantique, les blockhaus(1), la base sous-Marine de la Pallice-Rochelle(2), abritant les sous-marins de poche qui torpillaient les navires de commerce, parfois les bombes étaient larguées n'importe ou(3), jusqu'aux alentours de mon village.



L'alerte finie, ma mère et deux de mes sœurs n'hésitaient pas à aller à la recherche de gibier, lapins, lièvre foudroyés par le souffle de l'explosion des bombes. C'étaient plusieurs repas d'assurés en viande dont nous manquions terriblement à cette époque.





Il faut préciser que les armes étant prohibée et les champs minés autour des fortifications du Mur de l'Atlantique , les lapins et autres gibiers pullulaient dans ces zones.

Ma mère a réussi en 1944 à faire passer des prisonniers en clandestinité, aviateurs abattus par la Flack allemande ou autres. Ils étaient détenus dans une ferme transformée en camp de prisonniers à 500 mètres de notre maison.


Avec ma cousine(4), ma mère récupérait un évadé et le remettait au réseau de résistants. Elle n'a jamais demandée une récompense à la fin de la guerre, pour elle, c'était son devoir.

J'ai donc grandi avec la guerre et le sentiment du devoir et de l'obéissance, j'ai connu la faim, la peur et le dénuement des plus pauvres, les fermiers réservant leurs produits de la ferme aux officiers allemands. Nous n'avions que nos yeux pour pleurer.



J'ai fait des bêtises comme tous les gosses confrontés à cette période trouble. J'avais trouvé des fusées provenant des blockhaus abandonnés(5) à la fin de la guerre, des plaquettes de poudre que l'on s'amusait à mettre au sol formant un dessin ou un nom et l'on y mettait le feu, cela faisait une trainée noire indélébile au sol, les fusées provenant de stock non gardés. Ces fusées éclairantes contenaient un parachute servant a faire descendre doucement la luciole dégageant une lumière vive.


J'avais vidé une fusée de son contenu et coincé la fusée entre deux cailloux, avec un marteau et une pointe j'ai fait péter l'amorce recevant la douille dans la figure, les yeux brulés par un reste de poudre, laissant ma mère dans un affreux doute.




A 9 ans, les galoches aux pieds, j'allais à l'école communale distante de près de trois kilomètres. Entre mon père et ma mère, le torchon brûlait; la séparation fut un coup dur, un déménagement s'ensuivit à dix kilomètres de mon village, dans un hameau d'une centaine d'habitants au lieu dit « le Payaud »partagé entre trois communes, Saint-Xandre, Puilboreau,et Nieul-sur-Mer.


En été comme en hiver je faisais trois kilomètres et demi pour rejoindre l'école de Saint-Xandre, parfois plus quand je n'avais pas de casse-croute, en culotte courte dans l'hiver rude de 1946. Bof ! J'étais jeune.





Quand vint l'année du certificat d'étude primaire en 1949, j'avais 13 ans. Mon frère de dix ans mon ainé(6), naviguait sur un pétrolier de la compagnie Shell, il partait faire des chargements de fioul dans le golf Persique à Koweït en passant par le canal de Suez et revenait décharger la cargaison dans les centres de raffinage français.





Je lui ai écrit en lui annonçant mon CEP prochain il me répond: « Moi qui n'ai pu aller à l'école bien longtemps, si tu réussis ton examen je t'offre un vélo de course ! » j'ai buché pour l'avoir et j'ai eu mon vélo.



Pendant ce temps la guerre est finie, j'entre dans la vie active en faisant un apprentissage d'ardoisier-couvreur et par la même occasion de plombier-chauffagiste dans une grosse entreprise Rochelaise. En 1952 je fini mon apprentissage et devient ouvrier à 16 ans et demi.




Les Américains nous apportent du travail par leurs bases édifiées tout autour de La Rochelle. Je parcours été comme hiver les 13 kilomètres qui me séparent de mon lieu de travail, avec un repas dans une gamelle a deux compartiments pour le midi que me prépare ma mère aux petits soins pour moi.






La guerre d'Indochine entre 1950/51 bat son plein, les viets communistes sont devenus hargneux, équipés, encadrés par des Chinois, la guerre monte en puissance, mon cousin devenu Parachutiste, se bat dans ce pays du bout du monde.



Je rêve de faire comme mon frère, marin au commerce au long court, voir d'autres paysages, d'autres monde, l'aventure en somme. Je reçois des cartes postales de Bornéo, et même du Japon ou la Shell Internationale a des filières , également d'Égypte en passant par le canal de Suez, sans me douter qu'en 1957 j'y serai à quelques encablures, et du fait, de voir la statut de Ferdinand de Lessep, qui disparaitra dynamitée par les Égyptiens de Nasser.





Je m'inscris aux Affaires Maritimes(7), pour naviguer et je fais la connaissance d'un patron pêcheur qui veut bien me prendre à temps partiel le samedi et le dimanche sur son petit bateau de pêche comme mousse, pour justifier d'un fascicule de pêche auprès de l'Inscripteur Maritime de La Rochelle.




Je deviens au grès des marées, mousse puis novice sur une pinasse(8) de 8/10 mètres de long, tout en conservant mon métier. La pêche aux poissons côtiers: raie, bar, sol, anguille, roussette, dorade et j'en passe … Travail très dur par tout les temps et toute saison, cela devait m'ouvrir les portes pour un embarquement sur un gros bateau.


Cela dura deux ans, pendant que les copains allaient voir un film ou faisaient du sport, moi je travaillais d'arrache-pied.

Je stoppais là cette aventure pénible ayant mes deux ans de navigation nécessaire pour justifier un embarquement à la Société Shell.(9).




Je m'inscris dans un club de judo et d'haltérophilie de La Rochelle pour parfaire ma musculation, ces deux sports me plaise. Avec mes 1m59 et 64 kg, ces deux activités sportives m'on apporté de l'assurance et du muscle, endurci par deux ans de navigation et mon travail à grande hauteur d'ardoisier. J'ai 17 ans et passe mes ceinture en judo jaune, orange, verte, et bleu(10), je développe 85 kg aux haltères, ne fume pas ni ne boit.



Nous parlons avec les copains des évènements d'Indochine et d'Algérie, en 1954 nous avions pour la plus part , un parent ou un voisin appelé ou engagé à l'armée, pour ma part mon frère s'était engagé en 1944 dans les fusiliers Marins à la base d'Hourtin et avait fait le coup de feu dans la poche de Royan une des dernières résistances allemandes . Devenu un ouvrier je change de patron pour un meilleur salaire que je laisse à ma mère, je lui dois bien cela pour les sacrifices consentis.





Nous parlons entre copains de nos problèmes, déjà les histoires de cœur, les filles, les accrochages à la maison, beaucoup de familles sont des ménages recomposés, un qui, ne s'entend pas avec la femme avec laquelle son père a refait sa vie ou bien un beau-père comme le mien, et puis nous sommes en crise de puberté, susceptibles, comme tout les jeunes.


         C'est mon cas: ma mère a refait sa vie avec un veuf de trois enfants, deux sont mariés le troisième et de deux ans mon ainé.. De ce remariage deux demi-sœurs sont venues grossir la famille, plus jeunes de 9 et 10 ans ce sont mes petites sœurs.





Avec ce beau-père rien ne va plus, il est gentil avec ma mère, mais je n'ai pas la préférence loin de là, la cassure s'agrandit de jour en jour. Avec un copain, nous allons voir le bureau de recrutement des Troupes Aéroportées à titre de renseignement. Nono(11) avec qui j'ai fraternisé, n'arrête pas de me raconter des aventures parachutistes, je finis par me laisser convaincre de ses beaux discours.


J'ai suivi à la radio les événements de 1954 en Indochine, la chute de Diên Biên Phu, un désastre, la capitulation de nos forces et le retour honteux de nos pauvres soldats, traités comme des pestiférés par la horde de cocos à Marseille. J'ai envie d'aventures et les Parachutistes m'attirent c'est l'occasion ou jamais ! Alors ! GO!..





-0-0-0-0-0-0-0-0-





(1)les blockhaus: de l'Atlantique truffés de leurs masses de béton les cotes du paysage marin Charentais.


    [list=2]
  1. base sous-marine d'où partaient les sous-marins de poches attaquant les convois de bateaux alliés.
  2. Cette cousine fut l'instigatrice de récupération d'évadés.
  3. Ces blockhaus remplit de munitions étaient faciles d'accès pour nous les gosses.
  4. Mon frère Albert, finit sa carrière comme officier responsable des chargements et déchargement sur des 300 000 tonnes.

[/list]



(6)canal de Suez, que mon frère traversa des dizaine de fois, lorsque Nasser interdit le canal pour aller chercher ce pétrole il fallait contourner l'Afrique par le Cap de Bonne Espérance pour joindre le Golf Persique.

(7)Affaires Maritimes: service de la Marine délivrant un fascicule donnant le droit de naviguer.

(8)pinasse: bateau ne possédant pas de cabine de pilotage.

(9)Shell Internationale : gros groupe pétrolier mondial avec une flotte de gros porteurs allant jusqu'à des 500 000 mille tonnes de fioul transportés.

(10)je repris le judo en revenant de l'armée et termina ceinture marron, ayant trouvé un travail dans une usine aéro-naval avec un logement de fonction je faisait parfois 80 heures par semaine ( je souris avec les 35 heures).

(11) Nono: qui rempila en 1958 ce trouva avec les événements dans l'OAS, eut pleins de problèmes avec la justice , et sombra dans l'alcool, il mourut jeune encore détruisant sa vie.
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MessageSujet: Re: Mon parcours au 3ème RPC de Bigeard   Mon parcours au 3ème RPC de Bigeard Icon_minitime2016-09-10, 17:02

G5



Bayonne -La Citadelle. Camp d'instruction

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Ma décision est prise. Je pense à l'aventure que je vais vivre, sans me préoccuper de l'avenir. Quand j'ai vu et lu, les affiches percutantes, la publicité sur les Troupes Aéroportées, l'habit para, le béret, les slogans ventant l'aventure et l'action, la prime, et puis défendre le pays et cette partie de la France ou quelques hors la loi font un peu de bruit, à mes yeux cela me semble dérisoire .



Et puis , je suis avec «Nono» mon pote, c'est un garçon qui a vécu. Il a déjà roulé sa bosse, et c'est un gars qui n'a pas froid aux yeux. Pour la bagarre, il n'a peur de rien, un seul défaut ! Il boit pas mal,et à chaque sortie dans les bals musettes, il cherche le coup dur !.



Le 1er septembre 1955, je retourne au bureau de recrutement, le gradé a un sourire de connivence, c'est un Sergent/Chef, avec une panoplie de décorations, cela me fait flasher, j'ai rien dit à ma mère pour ne pas lui faire faire de soucis en plus.


Il me présente un formulaire à remplir et à faire signer par mes parents: Je lui dis» je n'ai pas mon père,mais c'est ma mère qui va signer» . Je vais dans le bar à coté ou travaille comme serveuse la sœur de Nono; elle me prête de quoi écrire, je remplie le questionnaire, à ce moment elle me dit «tiens! Tu fais le même papier que mon frère, il l'a fait il y a trois jours !..» «ah l'animal ! Il ne m'a rien dit». Retour au bureau une demi-heure après, le Chef me regarde en souriant, et dit « tu as déjà rempli le papier, ton copain a fait de même il y a trois jours , il part demain, et toi dans trois jours».




Pourquoi ne m'a-t-il rien dit ? , enfin c'est trop tard, le compte à rebours est commencé .



Je reçois ma feuille de route le trois septembre, pour partir le six, billet de train en poche, personne ne le sait à part ma mère qui est très inquiète, je l'a rassure et minimise mon départ, le temps de faire ma valise, elle ne réalise pas mon geste et encore moins comment j'ai pu contracter un engagement de trois ans aussi simplement pour une formation de parachutiste .


Le train de La Rochelle-Bayonne c'est une affaire de quelques heures, il est 9 heures 30, quand je descend sur le quai de la gare, je ne suis pas seul, un camion militaire nous attend pour nous déposer devant la caserne des entrées de Chateau-Neuf de Bayonne, pris en main, dans la foulée, je me retrouve pour une visite complète du gars, à poil, mesuré, pesé, les yeux, les dents, le zizi, les poumons, renseignements complémentaires: .Verdict «Bon pour les paras».





On me dirige vers le service habillement, réception du paquetage, un problème d'entrée le pantalon est trop long de quinze centimètres, comme il y a un élastique dans le bas, je le retourne jusqu'au mollets et le rabat sur la botte de saut, cela ressemble a une culotte de zouave !, un calot colonial avec ancre de marine et liseré rouge sur le haut du calot, un blouson kaki juste à ma taille, les manches sont justes à longueur, pour une fois.














































































Et direction la Citadelle de Bayonne, pour la suite des tests, 8 jours de contrôles sur des appareils assez simples mais efficaces. J'ai dix neuf ans aujourd'hui 15 septembre 1955, et les tests sont finis, je part au centre d'instruction N° 4 du Bataillon de Parachutiste Coloniaux.



17 septembre.

Ma première piqûre à 8 h30, çà réveille, elles sont faites à la chaîne par des infirmiers de circonstance, l'un badigeonne avec un tampon enroulé sur un bois, l'autre pique ou il y a la teinture diode.

Notre chambre de 25/30 lits est immense et froide, le lit au carré, rien d'apparent autour, dans un petit placard les vêtements pliés, tout ça avec démonstration du sergent responsable. Je perçois 265 francs(de l'époque), quatre paquets de cigarettes troupes et deux paquets de tabac.



Les corvées de nettoyages, lavabos, douches, WC, escaliers, chambre et pour que cela brille, on frotte le parquet avec un cul de bouteille, après l'avoir gratté et frotté à la paille de fer. Les plis de blouson et pantalon sont faits au savon ou à la bougie, le pantalon coincé sous le matelas pour qu'il puisse garder sa forme et ses plis.




Pratiquement jamais de sorties, nous sommes en instruction accélérée si je puis dire.



L'instruction démarre sur les chapeaux de roues, marche en cadence, demi-tour, garde à vous, présentez armes et j'en passe.


Je me rend à l'armurerie percevoir mon fusil MAS 36 crosse en bois, tout le monde pareil. Les recrues arrivent sans arrêt, plus de place , nous déménageons dans des marabouts ( grande tente ) à 15 lits, c'est humide et froid.


Tous les matins la mise en forme avec quelques kilomètres au pas de course, douche, jus, et en tenue pour les couleurs, inspection et gare à celui qui n'est pas conforme..!


Défilé, marche au pas par section, se changer pour aller au pas de tir en petite foulée, il faut toujours courir, j'ai pas le temps de réfléchir à quoi que se soit, mais cela me plaît, je suis très vif et à l'aise dans cet élément.



Ceux qui fument ou boivent, ce n'est pas la joie pour eux. Le soir tenue de combat pour une marche de nuit avec sac à dos et fusil, on part en montagne, le caporal Dolci, un Corse, commande notre groupe, c'est un gueulard.



Nous marchons sous la pluie, dans la boue, ce sont des trombes d'eau qui nous arrivent sur la tête.



Tout les trois jours, marche de nuit. Les Pyrénées Atlantique quand il pleut ce n'est pas un pipi de moineau, l'eau arrive à rentrer dans les bottes de saut, les pieds se diluent, la peau part en lambeau au talon et dessus les orteils. Tous les jours, je vois des gars partir, ils ne tiennent pas la cadence qui est sévère, la sélection est naturelle.



26 septembre 1955.

Toujours des marches de plus en plus longues de nuit de jour, 30/40/50 kilomètres, à perdre haleine, le tir à outrance, sport tout les matins, piste de combat, les murets, la fosse, la corde, les pompes..Ah !! les pompes !,combien en ai-je faites, pour un rien , punition, 30 pompes, sans arrêt les tractions, le close combat ..!



2ème piqûre, le parcours du combattant sous la flotte, à chaque parcours.. de l'eau !!, on arrive au mois d'octobre, le froid aussi, je marche dans un bourbier, des cloaques de boue, le casque lourd qui ne tient pas sur ma tête, quand je tombe, le casque aussi, je le cherche à tâtons dans le noir, les gars passent en m'écrasant les mains, m'enjambent, je retrouve le casque dans un état lamentable, je n'arrive pas à régler le filet du casque qui comporte un lacet pour le mettre à la dimension du crâne.



Les jours s'ajoutent aux jours, suivi des coups de gueule des caporaux, des sergents, à chaque retour, rassemblement, critiques des chefs, des punitions sont distribuées, j'ai une tenue de campagne à présenter tout les deux heures au poste de garde, les muscles se font, le corps maigre mais durci par les efforts répétés, ce n'est plus le judo ou l'haltérophilie.


Je fait partie de la 3ème section d'instruction N°1 sergents Arblade Maillot, sergent/chef Boudiou.



25 octobre 1955.

Je deviens très bon tireur au fusil mitrailleur 24/29, j'arrive au bout de mon instruction, bientôt les tests définitifs. Ce que je ne sais pas encore,c'est que je suis sélectionné pour l'Escadron du 3ème R.P.C.



Les colis que m'envoie ma mère me plonge dans la joie d'avoir un peu de supplément à l'ordinaire, ma mère a un cœur d'or et fait tout son possible, je la chérie de son aide providentielle.



La sélection du 1er jour, parcours du combattant, les pompes , les tractions, la corde lisse etc ..Encouragé par notre chef de groupe et le sergent, le lendemain c'est l'épreuve finale du 1500 mètres et le 8000 mètres avec le sac à dos rempli de 12 à 15 kg de poids, ce parcours est à faire en 45 minutes ! Dure mais faisable.



Lettre à ma mère du 31 octobre 1955. Sur 86 au départ nous seront 70 de brevetés à Pau. Là, encore des refus de saut dont un gentil garçon qui pleurait toute les larmes de son corps de dépit, la peur? Le stress?.
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MessageSujet: Re: Mon parcours au 3ème RPC de Bigeard   Mon parcours au 3ème RPC de Bigeard Icon_minitime2016-09-10, 19:18

Honneur et Respect à toi Gus Mon parcours au 3ème RPC de Bigeard 926774

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Tu ne sais jamais à quel point tu es fort, jusqu'au jour où être fort reste ta seule option !
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MessageSujet: Re: Mon parcours au 3ème RPC de Bigeard   Mon parcours au 3ème RPC de Bigeard Icon_minitime2016-09-10, 19:19

G6

Pau, camp d'Astra- La BETAP- Le Brevet





Le 7 novembre 1955.



Enfin me voici à Pau- La B.E.T.A.P, camp d’entraînement des parachutistes pour l'obtention du brevet militaire de sauts. 266 ème promotion. Le matin, sport, mais ce sont des vacances par rapport aux épreuves de la Citadelle à Bayonne.




Le cantonnement est fait de baraquements en bois, à peine chauffés; je grelotte la nuit. Par contre, la nourriture est bonne. J'ai retrouvé mon copain Nono; il est dans dans la même promotion que moi et j'ai le plaisir de lui raconter mes aventures.


Nono, c'est la vedette de la promo 266.

Les repas servis dans un self sur un plateau, c'est nouveau pour moi; on peut reprendre un plat si on le désire, épatant comme service. Je reprends vite du poids, l’entraînement est pépère.





14 novembre .



Entraînement de sortie de porte sur une carcasse de Junker 52 au sol, avec les explications du Sergent Aréal ( que je retrouverai à Chypre comme Sgt-Chef largueur ). Également, entraînement au harnais; savoir s' harnacher correctement ( ne pas laisser les joyeuses coincées dans une sangle ) on se détend, il y a des sourires dans l'air, quand le moniteur nous promet des surprises à la tour de départ.


Par contre, au moment des essais à la tour d'arrivée, on sourit moins; les contre- poids réglés pour le poids du corps sont approximatifs, et, pour les grandes gueules, le contre-poids est allégé.... la vitesse d'arrivée au sol est tout autre; le gars prend contact avec le sol à vitesse grand V; il a droit à une superbe gamelle avec le casque qui vient lui percuter le nez, et il ne fait plus le fanfaron.





Et c'est l'épreuve de '' Brigitte '' la tour de départ. A ses pieds, on est tout petit!! Avec ses 18 mètres de haut, on devient humble avec de l'anxiété à revendre. On s'efforce de cacher sa trouille par des blagues, des rires, tout cela est nerveux. Il faut monter par une échelle métallique interne pour accéder à la plate-forme de saut, où les candidats sont harnachés devant l'ouverture faisant office de porte d'avion.


Ceux qui se présentent à la porte sans crainte, ça va , mais si par manque de confiance en lui le gars refuse de sauter par réflexe en voyant le vide, il ne se contrôle plus, il panique ! Le candidat suivant le voyant pense: '' il va sauter ce con là, mais saute bon dieu..! '' Le gars redescend, c'est l'humiliation, la punition devant le groupe, car il a désorienté celui-ci et semé le doute; on n'a pas envie de finir comme ça !.






Pour moi, pas de problème, je n'ai pas le vertige; je regarde en bas sans appréhension, le vide je connais par expérience. Plus tard, dans mon métier, je serai appelé à faire des dépannages de micro-contact, sur des nacelles servant à poser des panneaux vitrés pour de gros chantiers.



Maison de la radio à Paris, Base Aérienne 117 à Balard ( Paris ) à des hauteurs de plus de cent mètres, suspendu aux bras support de la nacelle. Je suis prêt à la porte : '' GO ! '' avec la tape sur le dos, le même scénario se reproduira à chaque sortie de porte lors de sauts, que ce soit de Junker, de Dakota ou de Nord Atlas 2501.




On a le droit de dire '' merde au Sergent ! '' mais une fois la porte passée, et là, rares sont ceux qui peuvent le dire; la gorge est serrée, les dents aussi, très dur de dire un mot à ce moment précis. Mon copain de chambrée a fait un refus de saut, puni il est éliminé des paras, j'ai mal pour lui, '' un brave mec ''.




René Cadet, mon pote, qui restera avec moi dans toutes les aventures avec le Lieutenant-Colonel Bigeard, gueule à la porte '' merde pour le Sergent !! '', il attrape 50 pompes réglementaires, car il a commencé à crier la phrase en passant la porte et non pendant la chute libre.




21 décembre 1955.



C'est le jour '' J '', de bonne heure, je suis sur le terrain avec la Promotion. On perçoit les parachutes amenés par camions au terrain d'aviation ou les Dakota attendent . Chaque parachute est numéroté et inscrit sur un registre de vol avec le nom du propriétaire provisoire.


Je vérifie tout de suite si rien de suspect n'apparaît, car les anciens disent: '' tiens !, il y a de la paille qui dépasse du dorsal, ah !! les cons !! Quelle angoisse, bien sûr je sais que cela n'est pas vrai, mais c'est plus fort que moi, il faut que je vérifie; puis pendant le temps de pose, le chef nous dit de nous vider la vessie, on appelle cela :'' le pipi de la peur '' !, une fois harnaché, aidé par le camarade ou un Chef qui observe nos équipements en nous disant un petit mot sympa, le moniteur a les yeux partout; il y a un gars qui a oublié de passer une sangle dans son entre-jambe, certainement l'émotion, heureusement que le moniteur a l’œil.



Comme un crabe maladroit je me dirige dans la file qui mène à l'avion ou un escabeau nous permet de monter dans le '' zingue '' un gars de chaque côté, est là pour éviter qu'un para perdre l'équilibre en montant, je suis en cinquième position. Assis face à face, les yeux sont ailleurs; les deux bras pliés sur le parachute ventral tenant l'accrochage au bout de la SOA , ( sangle du parachute qui se détachera à l'ouverture du parachute, et restera dans l'avion accroché au câble d'acier )





C'est dans la tête que tout se passe. Les moteurs sont mis en route dans un crachotement et une pétarade , puis un essai de puissance à fond fait vibrer tout l'appareil, on se regarde avec un sourire crispé, l'avion vibre d'enfer, une véritable caisse de résonance.


Il roule pour se mettre dans le vent, en position de décollage, les moteurs lancés à fond le Dakota roule de plus en plus vite et décolle dans un grondement de tous les diables. Je suis collé dans mon siège le temps que l'avion prenne de l'altitude, puis à hauteur voulu, je deviens léger, quelques trous d'air me tassent puis les moteurs deviennent moins bruyants.






Le moniteur nous fait chanter, les voix sont timides. '' Debout les paras il est temps de sauter sur notre patrie bien-aimée !!.'' Quelques voix se font entendre, étouffées par les bruits du vieux coucou qui a dû faire la guerre de 39/ 45, je regarde le largueur qui est le nez a la porte comme si de rien n'était, '' Debout ! Accrochez !! '' hurle le largueur; nous sommes debout, la sangle accrochée par le mousqueton au câble d'acier, la dernière vérif, on se numérote, en criant notre numéro ''1..! 2..! 3..! etc.''



une main sur le ventral l'autre tenant le mousqueton prêt à le faire glisser sur le câble d'acier, le pied gauche en avant; la sirène hurle d'un son sinistre le voyant rouge passe au vert.





Je ne vois que le dorsal du gars devant moi, je suis déjà à la porte en position, le regard vers l'horizon, la tape sur l'épaule donnée par le largueur et le '' GO !!'' libérateur, mes mains sur les longerons de la porte, je lance le pied droit le plus loin possible, je crois avoir fermé les yeux ….. je suis happé par le vide, la dégringolade est très courte, un grand coup dans les épaules me remet à la verticale, puis plus un bruit, le silence, je suis léger, je lève les yeux vers la coupole de mon parachute, tout est bien, je fais mon tour d'horizon, quel sensation ..!,



Je vois les copains se balancer un peu partout. Jackie Fièvre, René Cadet sont à 40/50 mètres de moi, un haut-parleur du sol donne des directives: ''traction à gauche !! traction à droite !! groupez-vous !!.. '' Je vois des gars qui s'activent au sol pour dégager la DZ (drop zone ). Le sol arrive vite, les pieds bien groupés et jambes repliées, je me présente pile à l'arrivée au sol, roulé boulé sur le côté; la voilure s'affale doucement.

Je ramène les suspentes sur moi pour que le parachute se dégonfle plus vite.


Tout le monde est là; c'est la joie libératrice, une sensation de fierté d'avoir réussi.

Je ramasse mon pépin et le plie dans mes bras comme on me l'a enseigné,( pliage sommaire ) et je rejoins mon stick. Ah..!. Les commentaires !.


Nous sommes tous joyeux, plein d'anecdotes, à raconter , je me suis entièrement relâché, décontracté, je raconte ma sortie. Je suis détendu et crevé à la fois. Les autres sauts se feront les 21 / 24 / 25 / 26 /28 /29 / novembre 1955.




Fin de stage, tout le monde en tenue, présentation au drapeau de la 266ème promotion, remise du béret rouge et du brevet parachutiste dont le numéro est restait gravé dans ma mémoire, ce numéro 110396, sera mon n° fétiche.




Ce sont les adieux aux moniteurs, nous fiers du résultat, eux, un peu blasés mais satisfaits de leur mission. Retour à Bayonne. Les nouvelles recrues nous regardent passer avec envie.


Le service administratif est sous le commandement du Capitaine Porcher, et la formation de l'Escadron sera sous le commandement du Capitaine Le Boudec, ancien lieutenant du Lieutenant-Colonel Bigeard, au 6ème BPC en Indochine et héros de Diên Biên Phu, très gravement blessé et laissé mourant aux mains des Viets pendant la reddition de la cuvette.


Totalisant onze citations,notre commandant d'escadron de jeeps armées est un glorieux combattant!!
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MessageSujet: Re: Mon parcours au 3ème RPC de Bigeard   Mon parcours au 3ème RPC de Bigeard Icon_minitime2016-09-10, 19:35

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Passage des permis de conduire à FREJUS







Le 3 décembre 1955. La formation de l'Escadron de Jeeps Armées du 3e R.P.C devient effective.

7 décembre, nous partons par train pour Fréjus au centre de formation des permis de conduire. J'y retrouve mon copain Nono muté au 6e RPC, je ne le reverrai plus durant mon séjour en AFN.




20 décembre, ce camp de la FRACC, est un gros centre de formation école de conduite et de mécanique auto. Nos logements sont plus confortables, l'ensemble donne une bonne impression de confort. La propreté règne dans tous les quartiers d'instruction.


Un foyer moderne avec télévision, elle est la première dont je peux voir les programmes en noir et blanc, nous sommes agglutinés autour de l'écran comme des mômes devant une vitrine de Noël.





Le stage se nomme: 151e stage de la FRACC, camp Lecocq, Fréjus, VAR. L'instruction bat son plein, conduite sur « home-trainer »( jeep montée sur rouleaux) permettant de conduire sans déplacement du véhicule, cela permet de s'accoutumer aux passages des vitesses, mettre la boite « crabotage » en fonction pour les vitesses démultipliées grâce à cette boite nous pouvons rouler comme des escargots. Nous apprenons la mécanique sur les véhicules, Jeep, Dodge, GMC.





Encadrés par des sous-officiers non paras, quelques conflits apparaissent, jalousie ou manque de respect de certains paras.



Nous sommes capables au bout de quelques jours de conduire les GMC, 6X6, 4X4, Jeep sur la route longeant le bord de mer et les calanques jusqu'à St-Tropez, St Raphaël, St Maxime etc.




Les examens ont lieu le 21 janvier 1956, puis le temps d'une restructuration à nouveau pour les jeunes chauffeurs que nous sommes, on nous dirige sur un autre camp d'entrainement tout à fait différent. Situé au « Camp des Garrigues » pas très loin de Nïmes, ou nous apprenons la conduite en tout terrain.




Autres baraquements vétustes.L'hiver 1956 ou le froid est devenu si intense que les canalisations d'eau pètent de partout ! Le thermomètre avoisine allègrement les – 16°, du jamais vu par ici. Les bâtisses servant de dortoir sont en planches à peine isolées chauffées par un poêle haut sur pattes avec des longueurs de tuyaux suspendus par des fils de fer qui ne donne qu'une misérable chaleur pour ceux qui héritent des lits placés autour, le autres se démerdent comme ils peuvent.




Le bois vient à manquer, un hangar vétuste à proximité à bientôt la visite de commandos qui la nuit s'activent à démonter les planches garnissant les parois. Les conduites d'eau n'ayant pas résisté au froid, ont toutes éclaté. L'eau restant sur le sol à formé de véritables pistes de patinoire où les enfants et les femmes des gradés viennent faire des glissades patins aux pieds.





Pour laver nos treillis,et faire notre toilette l'affaire n'est pas simple, un grand bâtiment protégé du froid est le seul à pouvoir fournir l'eau nécessaire aux sections, mais quel merdier pour le lavage des affaires ou un piquet de garde reste en surveillance pour ne pas se faire piquer le linge propre étendu sur des fils à l'intérieur du hangar, car des prédateurs ont substitué les affaires propres contre des sales épinglées aux mêmes emplacements.



Ce stage d'un genre nouveau, a pour but de nous apprendre à rouler en zone extrême dans les pires conditions que nous pourrions rencontrer en AFN.




Lors d'une randonnée sportive avec des moniteurs non paras du camp, mon pote Jojo, farceur de première et virtuose de la bagarre de rue joue un tour au sergent qui nous encadre pour le sport. Sachant qu'il est ceinture noir de judo, Jojo demande à faire une démonstration avec le moniteur, ce dernier n'a pas eu le temps de dire ouf! qu'il s'est retrouvé au sol avec un étranglement et un blocage du bras !


Le pauvre sergent a piqué sa crise de colère, mais n'a rien pu faire contre les coups de mon pote habitué aux bagarres de rue, heureusement cela s'est bien terminé devant une bière au foyer.




Le 18 mars, nous faisons un saut dans les garrigues en Nord Atlas, pour ne pas perdre la main.




19 mars , le stage se termine, le froid s'est estompé, le climat est devenu plus agréable. Je connais à fond le tout terrain, rouler sur des murets branlants, traverser un cours d'eau de l'eau jusqu'aux pédales de la jeep et du Dodge, suspendu sur un rocher par la plaque de protection moteur en équilibre dans le vide, treuiller par l'enrouleur de câble du 6X6 accroché à un arbre ou autre pour remonter le véhicule sur des pentes à faire frémir un conducteur non averti.




Le moral du para est en hausse, l'idée du départ proche nous fait ruer dans les brancards, notre fougue n'a d'égal que notre courage. Nous ne connaissant pas encore notre commandant de régiment le colonel Bigeard qui en ce moment avec ses trois compagnies fait feu de tous bois dans le djebel avec de beaux résultats, sans cesse nos chefs de groupe nous parlent des exploits des anciens en Indos, j'écoute avec envie les histoires de ces combattants d'une autre dimension.





26 mars, je reviens d'une permission de 8 jours passée dans ma famille. Les nouvelles d'Algérie commentées par les journaux sont optimistes et pourtant je ne suis pas au bout de mes surprises. Je suis chauffeur du lieutenant Subregis, un colosse avec une paire de moustaches à la mongole lui donnant un air de bouledogue mal léché, il deviendra par la suite adjoint du capitaine Calès de l'Escadron, le capitaine Le Boudec étant en fin de séjour fin 1957 ne participera pas à la fameuse bataille de Timimoun à son grand regret d'ailleurs.

Le lieutenant Subregis deviendra commandant de la 1er compagnie du ''3''.

Je perçois ma solde à l'air de 1836 francs( anciens), 8 paquets de cigarettes et 2 paquets de tabac, comme je ne fume pas, çà va aux copains ravis de l'aubaine.




29 mars, Je suis chauffeur du lieutenant Subrégis adjoint de Le Boudec, Schmitz, copain de Daniel Belot ( le seul qui correspond avec moi) devient chauffeur du capitaine Le Boudec. Ordre d'atteler la remorque, je pars pour Montpellier avec Subrégis prendre à l'intendance des vêtements, la remorque est pleine, retour sans problème.




Mercredi 4 avril 1956, branle-bas de combat dans la compagnie,tout le monde vide les lieux de ce camp des « Garrigues ». Les véhicules au complet sont chargés, les remorques pleines de sacs bergame* de musettes TAP*, le convoi part en direction de Marseille, 120 parachutistes formant le tout neuf Escadron de Jeeps Armées du 3e R.P.C après un parcours sans incident, nous venons nous garer sur les quais dans un parc gardé.





Nous embarquons sur le Sidi-Okba, un des liberty-ships ayant servi au troupes américaine pour leur transport vers l'Angleterre durant la guerre 1939/45. C'est un tas de rouille,malgré tout je l'aime bien, car il me mène vers la véritable aventure qui commence ici, nous voguons vers Bône port d'Algérie.


La mer est un peu houleuse, les premiers symptômes du mal de mer commencent à nouer certains estomacs fragiles, des visages blancs comme de la craie sont accrochés au bastingage, il vaut mieux s'en écarter, avec le vent de travers, les projections sont imprévisibles. La mer force, premier douloureux souvenir pour certains.
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MessageSujet: Re: Mon parcours au 3ème RPC de Bigeard   Mon parcours au 3ème RPC de Bigeard Icon_minitime2016-09-10, 19:40

G8
















Ma première opération en Algérie










Le 7 avril 1956, il est onze heures quand le Sidi Okba, accoste au quai de Bône, je suis émerveillé par le climat, la chaleur est omniprésente, elle me paraît même lourde, moi qui sort à peine du printemps de Nîmes, toute cette activité sur le port nous émoustille, je cherche à apercevoir les habitants du coin, c'est trop en demander.







Le chef de de groupe donne l'ordre de se préparer à descendre du bateau par la paserelle. Béret rouge vissé la tête, je commence à transpirer. Tout les chauffeurs sont rassemblés et prennent la passerelle pour descendre vers un grand parc qui va servir aux véhicules de l'Escadron en attendant d'en prendre possession.





Nous venons de recevoir des boites de ration pour la journée, les jeeps, les dodges sont débarqués aussitôt, nous avons formé les faisceaux pour pouvoir manger le contenu de notre boite. une file de camions attend d'autres soldats qui regroupés à grands renforts de cris, se dirigent vers le convoi.





Dans l'ordre l'Escadron part avec un véhicule d'escorte vers notre premier camp situé sur un terrain de sport dans la banlieue de Bône, le camp «  Les Lauriers Roses », qui en fait n'est pas équipés, les toiles dites « marabout » nous attendent pour être mises en place.



Le décor est planté, mes camarades sont drôlement déçus, de la réception, on croyait pouvoir admirer le paysage, le chef de peloton nous en donne pas le temps.



Avec le grand Lyonnais André Jeanneret, René Cadet le Savoyard, Robert Groisil le titi parisien, Georges Plisson de la vienne, Covillers le Ch'ti, Pierre Martignon de St Dié, Michel Joubert le Breton, Claude Angot le Normand, Jacky Fièvre du Loiret et moi de La Rochelle, nous sommes employés au montage d'une toile de tente sous le commandement du chef qui tient la notice de montage.



Le travail terminé non sans mal, il faut équiper de lit picot les emplacements pour 15 paras, puis nous allons prendre nos sacs marins dans les voitures, et là nous avons le droit de nous écroulé sur notre lit non s'en avoir auparavant perçu sacs de couchage, couvertures;

Sur ce terrain un seul bâtiment, celui du gardien du stade, nous sommes entourés de résidences ouvrières, où grouille une quantité de mômes et de gens du crû. Un gars, fusil tenue à bout de bras, fait le tour du terrain en guise de punition, surveillé par un gradé qui n'a pas le sourire aux lèvres; bonne entrée en matière pour les récalcitrants.





Les gens regardent l'activité de la compagnie, en particulier des femmes derrière les grillages de séparation du terrain, elles observent le para faire sa punition, montrant des signes de faiblesse, il est attaché à un poteau, le sergent lui verse un seau d'eau sur la tête pour lui remettre les esprits en place, le soleil tape dur et le gars est groggy par la chaleur,les femmes horrifiées crient « si c'est pas malheureux ! le pauvre gosse ! », nous rions d'entendre cet accent typique des Bônnois.






Le 8 avril


J'ai une nouvelle jeep, l'autre très usée est en réparation. L'ordre tombe de nous préparer pour un départ en opération, il faut donc remettre toutes nos affaires dans les sacs, même les sales, le tout bien rangés sous nos toiles de tentes, je deviens nomade; mais quel fébrilité dans l'équipe, prêt à partir en mission pour la première fois avec notre capitaine Le Boudec que j'ai aperçu à peine le temps d'un regard, nous tournons déjà à cent à l'heure. Le lieutenant-colonel Bigeard est avec ses compagnies qui viennent étoffer le bataillon qui s'appelle maintenant « 3e Régiment de Parachutistes Coloniaux ».





J'ai soif d'aventures avec un peu d'anxiété quand même Notre chef de section Rébouillet est un sergent-chef pas très grand le visage en lame de couteau, l'oeil noir, il commande en attendant un officier de remplacement.



Nous manquons de sous-officiers et d'officiers, dans le Régiment, Le sergent-chef Rébouillet est un ancien de la guerre 39/45 puis d'Indochine, venu par la suite dans les paras, des « bananes » (décorations) plein la poitrine. Le sergent Dalmasso un vieux de la vieille également, devient notre chef de groupe. Avec un fort accent du midi il sait se faire obéir malgré ses un mètre soixante-cinq, il a du punch, nous le respectons.





Le repas servi par notre cuistot est acceptable, comme je ne suis pas difficile, je m'accommode de cette nourriture que je dévore, j'ai toujours la fringale. Je suis pour l'instant voltigeur au 4e peloton avec comme arme, un pistolet mitrailleur MAT 49 avec une sacoche de cinq chargeurs d'une capacité de 25 cartouches et 125 cartouches en vrac dans la musette TAP.





Je suis allé voir les environs du camp sans pouvoir observer grand chose, nous sommes trop à l'écart de Bône ce sera pour la prochaine fois. Demain nous partons rejoindre une base avancée du nom de Duvivier, entourée de djebels, c'est le début de l'aventure.





Lundi 9 avril:





nous partons de bonne heure jeep chargée en direction de Duvivier distant de 80 kilomètres, gros bourg entouré de montagnes appelées djebels très boisés à perte de vue. Arrivés à 8 heures sur notre emplacement en bordure du village il nous faut à nouveau monter de gros marabouts apportés par des camions. Bientôt six grandes toiles sont dressées pour tout l'Escadron et l'espace est protégé par un réseau de barbelés.




Un minaret domine le paysage, un muezzin égrène sa litanie dans un haut-parleur, il doit être entendu à des kilomètres à la ronde. La température est idéale je travaille torse nu comme tous les copains, mais ce qui frappe tout de suite ce sont les odeurs nouvelles, les parfums étranges, que mes narines décèlent, nous sommes au mois d'avril et les effluves des fleurs, de la forêt et bien d'autres encore que je flaire à pleins poumons.





Le régiment doit être au complet, installé dans les environs, le poste de commandement ( PC ) est herbergé dans une école au centre du village. Demain départ en opération.







Mardi 10 avril





Réveillé à quatre heure, un coup sur la figure, rasage, tenue de combat camouflée, la casquette sur le crâne les cheveux presque à ras, bottes de saut, musette TAP au dos avec le strict minimum, le sac de couchage attaché en boudin sur le sac,
Cadet me dit - tu crois que c'est du sérieux ?


je réponds - Non, c'est pour rire, qu'est-ce que tu crois ! On va retrouver Bruno! . Je devine que cette première opé va être dure dure, pourvu que je tienne le coup ?. Ont embarque dans des camions Ford, nous laissons nos véhicules parqués auprès des tentes, gardés par deux chars et un Half-Track.



Nous roulons plusieurs heures dans un décor de djebel et de terrain fortement vallonnés recouverts d'une forte végétation et d'arbres. Peut-être 80 à 100 km de route et de piste à peine carrossable, nous amène à onze heure au point X,, plus de piste ?, tout le monde saute des camions le matériel du parfait nomade sur le dos et en plus je porte les affaires du radio, un Malgache petit, basané café au lait, du nom de Rakotomavo, radio du chef de peloton.




Aux premiers kilomètres je commence à souffrir des pieds, le cuir de mes bottes de saut n'est pas assoupli, il commence à me faire mal le frottement sur les chevilles et les mollets me gène terriblement avec mes jambes courtes les muscles des jambes sont trop serrés, les vingt cinq kilomètres à faire vont être longs.




Lors de passage d'oueds les bottes se remplissent de flotte, je n'ai pas de chaussettes de rechange, la chaleur aidant le cuir s'est détendu, mais mes pieds sont dans une marinade, j'ai du mal à finir la journée, le djebel est raide avec des pentes à pourcentage élevé, juste une halte à midi pour manger et c'est parti jusqu'au soir, Martignon qui souffre lui aussi veut abandonner mais les menaces du sergent et les potes qui lui remontent le moral l'amènent à bon port.




Nous creusons nos trous individuels, et j'enlève mes bottes et mes chaussettes que je fais sécher, la peau aux endroits de frottement s'en va en lambeaux, l'infirmier me donne une pommade que je passe sur les plaies.



Je ne suis pas le seul à souffrir, beaucoup ont le même problème.





11 avril





Réveil à cinq heures départ pour une longue marche dans une immense étendue de chênes-liège. Nous fouillons des gourbis, arrêtons des suspects sur une zone à risque dite: dangereuse. A part ces premières grandes marches qui nous éreintent, aucune alerte n'est signalée, Les fellaghas ont dû nous voir venir de loin, nous sommes trop bruyants et pas aguerris du tout, mais celà va changer bientôt.







Vendredi 13 avril



Il est cinq heures quand le départ est donné pour l'Escadron, sauf quelques éclopés pour qui l'opération se termine là. Après un casse-croute rapide, sac à dos et comme je suis porteur du sac radio, je colle au chef de section, la marche devient pénible, le soleil tape dur et ma peau qui n'a pas beaucoup vu le soleil attrape des couleurs virant sur l'écrevisse, je crève de soif, le « serpatte » ( sergent) me conseille de prendre un petit caillou entre les dents pour couper la soif car boire de trop coupe les jambes.




Heureusement que nous portons une casquette à la place du gros casque comme les autres troupes, sacré idée de Bigeard, il est vraiment prés de ses parachutistes. Les gars de la compagnie ont trouvé d'autres arabes qu'ils ramènent au PC Le Boudec qui a comme indicatif: «Le Boudec 4 » et qui sonnera plus d'une fois au cours de nos pérégrinations.

Nous grimpons en crête de djebel, les sommets dénudés laissent voir un relief tourmenté de gros blocs de roches éboulées et de grottes.



Nos rations sont au plus bas, le soir arrive nous faisons nos emplacements de combat pour la nuit, tour de garde d'une heure, je dors mal à cause de mes pieds encore fragiles et la peau qui ne repousse pas vite aux plaies.

Le froid glacial de la nuit contraste avec la chaleur du jour ,

le manque d'endurance, les longues marches, me mettent complètement à plat. Le sergent Phillip me donne une pommade qui va s'avairer vraiment éfficasse pour les pieds qui vont beaucoup mieux.



Le village où nous arrivons se nomme Gounod: de là nous sommes héliportés en Sikorsky, hélicoptère de taille moyenne pouvant transporter six combattants avec l'équipement. C'est la première fois que je monte dans un « ventilo » fantastique, quelle impression ! Le tremblement de toute la carcasse de l'engin au décollage et le balancement dans les changements de directions sont pas très rassurants, le parcours est assez court , nous faisons une sortie en trombe pour nous mettre en position de défense, la sensation de l'hélico est exaltante.




Cette héliportage n'a rien donné ? Je crois suite à une rumeur dans le groupe que ce premier contact avec le terrain est voulu par Bigeard pour tâter notre valeur, juger notre endurance à la marche, notre mental,nous sommes observés, pour nous avoir fait faire deux jours de « crapahut » comme des pros!. Je pense que nous somme mis en face de notre capacité à marcher comme une compagnie de combat.




On va montrer que nous allons devenir au niveau des meilleurs, ce sera dur, mais faisable, c'est le moment de se serrer les coudes , la cohésion du groupe, faire face …. Adieu les jeeps !! ce sera désormais des marches de journée et de nuit entière dans des conditions autrement que celles vécues jusqu'à présent, le prestige du 3e RPC est d'être au niveau des meilleurs pour être bientôt le meilleur des régiments parachutistes du moment.




J'ai même perdu la notion du temps, mais grâce à mon carnet de route que j'annote presque tous les jours, je connais le parcours des jours d'opération et des dates les noms des copains, des camarades qui vont disparaître au fil de nos combats, le nom de mes chefs, le nom de nos opérations et des lieux de nos passages.




Aurai-je toujours le courage d'ouvrir ce carnet pour décrire nos marches sur cette piste qui est notre pain quotidien, la souffrance de mes camarades, les joies les peines, je ne suis pas le seul à avoir des moments de lassitude, on se remonte le moral jamais on a laissé tombé un copain sur la piste, le soutenir et prendre son sac jusqu'à temps qu'il récupère.






14 avril





Le réveil est glacial, en 10 minutes je suis prêt, dans le noir on rejoint la piste, je bois en marchant un reste de café froid avec un biscuit et une pâte de fruit et c'est parti pour 20 kilomètres de piste avant de retrouver les camions. Il est midi, nous retournons à Duvivier notre base provisoire.


Et mon pote Jacky Fièvre qui en a bavé me demande: qu'est-ce qu'on a fait comme bornes pour rien ! .



-Je lui répond – ce n'ai que le hors d'oeuvre de Bruno, attend la suite !! et avec un sourire où la fatigue se ressent terriblement,

je rajoute – et ce n'est que la première semaine !! mon pote !.



Nous y sommes dans les paras et au '' 3 '' s'il vous plait, en plein dedans !!!.








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MessageSujet: Re: Mon parcours au 3ème RPC de Bigeard   Mon parcours au 3ème RPC de Bigeard Icon_minitime2016-09-12, 06:35

G9









Attentat à DUVIVIER










Nous voici dans notre base avancée de Duvivier, petit village pas très loin de la frontière Tunisienne à 80 kilomètres de Bône, ville et port maritime.


La nationale 16 axe routier poursuivant jusqu'à Tebessa et vers les territoires du Sud, dessert le village ou coule l'oued Seybousse. Entouré de djebels culminants de 600 à 800 mètres d'altitude, paysage de moyenne montagne ou le régiment a installé sa base avancée.



Je suis au repos forcé pour une cheville abimée lors de ma première opération du 10 au 14 avril 1956 dans le djebel de la région de Gounod.



Donc exempt de marche, je suis avec quelques éclopés à la garde du cantonnement de l'Escadron constitué de marabouts* en toile, servant soit de chambrée d'une vingtaine de lits, de cuisine ou d'entrepôt de matériel et de nourriture soit un ensemble de huit grandes guitounes.

Situés un peu à l'extérieur du village nous avons comme protection, deux chars et un half-track* détachés d'une compagnie blindée.



Je prépare ma nuit sous la toile ou deux gars exemptés de marche dorment sur les lits picot* installés en deux rangés face à face, ces toiles de tente nous servent de coin repas par la même occasion.





Les trois engins de protection à l'intérieur du camp entouré de fil de fer barbelé donne une impression de sécurité, tout est calme, il a fait une journée splendide, et j'ai profité du moment pour faire de la photo avec mon Kodak.




Monté sur la tourelle d'un char, avec Pierre Martignon et Luillier un parisien, nous posons pour la postérité. Nos problèmes de pieds ne nous empêchent pas de rire de notre malheur.

Rien ne laisse prévoir un quelconque incident, c'est la tombée du jour, mon PM MAT49* à portée de main accroché à la tête de lit sur un fil que nous avons tendu et qui sert à faire sécher les affaires. Je discute avec le gars à coté de moi, des fatigues et des souffrances de nos camarades partis en opé dans le djebel.




Soudain des coup de feu claquent en direction du camp c'est net et très près, il fait noir, nous nous jetons à terre comme un seul homme pour parer au plus pressé. Une grenade balancée deux tentes à côté explose dans un fracas de tout les diables, c'est la panique dans le camp, le chef de char à plongé dans son half-track armé la mitrailleuse 12,7 et le voilà tirant à l'aveuglette dans tous les azimuts, les balles traçantes montent à un moment donné jusqu'au minaret éclairé par les balles traçantes, un projecteur s'est allumé et balaye de son faisceau le camp.



La grenade a explosé devant l'entrepôt criblant la toile d'éclats, des rafales de pistolet-mitrailleur sont même envoyées ! Il faut les hurlements de l'officier responsable de la base pour faire faire halte au feu. Le gars du char à perdu les pédales.





Je vais au résultat suivi par les gars sortant de partout, le gradé pousse sa gueulante, quelle engueulade au chef de char, la toile de tente a dégusté, personne de touché dans cette affaire un peu burlesque qui aurait pu tourner au drame par la panique engendrée. Le ou les fels qui ont tirés devaient savoir que la compagnie était en opération.


Tous les bidasses du coin se sont retrouvés en état d'alerte le reste de la nuit. Je me suis recouché sans trouver le sommeil, l'émotion de ce premier contact avec le bruit d'une fusillade.

Jolie mois de MAI 1956.
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MessageSujet: Re: Mon parcours au 3ème RPC de Bigeard   Mon parcours au 3ème RPC de Bigeard Icon_minitime2016-09-13, 17:15

G10










Les Djebels de la Medjerda










Opération «1202 » entre la vallée de l'oued Boubous et la frontière tunisienne.






Au village de Duvivier notre base avancée régimentaire, les paras Bigeard sont de retour d'une opération de 96 heures. L'escadron a transpiré avec la chaleur arrivant dans ces vallées encaissées avec un relief très tourmenté entouré de petits djebels donnant l' impression d'être enfermé dans une arène.



L'Escadron se refait une santé après quatre jours d'efforts durant une opération dans la région de Gounod, site de ma première opé. La recherche de contact avec l'ennemi qui se dérobe met les nerfs en boules, les pistes à peine praticables, des marches incessantes jour et nuit, éprouvent les muscles des jeunots.



Le signal des préparatifs de départ pour une nouvelle «bandera »nous est donné par le sergent Dalmasso notre chef de groupe ( un ancien d'Indochine avec deux séjours ) pour lui cela n'est que routine il n'en fait pas plus cas qu'une promenade de vacances, il n'est pas émotif, alors que la fébrilité dans mon groupe est perceptible.


J'en suis à ma deuxième opération, la première fût pour moi un calvaire, avec des pieds en marmelade et le moral cassé. Les bottes de saut ne me réussissent pas, si j'avais eu des rangers! J'ai entendu dire que des gars marchaient avec des «jungle-boot» ah si je pouvais en avoir une paire ? Mais il ne faut pas rêver.



Pourtant des régiments marchent avec des chaussures en toile et dessous caoutchoutés qu'ils appellentt des «pataugas», je vais voir cela de plus près avec mon pote Martignon ayant les mêmes problèmes que moi.



Je suis passé dans l'équipe FM 24/29 pourvoyeur avec comme arme un fusil MAS 36 crosse alu repliable longueur plié 96 centimètres. Chargé autant qu' un mulet, deux sacoches contenant 5 boites chargeur de 920 grammes celà donne 9kg200 battant le long des cuisses et accrochées sur les boucles du ceinturon lui même retenu par un brellage, genre de bretelles renforcées fixées sur le ceinturon.


Sont également accrochés, bidon d'eau, cartouchières du fusil, deux grenades, le poignard, une trousse à pansements ( parfois accrochée soit sur le haut du brellage ou en bas de la jambe.



La musette TAP* contient les boites de ration (d'un kilo) pour 24 heures ou plus en fonction de la durée de l'opération, la boule de pain, le pull vert kaki, la veste molletonnée, le nécessaire de toilette, la gamelle, cuillère/fourchette, le quart étant encastré dans le fond du bidon, et le petit matériel pour se suffire à soi même, savon, rasoir, papier à lettre/enveloppes, crayon, et une dotation de munition en vrac de 90 cartouches de 7,5, et bien sûr mon carnet de route et parfois mon appareil photo, et bien sûr la pelle repliable type USA.




Devenu pourvoyeur du fusil mitrailleur 24/29, avec trois de mes camarades, un tireur FM et un chef de pièce, cet ensemble forme l'équipe. Le moral et l'allant font partie de mon caractère. Je cache mes doutes au fond de moi même et montre toujours un visage jovial, j'ai souvent la blague aux lèvres cela détend le climat parfois grincheux de l'équipe. Cette deuxième opération va nous mettre au pied du mur.







20 avril 1956




Après avoir pris un bon repas chaud, le départ est donné à vingt heures, nous grimpons dans les GMC de la compagnie du train, les musettes TAP poussées au fond du camion,

les camarades nous donnent un coup de main pour monter, assis sur les banquettes face à face, les bâches soulevées et attachées sur les montants de façon à gicler des véhicules à la moindre alerte .


Direction Souk-Ahras puis Lamy, très très prêt de la frontière tunisienne, beaucoup de rebelles dissimulés dans les parages mais invisibles à nos yeux. Nous roulons jusqu'à minuit, débarqués en silence nous nous infiltrons dans ce paysages de montagnes.


Le point effectué par le commandant de compagnie Le Boudec, les chefs de pelotons prennent l'itinéraire reconnu. Le départ par compagnies vers un point donné par Bigeard se fait sans heurts ni palabres, les paras deviennent des félins à la recherche de leur proie.





Les compagnies de transport seront notre moyen de rejoindre notre point de départ dans le djebel, et de nuit en général, je tire mon chapeau aux chauffeurs qui par tout les temps et souvent sans éclairage nous amèneront à notre point fixé et seront toujours au rendez-vous pour le recueil des compagnies ivres de fatigue.


Nous les bénirons ou les maudirons dans nos marches sans fin, épuisés après des nuits sans sommeil et le ventre creux, sur les pistes du djebel ou dans les sables de Timimoun, dans la neige, le froid, la pluie grelottant dans nos pauvres habits détrempés par l'humidité ou la sueur sous le soleil torride des Aures.







Nous sommes un régiment parachutiste qui va devenir un des meilleurs de la 10e DP, mais pour cela il va falloir souffrir beaucoup souffrir, faire de notre corps un objet résistant et dur au mal, savoir souffrir en silence.




Le secteur où nous marchons est extrêmement boisé dans des escarpements digne d'un alpiniste, la piste s'allonge dans un tracé fait par les chèvres, et des hommes habitués à arpenter cette nature sauvage. La nuit est d'encre et les passages couverts de chênes-liège.


Nous marchons en aveugle tête à cul, me cognant sans arrêt sur mon camarade qui grogne des mots inintelligibles, les à coups provoqués par des haltes brusques sont dûs au fait que la colonne se disloque à la moindre embûche, le para pour coller au suivant, accélère afin de garder sa distance de marche, le contact dans ce noir absolu est brutal mais nous savons nous taire, une main toujours en avant pour palper l'obstacle.


Dans de telles conditions, la marche devient pénible et les à coups coupent les jarrets qui tremble dans l'effort. Dans nos futures opérations nous aurons une pastille fluo collée sur la musette, visible à deux mètres cela nous aidera bien dans ces marches de nuit.




Après quatre heures de montée en aveugle, nous arrivons au sommet du djebel, les arbres sont plus rares. La silhouette du gars me précédant devient visible malgré le ciel sans lune. Pas un son de gamelle ni de cliquetis d'armes, le silence est complet nous devenons des oiseaux de proie, seul le halètement court des camarades sont perceptibles par les efforts fournis, ce n'est pas le cas des unités que nous croisons parfois au hasard de nos opérations éclairs, on les entend à des kilomètres à la ronde, ceux là ne doivent pas tomber souvent nez à nez avec des rebelles.






Je commence à ressentir les efforts donnés. Dans la descente d'une portion de piste assez raide, je trébuche et vais m'étaler en contre-bas mon corps reste bloqué contre un buisson, sans une parole je remonte sur les genoux sur la piste, j'ai perdu mon groupe.


La section passe sans s'arrêter, je me glisse dans la file jusqu'au passage d'un oued où l'eau nous arrive à mi-mollets, j'en profite pour remonter la colonne et rentrer dans mon groupe, ma main est abimée et j'ai une bosse à la tête mais la casquette est toujours sur mon crâne.


Il est temps, les sections éclatent pour des positions d'embuscades.



4 heures. Après une remonté sur 1000mètres, l'embuscade est établie jusqu'au levé du jour. Je suis à côté de ma pièce FM André Jeanneret le tireur, géant à la force tranquille et un camarade agréable, je m'entend à merveille avec lui, sa puissance est réelle il me porte sur son dos avec tout mon équipement et le sien comme si de rien n'était.


L'attente est dure à supporter sans bouger, à cette altitude le froid vif me fait claquer des dents, je ne suis pas le seul , le bruit des dents d'André me résonne aux oreilles. Nous sommes côte à côte dans l'attente d'un évènement, d'un bruit, ce serait pourtant la délivrance, le ressort qui nous donnerait la bouffée d'adrénaline. Il fait froid dans le djurjura en altitude nous devons frôler le zéro°.



Le jour se lève lentement dans ce massif montagneux de l'oued Boubous, la forêt assez dense laisse difficilement pénétrer les première lueurs de l'aube. Nous levons l'embuscade ce qui nous permet de faire un frugal petit déjeuner constitué d'un café froid d'un bout de pain avec une pâte de fruit.


Les voltigeurs manœuvrent au fond de l'oued, nous les appuyons en avançant à la même allure dans un dédale de rochers difficiles a passer. Toute la compagnie avance à la même allure pour que le ratissage soit minutieux, les grottes sont inspectées et les anfractuosités rocheuses également avec beaucoup de précautions.




Ordre est donné par le sergent Dalmasso de stopper notre avance. Le FM en protection avec un gars de surveillance allongé, le doigt sur la détente pendant que l'équipe mange .


Il est 9 heures, le soleil vient nous réchauffer de ses rayons déjà chauds, il nous sèche de l'humidité et de la transpiration, laissant des auréoles sur la veste camouflée. La boite de ration est vidée à moitié de son contenu, les sardines et le pâté de Pousauge fabriqué en Vendée, sont engloutis.




J'entends les gars qui s'interpellent au fond du cours d'eau ils peinent en s'accrochant aux épineux lentisque ou autres, les mains le visage griffés, ils se débattent dans une végétation luxuriante mais hostile , certains sont obligés de pénétrer dans l'eau pour contourner des blocs de roches.



La progression ne faiblit pas, le sergent nous déploient plus largement, Jeanneret à grandes enjambées positionne le FM suivi de l'équipe. Martignon et Groisil se chamaillent, ce qui fait pousser une gueulante du chef, moi je ferme mon clapet, j'ai assez de ma charge et garde mon souffle pour la fatigue à venir.




14 heures. Une halte sur le sommet du djebel, permet au lieutenant de faire le point avec le capitaine Le Boudec par radio. Une heure de pose, je suis sur les genoux et il n'y a pas que moi, les 25/30 kilos de charge pèsent lourd ! terriblement lourd pour des épaules pas encore tannées par les frottements des sangles du bréllage et de la musette TAP, je commence à avoir les pieds en marmelade.


Ah si j'avais de l'argent pour m'acheter une paire de rangers souple, cela me dispenserait de marcher avec cette paire de bottes faite c'est à croire avec du cuir d'éléphant.



La soirée passe dans la fouille de rochers creusés de trous capable de cacher des centaines de combattants rebelles, des traces de passages nous donnent la preuve qu'elles servent de lieux de repos aux katibas* de passage.


J'en parle au sergent qui me confirme que nous sommes certainement épiés par des choufs*, souvent de très jeunes bergers avertissant les rebelles de tous nos mouvements.




Un Piper*, fait des passages fréquents et doit donner des indication à «Bruno*», donnant les indications sur des possibles mouvements suspects dans notre zone de fouille .





Le soir nous retrouve sur un djebel de 1000 mètres de haut d'où le panorama est magnifique, des ondulations boisées à perte de vue, des talwegs* ou coulent des oueds à l'eau si fraiche, alors que je n'ai presque plus rien dans mon bidon je suis un peu jaloux de la voltige qui peut boire à volonté de cette eau si limpide.


Nous nous positionnons pour la nuit je fais mon trou individuel avec ma pelle US et le garni d'herbe et de feuilles pour adoucir cette couche improvisée..

Interdiction de faire le moindre feu. Plusieurs groupes partent en embuscade, je reste avec le PC du capitaine Le Boudec à monter la garde avec le groupe.







21 avril

Le peu de sommeil m'a donné de la vigueur malgré le froid et l'interdiction de faire du feu, Martignon marmonne: -On voit pas un félouse* pas la peine de continuer !


-Attend qu'ils arrivent, tu verras! .. Répond Cadet

Vers 9 heures autorisation de faire du feu sans fumée, je réussi un feu minuscule dans un trou creusé au poignard avec quelques brindilles que j'avais ramassées hier, deux petites pierres plates de chaque côté pour poser le quart, le tour est joué.







La fouille reprend sur le versant boisé, pendant que d'autres compagnies encerclent la zone à traiter. Une compagnie découvre au fond d'une grotte des couvertures de laine, preuve que cet endroit sert de relais, et surtout il a fallut une fouille minutieuse dans cet endroit indétectable, il va en être ainsi toute la journée dans une marche incessante avec les nerfs à vifs.


A croire que nous courrons après des fantômes, encore une embuscade toute la nuit, planqués entre deux rochers en surplomb de la piste, nous allons ainsi faire le guet jusqu'à 6 heures le lendemain matin.




22 avril.


Rien ne se passera, le jour se lève rapidement en haut de ce djebel. Martignon nous a fait un café chaud, je m'allonge et dort jusqu'à dix heures. Nous reprenons la piste pour rejoindre le PC Le Boudec.


Nous descendons vers des mechtas que nous fouillons avec minutie, des traces de feu prouvent que des rebelles ce sont reposés ici.

Le soleil chauffe et finit de dégourdir nos membres perclus de douleurs par deux nuits d'embuscade avec si peu de repos.

Nos tenues sèchent rapidement avec des trainées de sel sur la veste camouflée qui tient debout par l'empesage du à l'élimination de ce sel que nous compensons par absorption de cachets contre la déshydratation, la nivaquine contre le paludisme, l'eau que nous buvons n'est pas toujours claire, nous la prenons au hasard de nos marches dans des trous d'eau stagnants plus que douteux.




Dernière nuit d'embuscade, car nous sommes repérés depuis le matin, des silhouettes se distinguent à la jumelle en haut des djebels, est-ce les nôtres? mystère? Le bivouac est devenu plus cool, je fais du feu pour un potage avec du pain dedans, une boite de pâté engloutie en deux minutes, l'habitude du vite fait manger n'est pas un rituel mais une nécessite de s'alimenter.


Un tour de garde viendra me réveiller d'un sommeil profond, deux heures à maintenir les yeux et le cerveau en éveil est pénible, je me recouche pour m'endormir comme un bébé la fatigue aidant.

Demain nous rentrons à la base avancée.





23 avril.


Cela fait 20 jours que je suis sur le sol d'Afrique du Nord et déjà je n'ai plus la même vision des choses, notre condition de vie nomade nous rapproche de la nature et nous adapte aux conditions les plus rudes les plus rustiques, le corps devient résistant à l'effort, à la fatigue, au sommeil, à la nourriture prise à n'importe quel moment, simplement pour alimenter le corps et non pas l'estomac.


La camaraderie dans la cohésion du groupe, nos chefs sont plus près de nous et subissent les mêmes souffrances, endurent les mêmes maux sans jamais faire apparaître un signe de défaillance et pourtant ils sont comme nous, mangent comme nous, marchent comme nous sans jamais se plaindre, et d'abord à qui se plaindrait-ils?.




Le départ pour rejoindre les camions nous remplit d'une joie intense, les dix kilomètres de pistes sont faits allègrement, à dix heures, nous montons dans les bahuts, une heure de route et ouf! Nous voilà à Duvivier, rassemblement pour une vérification général du matériel, et tout le monde se précipite aux douches pour un décrassage profond du corps.


Que c'est bon de pouvoir rester sous l'eau à se savonner la carcasse. On s'entraide pour un frottage énergique du dos, les blagues fusent entre paras, la détente est joyeuse, on parle de sortie et de filles, à 19 ans quoi de plus normal.




La fatigue disparaît aussitôt lorsque le sergent nous donne quartier libre pour une détente de quelques heures dans le village, faire des achats, de la nourriture en extra, tenue camouflée impeccablee, bottes cirées, casquette Bigeard neuve sur la tête, sousl'œill du sous-off qui a du travail à remettre au chef de section,.


Demain revue d'armes et contrôle des paquetages pour le linge HS*.




Cette opération lancée par le colonel Bigeard commandant du 3e R.P.C avec son effectif au complet, servira de tremplin aux opérations à venir avec la mobilité, la rapidité, et la puissance de feu transportée à dos d'hommes, fera de nous un régiment des plus disponibles 24 heures sur 24, nous serons appelés à nous battre sur tous les fronts, des engagements durs contre un adversaire de plus en plus redoutable n'infléchira pas notre devise

« ÊTRE ET DURER ».
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MessageSujet: Re: Mon parcours au 3ème RPC de Bigeard   Mon parcours au 3ème RPC de Bigeard Icon_minitime2016-09-13, 18:10

G11










La Bataille de Djedida – Mellagou







Cette opération appelée« Djedida » sera mon premier engagement important dans le massif des Nementchas, en limite des Territoires du Sud Algérien du 7 au 17 juin 1956.




Le 5 juin 1956 le 3e Régiment de Parachutistes Coloniaux avec à la tête, notre chef le lieutenant-colonel Bigeard, est mis à la disposition de la zone opérationnelle des Nemetchas. 

Notre base arrière reste toujours Bône.



Le général Vanuxem est notre grand patron. Ancien « maréchal » de De Lattre De Tassigny, il est connu comme baroudeur en Indochine et il l'a prouvé.


Bourru, violent, il ne fait pas de sentiment, peut importe les pertes , il lui faut des résultats concrets. Il fait bien comprendre à Bigeard qu'ici dans le Sud, notre travail sera d'autant plus difficile que les rebelles ne craignent personne et même recherchent le combat.


Ils vont jusqu'à oser attaquer les troupes s'aventurant dans leurs durs djebels truffés de repaires.


Les Nementchas terreur du Constantinois, paysage dantesque, désert apocalyptique couvert de crevasses et de gorges profondes, une multitude de grottes quasi invisible à l'oeil, couvert d'éboulis où la marche devient un calvaire.






Nous sommes à Bône le 5 juin, installés dans un ancien entrepôt de tabac. L'Escadron a pris ses quartiers provisoires dans de vastes hangars, nous servant de gîte et de réfectoire les lits picots avec les vêtements et notre harnachement sont prêt à portée de la main.


Cette situation précaire je la connaitrai tout le temps de mon séjour en AFN. Le régiment sera de toutes les batailles durant les trois ans que je passerai au sein de cette unité d'élite.




Notre repos de huit jours est relatif, car personne n'échappe aux corvées de pluches et de quartier. Garde à l'entrée, planton aux sous-officiers, chauffeur de Jeep, corvée de nettoyage des lavabos, WC, douches etc .


Avec le sport du matin, les marches commandos plusieurs fois par semaine, la revue d'armes, les vérifications des dotations de munitions, revue de détails, la marche au pas cadencé, apprendre les chansons sous la houlette du lieutenant Lefevre nous faisant interpréter tous nos classiques para.



Les plus connus comme : «En passant par la portière», «Debout les paras », «Les compagnons », «Le petit village », «Les marsouins », et bien sûr «ÊTRE et DURER », sans oublier,« Malgrès les balles », et d'autres comme: « La main dans la main » , «Sur la route», «Le gai luron des Flandres»; certainement d'origine allemande.




Nous avons une nourriture qui n'est pas du quatre étoiles, mais qui a l'avantage de bien nous nourrir, et çà je l'apprécie. Bigeard veille a ce que nos repas soient corrects car nous mangeons que de la boite de conserve dans le djebel.


Les vacances sont de courtes durées. René Cadet revient du PC Le Boudec avec la nouvelle captée en tendant l'oreille vers le bureau du capitaine: -

Départ imminent les potes ! Dit-il dans un petit béguément qui lui arrive lors d'une émotion bien ressentie.

Je viens de percevoir une nouvelle jeep refaite à neuf portant le n° 89350, elle est toute belle sortant des échelons 3 et 4, cela signifie: moteur refait, boite de vitesses, peinture, pneumatiques presque la totale.





Il est très tôt. Nous chargeons les remorques attelées aux jeeps de nos sacs, bien arrimés et vérifié par notre sergent Pellegrini, un Corse bien sympathique, notre caporal Mario Piacenza un vétéran de Corée, et par notre sergent-chef Rebouillet adjoint au chef de peloton le sous-lieutenant Rhoer, je deviens chauffeur du chef Rebouillet avec Boisnart comme radio, ce qui permet au Dodge 4X4 de n'avoir que 8 gars restant à convoyer.




Le départ de l'Escadron est donné par le capitaine Le Boudec. En route pour le Sud! Nous sommes contents malgré tout de cette nouvelle aventure, nous allons montrer notre savoir à nous adapter dans toutes circonstances.




Tebessa ville un peu mystérieuse d'après des récits d'anciens. Pour nous y rendre, nous passons par Duvivier, La Verdure, Souk Ahras, Montesquieu, Clairefontaine, Morsott, enfin voici Tébessa après 246 kms au compteur.


Voyage sans encombre. Située près de la frontière tunisienne dernière ville avant le Grand Erg Oriental et la chaîne de montagne des Aurès-Németchas.



Cette ville de garnison, avec des ruines Romaine très importantes, signe de la colonisation et des conquêtes des Légions Romaines. L'élevage d'ovins font de cette région une plaque tournante d'un commerce intense. La ville s'est étendue en dehors des murs fortifiés à créneaux, avec ses portes d'accès étroites voutées, sa population bariolée, tout est nouveau pour nous.



Les jeunes arabes courent après le convoi offrant des boissons et des fruits. Le dépaysement est complet. Vers 14 heures nous arrivons aux abords de la cité, devant une petite caserne tenue par la Légion Étrangère et mise à notre disposition.


Toujours au pas de course , nous nous installons à la va-vite dans une partie des locaux. Les véhicules bien alignés, nous vérifions notre équipement OPS : armes, dotation de munitions, perception de deux boites de ration, une boule de pain et d'un bidon supplémentaire.


J'ai pour ma part une paire de jungle-boot en rechange dans mon sac avec une paire de chaussettes, nous sommes en short kaki, veste camouflée, casquette, un chèche qui sert à tout faire ( autour du cou pour le froid, de filtre à eau, de moustiquaire et même de corde ). Je suis presque le seul à marcher en chaussures légères.


Plus tard les jungle-boot seront distribués à ceux qui veulent de ces chaussures. Nous faisons un brin de toilette avant de prendre notre dernier repas chaud. Durant 15 jours se sera des boites de ration.




Je suis dans l'équipe du fusil-mitrailleur 24/29 comme chargeur, René Cadet étant tireur, André Jeanneret chef de pièce, et comme pourvoyeurs Martignon, Fusée, Covillers, Groisil. Alourdi de dix boites chargeur rangées dans deux sacoches accrochées au ceinturon du bréllage cela représente neuf kilos deux cent, plus les deux bidons, les grenades, le poignard, la trousse à pansement, la cartouchière pour le fusil MAS 36 crosse alu ou pour le MAS 51 lance-grenades ces dernières sont réparties dans le groupe.


La musette TAP doit pesée autour de dix kilos, elle pèsera de moins en moins au fur et à mesure de la nourriture ingurgitée ( deux kilos de boites et un kilo de pain), donc nous avons une charge totale environ trente deux kilos répartie entre la musette TAP et le brellage qui supporte le reste, à part notre arme bien entendu.



Il est dix sept heures, le départ est fixé pour deux heures demain matin.




6 juin 1956.



Le réveil à une heure rend le visage grognon sur certains. Les camions sont déjà à pied d'oeuvre pour les 120 paras de l'Escadron, nous grimpons aidés par les copains à qui nous passons nos sacs et armes.


Le convoi démarre rejoindre les autres compagnies une file de 50 GMC encadrés par des Half-Tracks font un sacré vacarme tous feux allumés. Nous prenons plein Sud, puis nous obliquons vers une piste sablonneuse, nous sommes bientôt recouverts d'une fine couche de poussière.





La piste à peine carrossable nous conduit sur une vaste étendue désertique venant buter sur le djebel Nementcha. Certains sommets culminent à près de deux mille mètres sur une longueur de 80 kilomètres et une largeur de 20.


Au Sud le désert, immense mer de sable à perte de vue; ici commence le désert de Négrine. 90 kilomètres de poussière plus loin nous nous retrouvons devant un fortin de la Légion.


Le lieu se nomme Guentis.

Presque accolé au flanc du djebel,le fortin est entouré de fil barbelé, construit en pierre avec une tour de guet. Les abris légèrement enterrés donnant une impression de fraicheur par rapport à l'air brûlant surchauffé par un soleil implacable.

Nous sommes ici pour relever le 2e RPC du colonel Chateau-Jobert qui a souffert de l'effort fourni et des accrochages avec les «chaouis»



L'Escadron prend ses quartiers à l'intérieur du fort avec le PC Bigeard, les autres compagnies sont disséminées autour. Le temps aux chefs de prendre les ordres, nous donne un répit pour nous dépoussiérer.



Le paysage est une désolation, pas un brin de verdure à l'horizon; nous sommes sur une étendue caillouteuse: le djebel que nous apercevons a des sommets en dents de scie, les rochers déchiquetés et éclatés par les différences de température donnent un avant goût de notre randonnée prochaine.


«Ce sont les portes de l'enfer !» dira un jour le général Vanuxem en désignant sur la carte ce secteur à Bruno » ( indicatif radio de Bigeard). Je suis bientôt surpris par un endroit, véritable petit paradis dans cet enfer, l'endroit où l'on nous amène pour la détente est exceptionnel, un oued descendant de la montagne, coule dans un couloir de grosses pierres arrondies, de petites cascades tombent de roche en roche dans des bassins naturels pour finir dans une étendue d'eau de 800 mètres carrés formant l'oued avec une petite plage de galets entourée de lauriers roses et d'autres espèces d'arbustes; l'endroit est magique.



En un clin d'oeil tout le monde se retrouve en slip à faire trempette. Comme j'ai pris avec moi mon appareil-photos, j'immortalise l'instant avec mon camarade Bertho, puis avec René Cadet coiffait de la casquette «Bigeard», l'eau nous arrive au genoux , peu importe c'est tellement merveilleux, mais quelle chaleur !! Nous finissons la soirée en préparant notre popote et nos emplacements de couchage.


La Légion veille sur notre sommeil. Pour une fois que je ne monte pas la garde ! Vive la Légion !!

Transportés le 7 juin par camions tous feux éteints à 18 kilomètres du fort de Guentis jusqu'à la limite du désert, les bahuts nous déposent à minuit, par compagnie avec armes et bagages.


Nous nous infiltrons par une piste à forte inclinaison: La montée et d'autant plus rude que la nuit noire nous empêche de nous distinguer à un mètre les uns des autres, le nez dans le sac du camarade qui me précède, je cogne sans arrêt mon arme dans les fesses du gars qui grogne en sourdine, les paras peinent le souffle court, pas de lune, les étoiles semblent être en veilleuse, des cailloux roulent sous les chaussures et nous font perdre l'équilibre.





Les yeux finissent à la longue par distinguer faiblement la silhouette du copain; pourvu que les rebelles nous laissent en paix sinon se serait la panique ! Un guide avec la voltige de pointe ouvre la voie.


Il est deux heures, le souffle court par l'effort essayant de coller à la file qui avance par à-coup, certains trébuchent et coupent le rythme, alors des écarts se creusent, disloquent la marche.



Des sursauts d'énergie sont nécessaires pour rejoindre la chenille humaine qui avance inéxorablement sur cette putain de piste!.

Quatre heures de marche sur des pentes hors normes, malgré le froid dû à l'altitude, nous transpirons comme une mêlée de rugby.


Bientôt les compagnies se disloquent prenant des pistes différentes que « Bruno» a tracé sur sa carte. Nous bifurquons sur une piste descendant à pic pour remonter aussi dur sur notre point d'embuscade à plus de 1100 mètres d'altitude. Ouf ! Quelle grimpette!..


En planque dans des éboulis de rochers nous sommes devenus invisibles.

Je suis attentif au moindre bruit. Parfois des cailloux se détachent des roches et tombent en roulant sur la pente, l'attente du jour nous crispe les nerfs. Enfin le ciel s'éclaircit au dessus du sommet du djebel, et bientôt un énorme soleil rouge incandescent commence son ascension, les fonds d'oued sont encore dans les ténèbres, aucune visibilité dans cette gorge profonde de 400 mètres avec des à-pics vertigineux de 150/200 mètres finissant en bas de l'oued presque sec dans un enchevêtrement de roches et de lentisques.





Ordre de manger maintenant, après se ne sera plus la peine. On lève l'embuscade dans 15 minutes, nous sommes engourdis, Jeanneret grelotte de froid faute d'avoir mis son chandail sous sa veste. L'aviation est prévue à sept heures pour rentrer en action sur les ordres de Bigeard, le piper ( avion d'observation) en direct avec le PC Bruno, tournoit au dessus du défilé rocheux.


   

Nous progressons à flanc de montagne protégeant la 3e compagnie qui se fraye un passage pour atteindre le fond de la gorge, et croisons les gars de la 2e de «Bir Hakeim», dont Albert Bernard le radio du capitaine Flores, copain d'école de René Cadet, la surprise est totale, mais pas possible de s'arrêter (Albert Bernard qui fera un livre sorti en 2012, '' 3 ans chez Bigeard''). Ce sera durant toute la journée, la fouille de grottes, repérage de traces et passages de rebelles dans cette gorge de l'oued Bou-Doukrane.





La progression devient pénible dans ce canyon écrasé de chaleur parmi les blocs de gros rochers coupant notre avance par des crevasses qu'il faut contourner, je transpire par tous les pores de la peau, le corps luisant de sueur, le visage rougi par l'effort, il ne faut surtout boire que le strict nécessaire en prenant les cachets de sel pour en compenser la perte qui se voit par de larges plaques blanches sous les aisselles et le dos. 


Tout en marchant je mange une pâte de fruit.



En fin d'après midi, l'avion d'observation repère des mouvements suspects à quinze kilomètres de notre position. Nous sommes avertis par le sergent Pélegrini de prendre dès maintenant toutes nos précautions, et de garder nos distances.


Le soir arrive, nous formons nos positions de combat, ordre de dormir l'arme à portée de main. Les fells nous guettant, il va falloir ne dormir que d'un œil cette nuit encore.

A 23 heures, les rebelles bien dissimulés vont attaquer le PC et la 1ère compagnie du capitaine Datin;


En gueulant ils montent à l'assaut des positions, un violent combat se déclenche dans une fusillade infernale, pendant une heure ils tenteront de pénétrer jusqu'au PC Bigeard, mais les paras étaient en alerte l'arme à la main dans leurs trous, ils n'ont eu qu'a tirer dans le tas.


Cette attaque donne la mesure et la témérité des Chaouïas. Ils se font repousser en laissant trois morts sur le terrain et disparaissent dans la nuit en emportant leurs blessés.

La surprise est manquée. Il y a trois blessés chez nous brancardés toute la nuit pour être héliportés au petit matin.



8 juin 1956.


Il est trois heures, nous repartons en avant pour boucler le périmètre, c'est une marche forcée que nous effectuons pour parfaire l'encerclement accolés à la compagnie du bas. Il est six heure, le bouclage de toute la zone par le régiment est constitué.


La 1ère compagnie du capitaine Datin et la 3e du capitaine Volquemanne progressant l'une vers l'autre sont soudain prises sous le feu d'armes automatiques; il s'ensuit une fusillade d'enfer, 200 rebelles sont pris au piège, l'aviation lance à l'attaque ses T6 sur les grottes d'où proviennent les tirs meurtriers.




J'entends les explosions de grenades qui se répercutent dans la montagne, les rafales de PM et les tirs de lance-

grenades.



Des rebelles protégés par un mausolée juché sur une petite plateforme tirent sur les paras progressant resserrant l'étau. Depuis les grottes ou se sont réfugiés beaucoup de fells, un barrage de tir violent bloque l'avance des sections qui malgré des assauts répétes restent clouées au sol.





Le capitaine Flores dit «Bir-Hakeim»lance sa compagnie à l'assaut des fells retranchés dans le mausolée mais elle reste plaquée au sol par un feu de mitrailleuse, pendant que les T6 font leurs sarabandes et tirent leurs roquettes avec précision, les grottes sont profondes les fells peuvent se retrancher au fond..                    



Le capitaine Flores reçoit une balle dans le bras, et une autre fracasse le bas du poste-radio de Albert Bernard, la bagarre est générale, les 200 fells ont la rage et la haine, le sang coule des deux côtés, le colonel Bigeard fait donner le tir des pièces de la CA, mortier de 81 et de 60 , canon de 75 SR portés à dos d'hommes, et traite les grottes d'où sort une fumée noire.





Les avions sont partis vers 16 heures, j'entends les appels des paras cherchant les blessés, quelques rafales résonnent encore.


Les hélicoptères se posent sur les zones balisées pour évacuer nos blessés et nos morts, chapeaux Les Evans!!






Le retour des T6 achèvent le travail commencé, il reste encore beaucoup de rebelles cachés qui attendent la nuit pour essayer de passer à travers les mailles du filet, ils vont faire le forcing pour s'échapper dans la nuit.




Le général Vanuxem et le général Noiret, venant de Constantine, se posent sur la côte 1005 au PC Bruno d'où il domine le combat, ces derniers veulent que le résultat du combat soit définitif pour le soir, peu importe les pertes que cela implique.


Bigeard ne l'entend pas de cette oreille, il appelle ses commandants de compagnies au bigo et tendant l'appareil au général Vanuxem lui dit: «Si vous désirez prendre le commandement mes capitaines sont à vos ordres. Le général Vanuxem jette un regard d'acier à Bigeard et lui dit« OK Bruno çà va continue !»

Ouf! Notre Grand Chef a eu chaud !.



Malgré la compagnie Datin en fermeture de nasse dans le fond du talweg, les rebelles vont donner par deux fois l'assaut et réussiront à passer. Le lendemain la fouille de la petite vallée et des grottes sera notre occupation pour dénombrer les cadavres de fells et récupérer l'armement. Au total 56 rebelles tués et 6 prisonniers, 50 armes dont un FM, quantité de vivres et de

munitions, des postes-radio, de nombreux documents, de notre côté, malheureusement 2 tués et 16 blessés.



11 juin 1956.


Je suis toujours dans le djebel en opération depuis le 7 juin.


Nous avons pris position autour des hélicoptères, sur une plate-forme naturelle en haut d'un sommet de 1000 mètres d'altitude.


Un hélicoptère Sikorsky apporte du courrier. L'Escadron est toujours en alerte de combat depuis l'attaque des fells à trois kilomètres de notre position.


Par section nous descendons au fond du talweg où coule un oued minuscule pour refaire le plein des bidons d'eau. Nous cuisons littéralement dans ce djebel, véritable fournaise où pas un régiment à part le 2e RPC de Chateau-Jobert qui a fait ce qu'il pouvait avec de très grande difficultés, pour un petit résultat mais beaucoup de morts et de blessés.





Nous sommes toujours en protection de la 3e compagnie qui progresse et trouve des cadavres coincés dans les rochers, des rebelles bloqués dans des grottes se rendent. Le soir tombe vite dans la montagne, il est vingt heures; embuscade avec mon groupe et celà jusqu'à quatre heures le lendemain, les bidons bien approvisionnés permettent de se désaltérer convenablement.




Mon caporal Mario Piacenza, avec sa tête de moineau ne se souvient jamais des consignes de sécurité, il sera plus tard évincé du régiment.


Avec René Cadet, Jean Bertho, Pierre Martignon, Jacky Fièvre, Fusée et le sergent Pellegrini, nous faisons un tour de garde d'une heure, ce qui permet aux autres de sommeiller un peu, mais d'un œil !.



Le 12 juin,

nous sommes en progression à fouiller les éboulis et les grottes de notre secteur, il y en a partout! . Arrêt sur un sommet de djebel pour faire la liaison avec le PC (indicatif Le boudec)) et le reste de l'Escadron.




13 heures:

je mange ma maigre ration 4 étoiles avec du biscuit de guerre, Martignon qui ne mange décidément pas beaucoup me refile ses sardines que j'avale avec délice.

Nous repartons en fouille du secteur, la soif est omniprésente à chaque effort fourni, nous rentrons à notre point à 18 heures, je mange le peu de nourriture me restant en fonction de mon eau restant de mes deux bidons, soit très peu.

Je m'écroule dans mon emplacement de combat pour être réveillé à 23 heures mon tour de garde de 2 heures me semblant éternel, la fraicheur de la nuit me tient éveillé.



13 juin.



Un peu de repos sur le sommet du djebel, les rations sont distribuées pour 2 jours.

Par radio on nous signal que sur un versant opposé un oued minuscule laisse couler de l'eau propre, le nôtre contient des cadavres rend l'eau imbuvable.

Des volontaires sont trouvés pour une corvée d'eau, je suis de la partie, je vais pouvoir me laver et boire à volonté. D'autres sections sont dans la même situation, il faut donc coordonner les départs.


6 bidons plus les miens je fais 20 minutes de descente et 1 heure de remontée, mais la transpiration est d'autant importante que je me suis rassasié d'eau ce qui n'est pas la meilleure des solutions



14 juin.



5h30 . Il fait très froid sur ce sommet de 1200 mètres où je me trouve. Je dors enroulé dans ma toile de tente, protégé du vent par un petit muret de pierres que j'ai confectionné.

Je me réveille avec des courbatures, la dureté du sol et le froid en sont les responsables. Je boucle ma musette et avec le groupe nous partons pour la fouille d'un autre quadrillage imité par le reste de la section, il en sera ainsi toute la journée, j'ai vidé une boite de ration dans mes poches et je suce une dose de poudre à l'orange, c'est acide mais cela fait saliver, j'ai pourtant la fringale!.





Vendredi 15 juin.



J'ai bien dormi, mon tour de garde de 4 à 6 heure m'a permis de faire un feu discret pour le café c'est le premier depuis 5 jours l'équipe en profite pour faire leur jus sur ce feu bienvenu que j'ai pu faire grâce au petit bois que j'ai récupéré dans l'oued.


Dernière boite de ration, combien de temps allons nous rester sur ces maudits sommets lunaires?.



Le soleil est monté à une vitesse vertigineuse, il frappe dur est, arrivée avec lui d'une multitude de mouches tenaces. Je me doute que les cadavres un peu partout y sont pour quelque chose.


Nous restons en stand-bye le reste de la journée planqués sous des rochers à l'ombre. Les compagnies sont comme nous, elles reprennent leur souffle un peu partout dans le décor .





Le colonel Bigeard renifle le fell, il sent sa présence, c'est çà le sixième sens !.


Par renseignements pris sur les prisonniers, il conclut qu'une partie de la bande est disséminée pas très loin de nous, vers le djebel Mellagou.



Samedi 16.



Nous partons musette TAP sur le dos la veste grande ouverte, avec nos 30 kilos de matériel. Il est 1h30 du matin, nuit sans lune, la marche est pénible, la piste couverte de cailloux roulant sous les chaussures nous donne des allures de paras ivres.

A 6h30 nous arrivons sur un plateau rocheux, je vois les hélicoptères qui arrivent déposant leur cargaison de paras qui s'élancent au pas de course vers le fond de l'oued pour couper la retraite des rebelles en fuite.


Un grondement de fusillade et d'explosions de grenades se fait entendre amplifié par l'écho de la montagne. La 3e compagnie du capitaine Volquemanne est au contact et parfois au corps à corps, avec quelques 150 rebelles qui se trouvent piégés.




Les T6 trapus, passent dans un bruit assourdissant, prenant les grottes pour cible, envoient leurs roquettes dans les excavations naturelles où s'est terrée cette bande commandée par Laghou Abbès, chef de rébellion pour l'Est Constantinois; il attendait un convoi d'armes venant de Tripolitaine. Il nous a échappé il y a quelques jours.






Les pièces de la CA donnent de la voix, les 75 SR, mortiers de 81 et de 60 sont de la fête. Un panache de fumée s'échappe soudain d'un T6, touché par un tir rebelle, il va se crasher en pleine bataille.


J'aperçois un hélico qui arrive sur les lieux du drame et déverse les paras en protection de l'avion et de son pilote, il s'en sortira avec des égratignures, une chance inouïe pour le pilote.




13H30.

Nous sommes héliportés au plus près de l'accrochage, c'est alors que l'on apprend «Bruno est blessé !! Bruno est blessé !!» c'est l'effarement, incrédules nous sommes muets de par la nouvelle puis la colère de savoir cela.





Alors, à l'annonce de ce malheur, les compagnies montent à l'assaut des fells.....!! Pas un ne doit passer, toutes les issues sont fermées.


Je suis sur une corniche en surplomb d'un fouillis de roches et d'épineux dans le fond de l'oued, les rebelles sont acculés déterminés à ne pas se laisser prendre vivant, nous non plus ne voulons pas de vivant, pas de quartier.


Cadet, met le FM 24/29 en batterie, étant pourvoyeur je suis à sa gauche un chargeur dans chaque main prêt à remplacer les chargeurs vides

Les premières rafale du FM balaient les touffes des épineux pour neutraliser les fells arrivant sur nous, poussé par les deux compagnies.


Le reste de la katiba fonce de notre côté. Je vois une compagnie délestée de ses sacs, se précipiter au contact qui bientôt devient du corps à corps; l'étau se resserre de plus en plus, les gars ont la rage d'en finir, ils font payer la blessure de Bruno.


Après un dernier matraquage de l'aviation et de la CA du capitaine Chabanne, les sections avancent par bonds, à chaque bond un jet de grenades et la mitraille de toutes les armes, encore un bond et la même manœuvre du rouleau compresseur, des hommes tombent de chaque côtés, c'est terrible !!.



Le bilan est de 56 rebelles tués et 6 prisonniers blessés; pour 50 armes de guerre dont un fusil-mitrailleur une grande quantités de vivre, des munitions, des postes radio, de nombreux documents, mais nous avons encore 2 tués et 16 blessés.



17 juin1956.



L'Escadron compagnie d'intervention, est héliporté sur un djebel assez près du champ de bataille d'hier;


en ligne nous descendons vers l'oued fouiller ce qui ne l'a pas été. Les renseignements nous parviennent selon notre PC Bruno4
, des fells se seraient cachés dans des grottes invisibles à l'oeil et dans des failles de rochers, autant dire que nous sommes au maximun sur la défensive, les rebelles n'ont plus rien à perdre sinon la vie !.




Je trouve avec le groupe deux cadavres coincés dans des failles de rocher, et un dans un trou profond; blessé il est remonté avec peine puis remis au PC Le Boudec notre capitaine.



Tout est passé au peigne fin jusqu'au bas de l'oued où coule de l'eau semi-souterraine qui apparaît et disparaît dans des trous dans lesquels des poissons survivent, ils sont fouillés par la 2e compagnie. Un plongeur d'une section va au fond et remonte des armes jetées par les fells.


Nous arrivons dans une petite vallée peuplée de quelques mechtas entourées d'abricotiers, les fruits sont mûrs, je remplie mes poches d'abricots délicieux imité par les autres gars, une halte de cinq minutes nous permet de manger avec délectation les fruits juteux.



Etonné ! je vois passer un grand para d'une section d'à côté avec un crâne humain attaché sur sa musette TAP.

Il le gardera et s'en servira de repose-tête jusqu'à ce que le capitaine Le Boudec lui dise de s'en débarrasser. Ce crâne il l'avait trouvé dans la montagne parmi les rochers.

( Ce para au crâne, je l'ai retrouvé 54 ans après grâce à l'informatique, il est devenu mon ami, un des rares survivants de cette épopée Algérienne, il vit dans le sud de la France et moi à La Rochelle, nous entretenons une amitié fidèle)







Le 18 juin, nous retournons à notre base de départ.

L'escadron au complet; je suis fourbu je crois que le plus dur reste la gestion de l'eau; deux bidons qui parfois doivent faire les quarante huit heures, ce n'est pas facile à gérer.



19 juin 1956.



Nous partons pour Guentis le fort de la Légion, la piste est encore longue de quelques dizaine de kilomètres et de là les camions nous ramènent à Tebessa. Sommes à notre base vers 17 heures.


Opération terminée, fatigué mais content de revenir sain et sauf malgré la charge de mulet que j'ai dû tranporter durant ces quinze jours sous un climat d'enfer.

Nous avons tenu grâce à notre cohésion et notre mental et notre endurance aussi pour notre amour propre et l'estime de nos chefs que nous admirons et respectons sans faille.
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Encore , encore ............................ cheers

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“Nous avons entendu et nous savons ce que nos pères nous ont raconté, nous n’allons pas le cacher à nos fils.
Nous redirons à tous ceux qui nous suivent, les œuvres glorieuses...”

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G12



















Promenade dans le Djebel Fagous










19 juin 1956





Enfin, nous voici à notre base avancée de TEBESSA. Étendu jambes écartées dans une décontraction complète, je rêve de bains glacé et d'une bonne bière fraîche.


J'ai la chance aujourd'hui de ne pas avoir une occupation ingrate, dégagé de corvée et autres servitudes. Je complète les écritures de mon carnet de route(1), c'est un format de 17x11 un peu grand pour emmener en opération, je note donc sur des feuilles détachées que je retranscris sur mon carnet.





jeudi 21.





Au réveil, à sept heures, il me semble avoir fait la grasse matinée tellement j'ai perdu la notion d'un sommeil régulier.


Je suis cantonné dans la petite caserne de la Légion avec l'escadron du capitaine Le Boudec. Le lieutenant Rhoer(2) notre chef de peloton, nous laisse en paix. Après le petit déjeuner composé d'un bon quart de café et de deux tartines de pain beurré, j'emmène ma jeep au lavage suivi des autres chauffeurs du peloton.


Elle en a besoin la pauvre avec le parcours de Bône -Tebessa la poussière et la boue l'ayant transformée au point de ne pas distinguer sa couleur réelle, je prends mon temps pour la bichonner et rentre à 11 heures juste pour le repas de 11h30.




Cet après-midi, je suis chauffeur de service et transporte les officiers vers le PC Bigeard, sous les ordre du commandant Lenoir dit la vieille (3), étant l'adjoint du colonel Bigeard, il l'imite d'ailleur parfaitement: il fume la pipe et la bourre de tabac en déchirant une cigarette de troupe qu'il tasse avec le pousse tout comme «Bruno».



Le colonel Bigeard blessé assez gravement le 16 juin 1956, a rejoint la métropole pour une convalescence dans sa famille, il va sans dire que l'évènement de sa blessure a fait la une des journaux et les interviews des reporters photos, le tas de courrier reçu auquel il faut réponde, ne lui laisse pas une minute de repos, le sergent-chef Martial Chevalier(4) son fidèle secrétaire-dactylo est venu le rejoindre à Toul pour l'aider dans sa tâche, ouvrir le courrier classer les dossiers faire les comptes rendus pour les responsables de l'état-major de la 10e DP(5).








En attendant que le régiment tourne à cent à l'heure. Il se refait une santé. Comme je suis libre le temps de reprendre en jeep mes deux officiers, j'ai deux heures de libre ce qui me permet de visiter Tebessa.


(6) 30000 habitants dont 80% de musulmans, cité pittoresque à 16 kilomètres de la frontière tunisienne, qui a connu la civilisation romaine, j'admire les quatre portes de son enceinte Byzantine, son Arc de triomphe, et le temple dédié à Minerve datant du IIIe siècle, la garnison de la IIIe Légion Auguste veillait à la sécurité de la ville. Pendant la 2e guerre mondiale ce lieu fut un point de ravitaillement Alliés lors de la bataille de Kasserine.






Vendredi 22 juin





Je dors et je mange comme un vacancier, cela nous manque beaucoup, je le ressens dans toute les fibres de mon corps. Je suis vraiment privilégié comme chauffeur, toute la journée je conduis les officiers en ville, eux aussi ayant besoin de décompresser. La fin de soirée se termine par une revue des véhicules par un capitaine du matériel très cool avec les gars Bigeard.





Vie de caserne: debout en tenue de sport, en short et torse nu, nous faisons un parcours des plus faciles, l'esprit est à la rigolade, les camarades sont aux anges malgré les corvées inévitables de pluches et de nettoyage du cantonnement; après le café du matin, une revue d'armes et de munitions, aussitôt je reprend ma place de chauffeur, donc au calme, pas de garde ni de pluches, tranquillement assis dans ma jeep, j'ai le temps d'améliorer mon carnet et mon cahier de chansons et comme je suis bon en dessin j'orne mon cahier de belles reproductions de jolies femmes sexy pour le plaisir des copains..!!!





lundi 25 juin





Le farniente ne se prolonge pas, le départ en opération après une préparation la veille de tous notre matériel de combat soigneusement vérifié. En short, pataugas, veste camouflée et casquette Bigeard qui existait en Indochine et que notre grand patron a innové ici en Algérie, bien plus pratique que le casque lourd véritable handicap pour une unité légère et rapide.



Il est quatorze heures, après un café vite avalé, nous grimpons dans les camions qui nous déposent 50 kilomètres plus loin sur une piste ou la dispersion de l'Escadron s'effectue au bout de quelques kilomètres de marche relativement faciles. Nous nous positionnons en embuscade sur un passage parait-il de rebelles ? Rien vu ni entendu. Nous démontons notre piège et revenons dans l'après-midi avec le même moyen de transport pour notre base de Tébessa.







Mardi 26 juin





Préparation de tout le régiment pour une opération de grande envergure dans le djebel Fagous. Nous embarquons dans les GMC du groupe de transport, les chauffeurs aiment bien travailler avec nous, c'est un peu l'aventure.



Le départ s'effectue vers 17 heures et roulons jusqu'à 21 heures en direction de la frontière tunisienne, en limite du Grand Erg Oriental(7). Arrêt aux abords d'un fort de la Coloniale. Nous préparons nos emplacements de combat, et après un frugal repas, nous dormons devant les camions.







Mercredi 27 juin





Le départ de minuit nous surprend en plein sommeil, péniblement avec un regard encore embrumé, nous reprenons les bahuts en direction de Bir El Ater(8), piste sablonneuse, nous longeons la frontière tunisienne et passons devant un autre Fort de la Légion en limite du Sahara et des Nementchas. Il est quatre heures quand nous débarquons et prenons la piste en direction du djebel tout proche, la montée est raisonnable pour mes petites jambes.


J'ai la forme et les 12 kilomètres effectués nous amènent après dislocation de la compagnie sur un point d'eau qui nous permet de faire un plein des trois bidons, deux à la ceinture et un autre dans la musette TAP. Toute l'équipe est en forme. L'endroit se nomme djebel Fagous.






Jeudi 28 juin





Nous avons dormi dans des trous creusés à même la roche, elle est friable et brûlée par la chaleur, éclatée à cause du froid qui sévit l'hiver dans le djebel des Nementchas. En m'asseyant sur des pierres plates, René Cadet (9)mon copain du début et faisant parti du groupe voltige me dit



«tu es peut-être assis sur des scorpions ?»



J'en ris mais avant de partir je soulève les pierres plates; quel frisson! Je découvre toute une famille de scorpions qui s'agitent levant la queue faisant jouer le dard acéré, je laisse retomber les pierres avec dégout sur les bestioles. Dorénavant je bougerai les pierres à chaque arrêt du soir.




Nous trouvons d'autres points d'eau plus ou moins propre mais faute de mieux, avec des cachets de chlore dans l'eau nous éviterons les problèmes de dysenterie ou de paludisme.



Pour dormir, nous avons eu au départ un sac de couchage US, très pratique et chaud pour les nuits glaciales sur ces pitons désolés à plus de mille mètres d'altitude. Pierre Martignon traîne la jambe, il a des coups de pompe à répétition avec la charge qu'il a sur le dos et la chaleur, il souffre.





vendredi 29 juin





Nous sommes toujours à la recherche d'un indice qui donnerait une indication sur un passage éventuel de rebelles, mais ce n'est plus la technique Bruno, que nous employons.




Le soleil nous frappe de ses rayons implacables. Nous marchons sans discontinuer sur une piste que l'on devine plus par instinct comme un animal, nous ressemblons à des extra-terrestre; Certains ont mis un genre de turban sous la casquette fait de foulard ou d'un bout de chèche humecté d'eau, çà tient le crâne au frais quelques minutes.


Les gars soufflent comme des forges, la bouche sèche les lèvres fendues, l'évaporation laisse des trainées de sel sur le visage et les vêtements, avec la poussière et la barbe qui a l'air de pousser plus vite, le para Bigeard n'a plus rien d'humain, on ne voit que les yeux qui brillent mangés par la fatigue.


La chaleur avoisine les 50° c'est l'enfer!!.





samedi 30 juin





Nous partons à quatre heures, le démarrage à froid est difficile, grâce à la fraicheur de la nuit, la marche est moins pénible, nous filons bon train pour accéder au sommet d'un djebel de 5/600 mètres. Il est 8 heures, ordre de nous installer pour la journée.


L'escadron s'éparpille dans les rochers, bien abrité de la chaleur sous des éboulis de roches . J'apprends que nous rentrons demain au fort de la Légion. Les camarades reprennent de la vigueur, Fusée fait le fier à bras maintenant, je tire une photo de René Cadet avec le FM.


Je n'ai à manger qu'un reste de pain et de l'eau pour faire une soupe et un café. Comme nous devons repasser au point d'eau, je vais tenter de me faire un rasage et un lavage rapide.






Dimanche 1er juillet





Le départ se fait en douceur, environ dix kilomètres pour rejoindre le point d'eau et une dizaine pour apercevoir la file de camions vers Bir El Ater. J'embarque rapidement pour avoir la place au fond du bahut, bien calé pour faire un somme malgré les secousses, 90 kilomètres plus loin nous arrivons à Tébessa et déménageons de la caserne vers l'école indigène.







Lundi 2 juillet






Je monte la garde devant le PC de l'Escadron. Mario Piacenza. (10) mon caporal me pose des problèmes, car j'ai caché ma bière pour qu'il ne me la boive pas, comme il n'a pas de sous il me met la pression pour savoir ou je l'ai planquée, il attend sa paye avec impatience, il boit trop en base arrière, et aura des problèmes bientôt à cause de çà.


Je vient de recevoir ma solde de 8000 francs ancien.









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      1. J'écrirais ainsi durant mes 28 mois d'Algérie toutes mes opérations avec le 3e RPC sur des petits carnets. Rares sont ceux qui ont pensé à noter les lieux, et les noms de nos camarades ainsi que le résumé d'une opération vu par lui même, ce qui fait l'authenticité du récit.





      1. Le lieutenant Rhoer mourut dans les sables de Timimoun



      2. Commandant Lenoir, adjoint au colonel Bigeard celui-ci l'appela «la vieille» surnom qui lui était resté depuis l'Indochine.






      1. Sergent-chef Martial Chevalier, fidèle secrétaire et dactylo de Bigeard , tapait tout les ordres de service et les résumés d'opérations ainsi que le journal du régiment. Il terminera sa carrière Lieutenant-colonel.






      1. La ville de Tebessa, qui en 1956 était peuplée de 30 000 habitants est aujourd'hui une ville de 200 000 habitants.






      1. 10e DP: Division Parachutiste.



      2. Grand Erg Oriental: dans le désert du Sahara 120 000km², composé de deux-tiers de sable.



      3. Bir El Ater petite ville en 1956 peuplée en 2012 de 80 000 habitants.



      4. René Cadet, un charmant garçon marié en Algérie, devint chauffeur de poids-lourd, décédé d'un cancer, peut-être irradié par les nombreux trajets sur Régane?








(10) Mario Piacenza, caporal ancien volontaire de

Corée.




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G13

























Voyage pour CHYPRE
















Embarqué le 30 octobre 1956 sur un bateau du nom de Grenoble-Dunkerque(1), les quinze jours de mer sur ce rafiot presque une épave tellement la rouille suinte sur toute la coque. Il est véritablement pourri. Nous avons embarqué les jeeps la veille, et pris possession des couchettes dans l'entrepont.




300 soldats rapatriables montent à bord en surplus des troupes embarquées. Leur bateau en panne, ils ont été répartis sur plusieurs rafiots dont le nôtre, là je ne comprend pas ce qu'ils viennent faire dans cette galère. Certainement une erreur du responsable à l'embarquement. Ils sont contents de revoir la France! Ils ne se doutent pas de la destination vers laquelle le navire se dirige?.




Le transporteur de troupe se détache du quai, et doucement quitte le port d'Alger, mettant le cap vers la pointe de Bizerte. Tout notre matériel est dans les cales, les jeeps bien alignées dans les soutes. Nous rejoignons nos quartiers dans les entreponts aménagés, des lits superposés à trois étages, serrés comme des sardines(2), les paquetages bien rangés sous la première couchette. Nous nous empressons de monter sur le pont pour voir défiler la mer à la vitesse d'un escargot.




Ce bateau doit être en fin de carrière vu le manque d'entretien du navire, l'eau de mer à rongé la peinture qui disparaît sous les couches de rouilles. Il n'est pas le seul, d'autres bâtiments sont dans le même état. Ma parole! Ils ont été choisis pour couler à leurs arrivées, je l'ai appelé « Le coule à pic».


Ce bâtiment est bondé de gars de toutes les armes: bérets rouge, bérets bleu, bérets vert, tringlots, génie etc,, Beaucoup de navires croisent au large, bâtiments de guerre, transporteurs, ravitailleurs.






Nous croisons au large des iles Pantélaria. Tout le convoi nous a dépassé et disparaît à l'horizon, si bien que nous voilà bientôt seuls sur une immensité de mer peu agité.






3 novembre 1956





La mer devient capricieuse le moutonnement à la surface de l'eau me donne une mauvaise impression, le mal de mer touche les premiers allergiques. Accrochés au bastingage, les yeux brouillés, hoquetant à qui mieux mieux, d'autres n'ont pas le temps de grimper sur le pont et vomissent où ils peuvent, celà commence bien, avec l'odeur de mazout et de la vomissure, l'endroit devient intenable dans l'entrepont et dans les couchettes ou certains se sont vidés .





Nos sacs Bergame, sont stockés sous les premières couchettes, dont les ressorts sont faits de planches de bois, quelle souplesse!. Accoudés aux lisses du bastingage les bien portants dont je fais partie, admirent les poissons jaillissant hors de l'eau comme des traits de lumière dans un ballet continuel.



5 novembre





La mer calmée fait ressurgir la troupe sur le pont. Dans les compartiments-couchettes, bondés de soldats, l'odeur est




écoeurante il vaut mieux rester la tête à l'air libre.


Pourtant une surveillance est de rigueur, des visages suspects rôdent parmi les rangées de lits, ils regardent nos équipements. Un tour de garde est établi pour parer aux vols. Des équipes de nettoyage s'efforcent de faire disparaître les restes d'estomacs fragiles.






Nous sommes servis avec des plateaux pour 4 gars, la nourriture est médiocre, un bouteillon de vinogel fait partie du plateau, quel horreur !. Je suis chef de plat, étant le plus valide pour ce poste, je n'ai pas le mal de mer avec mes antécédents de marin.


Sur le pont, les gars collés au bastingage regardent le ballet incessant des marsouins frôlant le navire et parfois sortant carrément de l'eau, des tortues de mer flottent en sufaces, la température est douce malgré ce mois de novembre.




7 novembre





Au réveil, je m'aperçois que nous avons stoppé(3) dans une grande baie. Aprés renseignement,on me dit que nous sommes devant l'ile de Malte. Tout à bord est devenue calme. Les malades se remettent de leur estomac malmené, cette mer d'huile calme les l'organisme, les gars ont faim maintenant.



Nous faisons connaissance avec Spicklin, le voltigeur du 4ème peloton d'un légionnaire béret vert du 1er REP originaire de Mulhouse comme mon camarade. Il m'invite à boire un coup au foyer qui les suit partout, il se trouve accolé au côté de leurs couchettes.


La seul boisson est la bière, liquide préféré de la Légion, je me fais connaître au périmètre protégé par une sentinelle. Pas bêtes les gars de la Légion.



J'en parle au sergent/chef Couture avec lequel j'entretiens de bonnes relations.



Je fais une entreparenthèse pour le sergent-chef Couture. Ancien d'Indochine, du 6e BPC du commandant Bigeard, sergent à l'époque, il a été de toutes les batailles, en compagnie des sergents Ménage, Rillhac, Hérraud, Baliste, et de l'adjudant Prigent(4), de Tu Lê à Nasan, de Son La à Diên Biên Phu, il a baroudé partout, blessé gravement à DBP, il sera rapatrié de justesse avant la fin des combats de la «cuvette».


Il en sortira avec des séquelles, mais malgré tout il veut tenir sans montrer son handicap. Il a essayé de marcher avec nous en 1956, mais a vite renoncé vu la difficulté avec sa jambe très abîmée, il restera à la CCS.(5)






Nous sommes trois avec Spickling un Alsacien a fort accent de l'Est, en arrivant dans les quartiers de la Légion, on se fait connaître, pour avoir accès au foyer rudimentaire, les caisses disposées pour s'assoir et les autres empilées, tout de suite l'endroit est convivial et la boisson des bérets vert Légion et des Paras bérets rouge coloniaux circule généreusement, la soirée s'annonce joyeuse, d'un prix dérisoire la bière coule généreusement, puis les chants entonnées sont clamés avec vigueur et solennité.


C'est la fête de la cohésion des parachutistes, la soirée se termine sous les douches à l'eau de mer installées sur le pont supérieur.





A moitié nus et chantant trop fort et pas très clair nous attirons l'attention de la PM, qui nous pourchasse à travers les coursives !! Personne de pris ! Tant mieux .


Trempé et en slip je retourne chercher mes affaires planquées, avec l'alcool je ne sens pas le froid de la nuit, je retrouve mon entrepont grâce aux petits éclairages de secours. Souvenirs !! Frères de fête! Frères de combat. Légion- Para ... Para-Légion.






8 novembre





Temps affreux, coup de tabac, la mer est démontée, le rafiot roule bord sur bord, c'est la débandade dans les malades.


Ceux qui réussissent à accrocher la rampe restent comme des épaves à se retourner l'estomac se vident dans les passages et dans les couchettes, rendant l'air nauséabond.


J'ai la part belle étant presque le seul rescapé de cette tempête dans mon groupe, je possède un plat avec toute la nourriture qui passera par dessus bord allant nourrir les poissons? Je décide d'aller dormir sur le pont coincé dans un recoin, je ne suis pas le seul, d'autres ont décidé de dormir à l'air libre.






10 novembre





Je vais au jus comme tous les matins à la cambuse, ou une file de troufions attend un plateau pour son groupe. La mer s'est calmée, les gars ont faim, depuis 48 heures beaucoup n'ont rien dans le ventre.


Au large, c'est une vision fantastique. Une multitude de bâtiments, huit navires de guerre nous escortent et deux sous-marins sont en surface, des bombardiers nous survolent.


Je prends des photos du porte-avions Arromanche, des navires français,anglais, de toutes tailles, cuirassés, croiseurs, bâtiments ravitailleurs de carburant, des dizaines de navires sont autour de nous.

Alors que le cessez-le-feu est signé depuis le 7 novembre 1956 à deux heures du matin, notre convoi arrive devant les côtes Égyptiennes.







11/12 novembre





Mer calme, il est 8 heures, nous approchons de Port-Saïd, le bateau stoppe les machines à deux mille mètres du port. Des navires ont été coulés par Nasser pour obstruer le passage.


Je peux apercevoir la statut de Ferdinant de Lessep, fondateur du canal de Suez, qui se dresse en bout de jetée. Nous sommes très près d'un navire hôpital peint en blanc avec une grosse croix rouge peinte sur ses flancs.




Nous n'avons plus rien à manger comme pain on nous distribue des biscuits de guerre. Le voyage a duré plus longtemps que prévu, et le surplus de militaires embarqué a épuisé les réserves.


D'ailleurs une grosse colère est montée dans la foule des appelés qui doivent débarquer et repartir pour la France, des objets volent sur la capitainerie, je les comprend. On nous distribue des tracts, un appel du général Beauffre, commandant la force «AMILCAR».





Nous faisons péniblement demi-tour, les fonds ne sont pas profonds, les hélice font remonter du sable à la surface. Direction l'ile de Chypre. Fin de la traversée. 




Le 13 novembre , nous sommes devant Chypre et ce sera un mois et demi de manœuvre sur cette ile à domination anglaise. Les habitants sont en conflit avec les Britanniques, ils veulent le droit à se diriger eux mêmes, J'apprendrai plus tard que ce petit pays se déchirera entre Grecs et Turcs, pour enfin le séparer en deux: un côté Orthodoxe et l'autre Musulman.







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(1)Le Grenoble-Dunkerque: liberty ship de la

deuxième guerre mondiale.



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    1. nous étions 300 de plus, autant dire que les moindres recoins étaient occupés.

    2. Ce bateau qui avait subi plusieurs réparations est tombé en panne et a dû dérouter sur Malte.



    3. Adjudant Prigent: dit le mousse ; 13 citations 2 blessures, un miraculé: prit par les SS dans un maquis de Bretagne, passé au poteau d'exécution fit semblant d'être mort et réussi a s'échapper dans la nuit;



    4. CCS: compagnie de commandement et des services



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MessageSujet: Re: Mon parcours au 3ème RPC de Bigeard   Mon parcours au 3ème RPC de Bigeard Icon_minitime2016-09-14, 13:32

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G14




























La campagne de CHYPRE










11/12 novembre 1956




Nous n'avons plus rien à manger à bord du Grenoble -Dunkerque, le trajet plus long que prévu et le surplus de soldats ont épuisé les stocks. Le bateau fait péniblement demi-tour, le sable brassé par les grosses hélices du transport de troupe remonte à la surface.






Partira, partira pas?. Enfin le navire commence a glisser vers la sortie du chenal pour atteindre le large en direction de Chypre.



13/14 novembre.





Durant 24 heures nous avançons comme une limace, la mer est d'huile pas un souffle de vent. La foule de troufions se presse sur les bastingages, plus une place de libre pour respirer une bouffée de brise venant du large.



Vers 7 heures, je monte sur le pont scruter l'horizon. La terre Chypriote est là tout près, je distingue les montagnes en contre-jour. Le bateau avance à très faible allure vers l'avant-port et la ville de Limassol (1) se détachant dans le soleil levant.





Partout autour de nous une flottille de navires de toutes tailles, nous sommes un peu à l'écart des autres, à croire que l'état de notre transport de troupe doit être contagieux.



Son tirant d'eau ne lui permet pas d'avancer davantage. Heureusement que Nasser n'a pas de sous marin quelle belle cible nous ferions.

Nous avons fait deux simulacres d'abandon avec les gilets de sauvetage, il n'y en avait pas assez pour tout le monde!



Même chose pour les chaloupes de sauvetage(2), il y aurait eu des morts en cas de torpillage!! Il fait une chaleur douce, je me promène torse nu, un beau soleil nous réchauffe et remplace la nourriture vraiment dégueulasse.





Jeudi 15 novembre





Notre cargo fait son plein d'eau à un ravitailleur qui s'est approché du nôtre. J'aperçois une vedette étincelante de cuivre( une anglaise) faisant la navette d'un porte-avions Anglais au quais du port de Limassol, à son bord, des officiers habillés de tenues blanches passe près de notre bâtiment.



A 17 heures du remue-ménage du côté des appelés bérets bleus réclamant du pain et de la nourriture, car nous sommes nourris avec des rations de survie, c'est grave! Ils balancent tout ce qui leur tombe sous la main, on s'est mis de côté pour voir le spectacle, bagarre avec la police militaire qui n'a pas le dessus, un officier fait mettre en batterie un canon à eau.



La colère se calme après la déclaration d'un supérieur qui annonce des vivres fraîches. J'ai appris que ces bérets bleus devaient débarquer à Marseille, quelle aventure pour les gars!






16/17 novembre1956





La guerre est finie, et je suis toujours là avec les copains.

Le ravitaillement arrive sans cesse, transportés par de grosses chaloupes ventrues Chypriotes, viande, pain, produit frais. Un officier nous fait un compte rendu des évènements passés, étant séparé du monde extérieur aucune nouvelle ne nous arrive.


Quand allons nous partir? Je viens de recevoir ma solde et il faut la changer en livres sterling et en monnaie d'Occupation Française au Moyen Orient, billets surchargés(3), ne pouvant être dépensés que dans le camp ou nous allons être pris en charge.






18 novembre






Les bérets bleus sont descendus à neuf heures, j'ai hâte à mon tour de descendre de ce maudit rafiot que je me suis mis a haïr plus que tout.


Nous sommes rassemblés auprès de nos jeeps en cales pour faire une petite visite sur l'arrimage du matériel, démonter le volant, mettre la jerrycan coincée entre deux sièges pour le transport par chaloupe.

Les cales sont enfin ouvertes.


Les sacs Bergame sont arrimés dans les remorques. Les autres corps de troupe non chauffeurs sont débarqués sur des chaloupes faisant la navette du bateau au quai de déchargement.





19 novembre1956





Les grosses péniches à fonds plats approchent du flanc de notre cargo, les jeeps sont remontées, je vois avec stupéfaction que deux jeeps sont posées en travers dans le fond de la chaloupe, la troisième posée dessus (4)


Du jamais vu ! J'ai compris pourquoi il a fallu enlever le volant.

A 10 heures nous débarquons et mangeons un bout de pain tout en mettant le véhicule en état de marche, le convoi formé à 16 heures après une dernière recommandation, nous sommes dans un territoire anglais avec son code de la route conduite à gauche, alors attention aux dérives!.



Nous sortons de cette pagaille en direction de Nicosie la capital de Chypre. 130 kilomètres à faire avec conduite à gauche ! Ce n'est pas de la rigolade pour la première fois !.



Les soldats Anglais ont un air moqueur en voyant passer nos jeeps peinte couleur sable datant de 1940 avec des kilométrages hallucinants. Eux se pavanent avec des Land-Rover flambants neufs, modernes avec mitrailleuses quadruples montées sur un support spécial, le dernier cri de la technique de combat.(5)



Les 130 kilomètres avec conduite à gauche, c'est facile en ligne droite mais dès qu'une intersection doit être franchie, la tendance à revenir à droite provoque des ralentissements dans le convoi, mon camarade Mignot chauffeur au 2e peloton, rentre dans la jeep qui le précède celui-ci ayant freiné brusquement, il l'envoie en contre-bas, le chauffeur à juste le temps de sauter, le véhicule fait plusieurs tonneaux et se retrouve à l'état d'épave au fond du petit ravin.




Des petits marchands à la sauvette, nous proposent durant les haltes, des fruits, du vin qui ressemble au muscat doux et fruité.


Il est 23 heures quand nous atteignons le camp appelé « Michel Legrand ». Guidé par la police militaire, je stoppe la jeep à côté d'un ensemble de tentes qui sont les bienvenues, nous sommes logés par 6 gars, ce sont des toiles de tentes anglaise pour six personnes pas une de plus, nous percevons deux couvertures, les nuits sont fraîche dans le pays.






20-21 novembre





Après une bonne nuit de sommeil, je file voir les camarades , depuis trois semaines de séparation, j'ai hâte de connaître leurs activités, chacun y va de son histoire, les miennes ne sont plus captivantes, un salut au sergent-chef Rebouillet(6) adjoint au sous-lieutenant Michel.


Je m'acclimate au camp en allant visiter les autres pelotons. Nous mettons au lavage les tenues qui en ont besoin depuis trois semaines..

Les repas de petites qualités sont pourtant bien mieux que sur le navire, on peut les agrémenter grâce aux vendeurs installés autour des entrées du camp.


Toutes sortes de monnaies circulent dans le camp: des francs, des billets d'occupation a ne dépenser qu'au foyer et les livres sterling, pour les achat en dehors du camp.

Le s/ lieutenant Michel a acheté des outils de coiffeur à savoir:tondeuse, rasoir, un cuir pour affûter la lame, peigne, ciseaux, car je l'ai mis au défi de lui faire une coupe

de cheveux aussi bien que son coiffeur!, je vais devenir coiffeur du peloton!

C'est nouveau pour moi, les copains rigolent et moi aussi mais pas pour la même raison, cela va m'éviter des corvées désagréables, le s/lieutenant me donne un pourboire royal, de quoi manger au restaurant, c'est chouette de sa part.





22-23 novembre





Il est sept heures quand avec s/le lieutenant Michel, nous partons au champ de tir avec le peloton, je me fais la main avec le FM et la MAT49. Tir de précision et d'instinct c'est un vrai plaisir, retour à midi, Nettoyage des armes puis le repas. Aussitôt je repars avec le s/lieutenant et une douzaine de paras.



Sur un immense terrain, une soixantaine de Nord Atlas 2501 sont stationnés? Ce sont ceux qui ont largués sur Port-Fouad le 2e R.P.C et le 11e Choc.

Nous montons dans un GMC pour assister à une démonstration de désarrimage d'une jeep au sol après son parachutage largué d'un Nord 2501 par l'arrière, un lieutenant béret bleu, nous fait une démonstration pour délivrer la jeep de son socle, nous passons à la manœuvre.




La mise en état de rouler du véhicule ne doit pas excéder 6 minute, le temps d'enlever les sangles, remettre le volant, brancher la batterie, remettre les jerrycans en place, démarrer le moteur et descendre de la palette montée sur amortisseurs.


Tout cela ne servira pas pour cette fois, l'URSS et les USA ayant opposé leur véto, mettent fin au conflit. Retour à 18 heures le camion roule en zigzag? Je n'ai pas compris pourquoi. Demain réveil à 4 heures pour un saut d'entretien.





Les yeux plein de sommeil, nous prenons les camions pour rejoindre la zone d'embarquement ou nous attendent les Nord 2501. J'ai l'agréable surprise de revoir le moniteur qui était à Pau lorsque j'ai été breveté le 29 novembre 1955, passé sergent-chef, Aréal est un homme d'une gentillesse hors norme.



Il ma reconnu tout de suite étant le blagueur du stage, nous plaisantions souvent ensemble, c'est lui qui va me larguer encore une fois.


Le tapin décolle à 7 heures. Nous sommes contents de faire un saut à Chypre ce sera un saut qui restera en mémoire.

Décontracté je fais une très bonne sortie, coup d'œil sur la voilure le temps est superbe, pas un souffle de vent, j'arrive pratiquement debout. Par contre nous faisons un retour vers les camions distant d'une dizaine de kilomètre à bonne allure.



Cela se dit dans le peloton, Bruno est de retour, on s'en rend compte à l'allure des marches que nous allons faire.



Le colonel Bigeard a pris le régiment en main, le commandant Lenoir lui passe les rennes, si nous n'avons pas eu l'opération Suez, c'est à a cause de sa blessure, j'aurai bien voulu vivre cette aventure avec un saut de baroude, nous qui voulions en découdre avec Nasser et ses commandos de la mort.



Dans une lettre que le commandant Lenoir écrit au Colonel Bigeard, qui blessé dans l'attentat des deux terroristes de Bône, se remet de ses blessures par une rééducation intensive en France : Bruno2 à Bruno, tu ne peux savoir à quel point j'ai été heureux d'avoir au courrier l'enveloppe avec ton écriture familière.


La première idée a été: son bras fonctionne, sa main aussi. Tout est au poil. Tu ne peux savoir à quel point je respire. C'est là l'essentiel.


Tout le reste vient après, Tu trouveras la boutique soudée, prête à nouveau pour d'autres destinées. Nous avons manqué la plus belle mission que nous aurions pu avoir....Le Colonel BIGEARD répondra: Longue discussion hier avec MASSU que je suis allé voir à Port-Saïd. Nous aurions dû être largués mais...je te confierai tout cela au retour.(7)





24 novembre 1956.




Je pars avec le s/lieutenant Michel,essayer deux FM 24/29 et un PM, au champ de tir, bonne journée bien tranquille, le temps toujours doux et le ciel bleu, me fait penser au climat en France qui doit se trouver dans les premiers froids de l'hiver.



J'écris beaucoup à ma mère et à ma famille en général, à mon frère naviguant toujours sur un pétrolier de la Shell Internationale, il est sur un monstre de 350 000 tonnes, il va dans les iles de Java, Sumatra regorgeant de pétrole, avec le problème du canal de SUEZ, les navires sont dans l'obligation de contourner l'Afrique par le Cap de Bonne Espérance et remonter l'Océan Pacifique, cela représente une route considérable, et les risques en conséquences, il vient de passer ses diplômes de Capacitaire au commerce et son brevet de Patron pécheur en position pour de l'avancement, il est adjoint au responsable du chargement et déchargement du pétrolier.


Pour un garçon qui à 12 ans était commis de ferme avec aucune instruction, un beau parcours, bientôt Officier de Pont, et plus tard deviendra responsable d'un secteur de raffinerie en Gironde.




25 /26 novembre.




Tous les matins, le sport footing accéléré et deux fois par semaine marche commando pour tous, Bigeard en tête!.


Décidément je suis demandé par le s/ lieutenant Michel pour un essai d'armes, deux FM venant de l'armurerie. L'après midi avec deux camarades nous faisons le tour du camp Legrand, à l'entrée principale des dizaines de marchands ambulants vendent au prix fort tout ce qui est susceptible d'être acheté par la troupe, mis à part des «nanas» que l'on ne voit pas et qui nous manquent.




Des trous antiaériens sont creusés en cas d'attaque aérienne par les amis de Nasser. En faisant avec les copains un tour dans la campagne environnante, nous croisons des paysans dans leur champ, des signes de sympathies sont échangés.

De retour au camp, on nous fait creuser des rigoles de 30 centimètres de profondeur autour de la toile de tente, imités par nos voisins, la saison des pluies arrivent dans la région et sont parfois violentes. Je deviens le temps d'une journée adjoint au sergent Dalmasso, pour les corvées, ce n'est pas une petite affaire que commander des copains de piaule, qui rigolent de mon énervement.


Malgré cela le travail est effectué, Michel Joubert devient chauffeur du lieutenant Pacaud ( qui deviendra général par la suite).

Je fait une lettre à ma mère:




Chère maman,


Je suis actuellement dans l'ile de Chypre, un climat agréable malgré la saison, nous sommes assez prés d'une montagne,semblant être aride, peu de végétation, la culture des céréales à paille courte semble dominer, par contre , beaucoup d'agrumes, des pamplemousses énormes, oranges et citrons.


Les habitants sont assez familiers avec nous ne ressemblant en rien avec les Arabes, malgré leur tenue vestimentaire, certains sont d'anciens combattants et se sont battus dans la guerre de Salonique avec l'armée Française. Voilà quelques détails de notre secteur SP 91099.





Le paquet de gauloise est à 35 francs, les cigarettes Américaines 55 francs. Nous avons bu dans un café typiquement Chypriote dans un village, j'avais mon appareil photo mais sans pellicule.


Les vieux dans le café voulaient une photo souvenir, alors j'ai fait semblant de les prendre, ils étaient tous contents, ils nous ont offert du vin liquoreux, qui nous a tourné la tête par le manque d'habitude, un vin de 22° degré d'alcool, nous sommes revenus sur une plate-forme tirée par un tracteur jusqu'aux abords du camp.





29 novembre.




Une revue d'armes impromptue, menée par un officier et le sergent. Nous devons vider le contenu de nos sacs devant eux, un révolver appartenant au sergent Pellegrini a disparu de son paquetage, il a aussitôt été le déclaré au Capitaine Le Boudec.


Une fouille de tout l'Escadron s'est avérée nécessaire mais pas de révolver, il a disparu.

Des vols de munitions ont été signalés. Un trafic avec des chypriotes à la recherche d'armes pour combattre les Anglais se fait jour. La guérilla est réelle dans le pays.


Nous aurons à subir plusieurs de ces contrôles.



Une marche de 70 kilomètres inter compagnies est organisée, la gageure est de savoir qui va tenir la cadence? Daniel Belot fera le parcours avec cerise sur le gâteau la grimpette d'un sommet d'où les côtes Syriennes sont visibles.





4 décembre.





Je suis toujours tireur au FM mais j'ai un chef de pièce en la présence de mon copain André Jeanneret, avec lui pas de problème c'est une force de la nature. J'ai sympathisé avec un gars du 2eme peloton Bilger un Alsacien avec lequel nous faisons des photos..


J'ai perçu ma solde, et les billet frappés d'une surcharge « Armée d'Occupation du Moyen-Orient» ne sont à utilisés qu'au foyer du camp, j'en profite pour acheter un très bel étui à cigarettes avec briquet incorporé qui s'allume lorsque l'on ferme l'étui, il est gravé de la carte de Chypre, le top!.




Une partie de la solde est bloquée pour que nous restions pas sans le sou pour le départ en permission au mois de janvier1957. Dans trois mois je passe ADL.

Nous faisons des manœuvres avec largage de jeeps et de canons de 75 SR, les pépins d'une jeep ne se sont pas ouvert, quel fracas en arrivant au sol, le véhicule s'est encastrée jusqu'au volant, un nuage de poussière suivi du bruit de l'explosion des tôles et du moteur reste un tas de ferraille, largué de 400 mètres cela nous à fait une attraction.



10 décembre 1956.





La saison des pluies se déclenche brutalement dans la nuit, ce sont des des trombes d'eau, lessivant, ravinant le sol, la terre couleur terre de sienne, devient une fois gorgée d'eau ocre avec des reflets sombre cet argile entrainée dans le camp en pente nous arrive de plein fouet.


Il pleut depuis plusieurs heures des trombes d'eau, en pleine nuit j'entends soudain des cris, des jurons, j'allume mon briquet, la lueur éclaire un spectacle de désastre. Le fossé de 30 centimètres de profondeur s'est vite retrouvé submergé par l'avalanche de boue dévalant du haut du camp.



Je possède un lit picot haut sur pattes, les camarades ont des lits à ras du sol, ils baignent dans un jus brun épais, visqueux, tout leurs vêtements flottent, les affaires personnel, porte- feuille, petits linges, musettes TAP restées sur le sol, sont dans un état lamentable.


Le pire est à venir quand les piquets de tension de la tente commencent à lâcher, dans le noir 6 gars en slip récupèrent ce qu'ils peuvent pour le mettre sur mon lit pendant que je trouve dans mon sac une bougie et éclaire le sinistre, deux sont accrochés à la toile pour la tenir debout, , nous sortons avec nos pelle pour remettre les piquets, nous ne sommes pas les seuls, toutes les toiles de tentes qui se trouvent dans la trajectoire de la coulée de boue, sont comme la nôtre, dans le noir le plus complet, nous essayons de refixer les tendeurs aux piquets.


La nuit se termine dans la confusion générale et le spectacle qui se dévoile à l'aube et des plus grotesque.





Le vent a chassé les nuages , le soleil fait son apparition sur le camp, tout est uniforme au sol 15 centimètres de boue jaunâtre pleine de déchets.

Covillers qui circule nu-pieds tombe dans un trou antiaérien invisible rempli de vase, il en ressort aidé par les copains gluant de terre, heureusement que le climat est relativement doux. Partout apparaissent des fils à linge improvisés, ou pendent des portefeuilles, des photos, des billets de banque, et des vêtements, que les gars ont lavés. Il nous faudra la journée pour évacuer la boue dans le pourtour des tentes vidées et en nettoyer le périmètre.




NOËL approche, André Jeanneret est passé caporal/chef ainsi que Faille du 1er peloton. On entend parler de permission ? 75 % des effectifs du régiment partiraient .



On fête les galons d'André dans une ambiance d'écoliers chahuteurs.






mercredi 24 décembre1956.




Notre commandant d'Escadron, le capitaine Le Boudec, paie un pot au foyer en l'honneur de son mariage. Invité par je ne sais qui, je me retrouve avec les sous-off, officiers de l'Escadron et d'autres invités, le champagne, les gâteaux à la crème sont appréciés, les chansons fusent, c'est une ambiance très réussie!.



Nous faisons notre réveillon de Noël 1956 à Chypre sous notre toile de tente anglaise, nous nous invitons mutuellement entre camarades du peloton, les vins moelleux et le «Kéobrandy»(8) coulent à flot, pas mal se sont laissés envoutés, la nuit se passe dans la gaité avec un peu de nostalgie dans le cœur en pensant au pays.








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        1. le port de Limassol ne pouvait recevoir à quai ces bateaux d'un trop fort tonnage.

        2. Notre bateau en surcharge, ne possédait pas assez de gilets et de chaloupes.

        3. L'argent non dépensé sur l'ile fût perdu.

        4. Aucun autre moyen de transbordement !

        5. Nous faisons figure de parent pauvres, économie.

        6. Je deviens le chauffeur du sergent-chef jusqu'en juillet 1958.

        7. extrait du livre de Bigeard « Pour une parcelle de gloire ».

        8. Kéobrandy:genre de cognac de 35° très sucré.




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MessageSujet: Re: Mon parcours au 3ème RPC de Bigeard   Mon parcours au 3ème RPC de Bigeard Icon_minitime2016-09-14, 22:56

Donne moi le titre de ton livre"BRETIROUGE".Je pourrai le lire tranquillement.......MERCI,mon brave PARA Mon parcours au 3ème RPC de Bigeard 164733 Mon parcours au 3ème RPC de Bigeard 164733 Mon parcours au 3ème RPC de Bigeard 164733 Mon parcours au 3ème RPC de Bigeard 164733
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MessageSujet: Re: Mon parcours au 3ème RPC de Bigeard   Mon parcours au 3ème RPC de Bigeard Icon_minitime2016-09-15, 16:07

J'en ai fini la mise en ordre par paragraphe, mais pas de sous pour l'éditer Mon parcours au 3ème RPC de Bigeard 159551 Mon parcours au 3ème RPC de Bigeard 159551 Mon parcours au 3ème RPC de Bigeard 408745
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MessageSujet: Re: Mon parcours au 3ème RPC de Bigeard   Mon parcours au 3ème RPC de Bigeard Icon_minitime2016-09-15, 16:21

G15






















Un grand brulé













C'est l' histoire tragique de mon camarade Charlet, garçon sympathique de notre Escadron du 3e RPC désigné pour s'occuper des cuisines, il s'en sortait fort bien.



Quand nous revenions d'opération et qu'il nous voyait arriver exténués, sales, rompu de fatigue, il se mettait en quatre pour nous apporter un peu de réconfort avec sa «popote» réglementaire constituée d'une grosse cuisinière à essence à plusieurs foyers.



Le matin de bon heure, le café pour 136 paras était chaud, et souvent nous avions droit à un peu plus de ce jus qui parfois était un peu clair et d'un goût quelconque, mais qu'importe il était chaud.


Charlet avait fait ses classes avec moi et nous avions sympatisé tout de suite. Je me souviens de nos facéties à Duvivier ou nous faisions de fiers cavaliers sur les bourricots du coin qui venaient chercher un bout de pain dur ou des épluchures de pomme de terre et qui n'avançaient que part l'appât de la nourriture qu'on leur faisait miroiter devant le museau.



Nous avions aussi, comme disait les anciens revenus d'Indochine et qui savaient ce que voulait dire, le «quart d'heure colonial» c'était de grosses rigolades avec des habits et une parure d'anneau de fatma.


On posait devant l'objectif de mon appareil Kodak pour une photo immortalisant le moment. Il fallait des instants de rires comme cela pour nous détendre.




Notre cantonnement provisoire, je pourrais dire notre base avancée, était dans une école de sourds - muets à Alger boulevard du Telemly ou l'Escadron se trouvait lors de la deuxième bataille d'Alger.


Nous avions la place nécessaire pour tous nos véhicules Jeeps et Dodge 4X4 et dans la cour en face de nos chambrées, les cuisines, l'ensemble avait était installé en un temps record.


Le capitaine Le Boudec veillait à notre confort , notre nourriture mais aussi à notre forme malgré notre travail épuisant de garde, de patrouilles à pied et en jeep, les interventions dans la Casbah et ses environs, les arrestations difficiles, cela ne nous dispensaient pas des marches commandos une fois par semaine et le sport .



Il fallait aussi veiller à notre propreté corporel et au lavage de nos tenues, à la coupe de cheveux , cela je connaissais puisque j'étais le coiffeur de service pour la section ,le premier à montrer l'exemple était le lieutenant Michel notre chef de section qui ressortait de mes mains avec la coupe à un centimètre ce qui faisait frissonner certains possédant une belle chevelure.



Bigeard était intraitable sur les cheveux et la barbe, pas de moustachus encore moins de barbus

La «popote» se trouvait dans un grand local, la cuisinière dans un local contigu assez restreint. Plusieurs cuistots ou aides pour nourrir une centaine de paras toujours affamés sauf au moment de la solde ou nous allions chez le marchand de merguez ambulant du coin afin de changer notre ordinaire.




C'était un matin annonçant une belle journée chaude de ce mois de juillet 1957, quelques heures de sommeille nous suffisaient pour récupérer de notre fatigue, du côté des cuisines les gars s'affairaient pour le café du matin et préparaient le pain le beurre.


Charlet s'occupait à mettre en service la cuisinière à essence.Le processus était le même tous les matins, faire le plein du reservoir d'essence de la cuisinière, et pomper pour mettre en préssion une petite cuve intermèdiaire, permettant à l'essence d'être sous pression pour arriver aux gicleurs de la rampe d'allumage sous forme pulvérisé.


J'étais de permanence dans ma jeep, en tenue de combat, prêt à toutes éventualités, quand une sourde explosion provenant des cuisines me fit sursauter.



Des cris, des jurons, et soudain un gars tout noir, les cheveux roussis, sort de la cambuse comme un fou en titubant, des flammes finissent de brûler sur son corps nu .


Le chef de quart alerté, part en courant vers le brulé qui halète et geint de douleur.. Une odeur écœurante de chaire brûlée flotte dans l'air.


Je suis à trente mètres du drame et j'ai peine à reconnaître Charlet.

C'est un moment d'angoisse, le sergent hurle vers moi: «approche ta jeep, ne le touche pas!


Il faut le transporter d'urgence à l'hôpital Maillot !». En parlant avec douceur, il le guide pour monter dans ma jeep par ses propres moyens, sa peau dès qu'on le touche part en lambeaux.


En ouvrant péniblement ses yeux roussis et tuméfiés, il réussi à s'assoir sur le siège en se tenant au tableau de bord. Il vacille sous la douleur et geint doucement, je m'aperçois qu'il est brulé partout, dès le matin il avait enlevé son tricot de peau et travaillait en short et savate.




Une jeep ouvrant la route, je démarre sans une secousse et suit le véhicule prêt à tout pour m'ouvrir la route jusqu'à l'hôpital. Tout au long du trajet, le sergent maintient en éveil Charlet en lui parlant continuellement.


Son corps vacille à chaque petit freinage et le fait se pencher en avant, au redémarrage son dos se décolle au siège laissant des lambeaux de peau collés au dossier, comme il a tendance à partir vers l'extérieur, c'est plus fort que moi je lui attrape le bras, la peau me reste dans la main comme une gaine que l'on fait glisser sur un tube, j'en suis malade.




Dans quel état vat-il arriver aux urgences? Enfin, voici l'hôpital Maillot, il est grand temps car il se trouve dans un état

de semi-inconscience, les paroles sans cesse répétées par le gradé l'on tenu en éveil pour qu'il ne bascule pas hors de la jeep.




Il est aussitôt pris en charge par le personnel spécialisé averti de notre arrivée, et c'est avec un grand soupir que je le voie disparaître dans les couloirs.


Je m'aperçois que je tremble un peu en pensant; s'il avait basculé hors du véhicule durant le trajet, comment aurions nous pût le remettre sur le siège sans le peler entièrement, sa peau n'étant plus solidaire à sa chair?





Nous sommes retourné lui rendre visite quelques jours après.


Il était dans une chambre aseptisée, isolé par un voile de mousseline, un goutte à goutte en perfusion. Sur son visage des poches de liquide ressemblaient à de petits ballons dégonflés, il était dans un coma voulu. Nous n'avions pas le droit de lui parler, nous ne sommes restés que quelques minutes devant son lit, et, dehors nous avons parlé du pourcentage de chance qu'il avait de rester en vie ?




Les opérations sur Alger se poursuivirent et d'autres encore, nous en avons oublié notre camarade Charlet et j'ai appris beaucoup plus tard par mon camarade Daniel Belot qui l'avait rencontré à Bayonne, que Charlet avait été réformé et qu'il retournait à la vie civile.



Il avait survécu aux graves brûlures, mais son visage était ravagé, le nez, les oreilles étaient mangés par le feu et de graves traces se voyaient sur son visage. Je sais qu'il vit certainement encore et lui dédit cette page d'histoire s'il a la chance de la lire.
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MessageSujet: Re: Mon parcours au 3ème RPC de Bigeard   Mon parcours au 3ème RPC de Bigeard Icon_minitime2016-09-15, 16:45

G16













Opération Atlas











La fusillade – Ma citation













Ce 27 mars 1957, une bronchite attrapée au cours d'une sortie en montagne avec le 3e R.P.C, et mal guérie, m'oblige à prendre des antibiotiques qui feront baisser la fièvre. Avec deux jours d'arrêt je pense que cela devrait aller.




Le général Massu, le colonel Bigeard et une pléiade d'officiers ont passé en revue les quartiers de notre camp de Zéralda, dans le même cantonnement que le 1er R.E.P du colonel Jeanpierre (1). Tout l'Escadron est là à présenter les armes aux huiles(2).


Les pourtours des cantonnements sont propres comme un sou neuf, les affaires rangées impeccablement, tout ce qui doit être hors de vue étant camouflé.




Comme je suis devenu coiffeur de circonstance, je coupe les cheveux d'une dizaine de gars, ce n'est pas une affaire de grande compétence, mais après un pari avec le s/lieutenant Michel à qui j'ai assuré de lui couper les cheveux aussi bien que son coiffeur, aussitôt dit aussi tôt fait, il a fait l'achat d'une tondeuse, un ciseau, un peigne et en avant pour la coupe «ras le bol», mais pas dans le sens du bol, la coupe a un centimètre du crâne, certains veulent un semblant de chevelure, comme je n'est pas le temps de fignoler c'est la coupe ou rien.




J'en suis à ma 19 ème opération au sein du 4e peloton, commandé par le s/lieutenant Jacques Michel (3).




En un an d'AFN, j'ai déjà pas mal de kilomètres dans les jambes, et les pieds rodés aux dures épreuves de la marche sur des pistes parfois impossibles par des temps de fin du monde, dans le froid , la pluie, la neige l'hiver ou sous un soleil implacable dans une chaleur torride le jour, et les nuits glaciales.


Malgré la pompeuse dénomination de « Escadron de Jeeps Armées » notre grand patron le lieutenant-colonel Bigeard

dit «Bruno» son indicatif radio, en a décidé autrement, il a dit au capitaine Le Boudec: j'ai besoin de gars qui suivent le régiment; ou nous allons les jeeps ne seront pas utiles, l'escadron fera comme tout le monde il marchera à pied. Je sais ce que parler veut dire, je marche depuis le 6 avril 1956 sans une opération en jeeps armées!.






Nous recevons un contingent de « jeunes paras »(4), afin de compléter les effectifs qui en un an ont sacrément diminué. De jeunes commandos formés en France prennent les places disponibles, j'ai un nouveau à la pièce FM, que je commande à temps plein.


André Jeanneret après son peloton n°2 a été nommé caporal-chef et est passé dans une autre section. Deux autres sont au groupe voltige; on va voir leur capacité à assimiler les kilomètres de djebel de jour comme de nuit et par tous les temps, sur des pistes traitresses capables de casser le para le plus costaud d'apparence.





Chez nous, c'est le mental qui sélectionne; petit ou grand, gros ou maigre, noir ou blanc avec du bla-bla ou taciturne, c'est dans l'endurance et la souffrance que l'on s'aperçoit qui est qui !.


L'annonce d'un départ d'une nouvelle mission demain me laisse calme. Je souri de voir la fébrilité des nouveaux qui s'activent sur leur sac à dos, en le contrôlant plusieurs fois, ils nous regardent en douce d'un œil interrogateur.






28 mars 1957.





Tous les sacs sont alignés aux pieds des lits et le peloton s'est couché tôt. Il est quatre heures quand le sergent vient nous faire un réveil en fanfare avec sa voix rugueuse.

Comme un seul homme je me lève, certains fainéantes un peu. La tenue de combat est déjà enfilée, je me rue vers le lavabo pour un brin de toilette un coup sur les dents, un rasage de près ! Ici chez Bigeard; pas de barbu ni moustachu(5), les cheveux coupés ras, la casquette vissée sur la tête pour être sûr de ne pas faire l'oubli irréparable de partir sans celle-ci.




Le départ qui est fixé à cinq heures nous donne le temps de boire un café aux cuisines, et, préparé depuis quatre heures par nos braves cuistots, ils voudraient bien faire partie de la randonnée, mais il en est ainsi.


Certains demanderont de s'intégrer dans la «bandera »(6) et seront transférés dans les divers pelotons de l'Escadron.

Partis de la base de Zéralda, le convoi démarre en direction de Blida, petite ville de la Mitidja au pied de l'Atlas qui porte son nom.


De forts groupements militaires de toutes les armes dont l'aviation avec son terrain où
nous venons embarquer pour faire nos sauts d'entretiens sont installés ici.




L'Escadron est cantonné dans une ferme vide de ses occupants, les propriétaires ont senti le souffle des terroristes FLN, et ont préféré partir, c'est une grande exploitation d'agrumes portant le nom de ferme Isabelle, se sera notre base avancée, pour nos futures opérations.




Nous allons accomplir une série d'opérations dont la première portera le nom de «Atlas 1», quinze jours d'opérations incessantes, vont nous tenir en haleine dans des conditions éprouvantes.


Cela ne va pas être une partie de plaisir pour ceux qui ne connaissent pas la cadence «Bruno».



Je suis Chef de pièce FM 24/29 et tireur, je connais mon arme sur le bout des doigts, mon équipe est composée de Tabourin ancien d'indo malgré son jeune âge, Derck un Ch'ti de Lille, Groisil le titi parisien, Binder un gars de Mulhouse c'est notre dernière recrue fraichement arrivée de France.



Je sort d'une bronchite et je suis sous l'effet d'antibiotiques, le chef nous a dit – Peinard les gars ! c'est une marche pour vous donner de l'allant !.




Cette opération prévue pour retrouver la trace de bandes rebelles sévissant dans ce secteur de 600 kilomètres carrés, couvert de végétation, le massif Blidéen et sa chaine de djebels dont les sommets dépassent 1800 mètres d'altitude, recouvert de neige, une station de sport d'hiver y est installée avec des chalets privés et des colonies de vacances.






29 mars 1957.




En fait de petite marche peinarde, nous avons attaqué la montée du djebel par une ascension de quatre heures, jusqu'à midi.


Une halte et départ pour la suite, une montée jusqu'au sommet le plus haut. A partir de 700 mètres, nous avons rencontré la neige pour atteindre les 1300 mètres avec 15 centimètres sur la piste, piétinée par des centaines de pieds le tracé que font les voltigeurs de pointe doit être pénible pour les premiers .




Nous passons à proximité d'une station d'hiver, par endroit, des épaisseurs de plus d'un mètre de neige. Qu'est-ce que je fais dans cette galère! Tout le monde souffle, grogne, çà flanche mais çà marche, sauf Derck qui a craqué à la moitié du sommet! Obligé de prendre sa musette TAP et de partager la charge supplémentaire.


Il a un début de bronchite et ses poumons sifflent comme une forge.

Enfin tout le monde est arrivé tant bien que mal. Les chefs de groupes râlent, les chefs de pelotons gueulent «collez ! collez ! Trop d'espace !».



C'est beau de dire celà, pour une colonne de plusieurs centaines de paras sur une piste qui monte dure.


L'accordéon qui se produit est normal, il faut presque courir pour combler les écarts.

Nous faisons une halte d'une heure pour casser la croûte, à quatorze heures, rebelote dans l'autre sens pour descendre dans la vallée. Celle-ci est aussi dure car freiner les pieds sans arrêt

fait travailler les muscles qui n'étaient pas sollicités dans la montée, les jambes, les mollets, les cuisses sont mis à rudes épreuves. Au départ on croit être soulagé, mais au fur et à mesure des heures, les jambes tremblent par les à coups répétés.

Un gars qui n'a pu reprendre son équilibre à temps me double en me bousculant, en accroche deux autres en catastrophe pour finir en contre-bas de la pente dans un roulé-boulé désespéré. Les gars bousculés grondent leur colère et marmonnent des jurons . Bientôt la neige disparaît que la boue remplace.






Mon camarade Daniel Belot tombe dans un trou rempli de boue, il en ressort dans un état lamentable. Bientôt nous sortons du froid et des nuages.



J'aperçois au loin Blida minuscule tache au pied du djebel, cette vue nous donne de l'énergie mais, pas l'ombre d'un seul fellagha.

A 19h30, nous arrivons dans la vallée. Le jeune Binder a tenu le choc, c'est un bon élément, pas assez de volonté pour certains, qu'il a fallut pousser, tirer, j'ai même donné un coup de gnôle à un gars de mon groupe, cet alcool que l'on trouve dans les boites de ration, d'une contenance de 6 centilitres je la garde en cas de défaillance comme celle-là.




Nous rejoignons les GMC comme des loques, complétement épuisés les paras montent dans les bahuts sans un mot. J'en ai bavé, car ma bronchite est à peine finie, mais dans l'ensemble, cela s'est bien terminé. Nous retrouvons nos lits précaires sur lesquels nous nous jetons comme des masses. Ouf!




30 mars


.

La matinée se passe en décrassage, je suis sale comme un bouc.

Après avoir changé de tenue et de sous-vêtements, il est midi, un bon repas chaud préparé par nos dévoués cuistots efface tous ce que nous avons enduré, la récupération est rapide.


Revue d'armes et de munitions pour un nouveau départ à 17 heures.

Je crois d'après le sergent Dalmasso, que des renseignements sont épluchés par Bruno et que l'affaire est sérieuse; l'équipe est prête. Derck est sous antibiotiques, il fait la gueule mais il va mieux, je lui fait remarquer que l'on s'est coltiné son sac le temps de notre randonnée d'hier.


L'équipe change c'est un grand type de la région parisienne qui devient pourvoyeur au FM. Unité de feu: 1200 cartouches.


La musette est pleine avec deux boites de ration une boule de pain, la veste molletonnée et une paire de pataugeas, la toile de tente et les accessoires indispensables pour survivre.






Les GMC sont partis, nous roulons en direction des gorges de la Chiffa célèbre pour ses familles de singes qui nous regardent passer, assis sur le parapet du précipice, Médéa, Mouzaïa-les-mines. En file indienne le régiment s'infiltre par la piste. Les éclaireurs sont sur les dents et trace la piste en direction du djebel qui ce profile à travers une succession de contreforts pentus.




La marche dure de 19 heures à 6 heures le lendemain, les épaules cassés par les 10kg 500 de FM, et la musette. Je porte «nènèsse»(7) de trois-quart sur le sac ou bien sur le côté pour changer la position.


Trempé de sueur le Fusil Mitrailleur laisse des marques sur les épaules, j'ai mis un élastique sur la boite chargeur de façon à la maintenir en cas de décrochage intempestif dû à un choc ou à une mauvaise manipulation.


Enfin nous arrivons sur une aire balisée où des «Bananes»(8) sont prêtes pour l'héliportage des paras.

Nous fonçons, l'équipe au complet, suivis du sergent infirmier Dubouil (9), le bruit des rotors est infernal.




L'appareil décolle lourdement, nous sommes tout de suite en altitude étant déjà sur une hauteur, nous allons boucler le débouché du talweg, la souricière se referme sur les rebelles qui n'ont pas réalisé encore le traquenard dans lequel ils sont tombés.





20 kilomètres plus loin, nous débarquons sur une plate-forme naturelle. Je saute de la Banane à toute allure suivi de l'équipe pour prendre position en protection et sécuriser l'héliportage qui se fait dans une rotation d'enfer.


Face au talweg profond avec des parois presque verticales des portions entières de cette paroi se sont effondrées laissant apparaître des passages d'accès.




Avec cette cavalcade, nous n'avons pas fait notre plein de bidon, il est 11 heures, et ils sont vides. Par radio le PC du capitaine Le Boudec est avisé qu'un petit oued coule à 1000 mètres de notre position, par petits groupe, les gars vont faire le plein emportant les bidons des copains restés en surveillance.


Sous les ordres du lieutenant Lefevre le détachement part au point d'eau et reçoit de « Le Boudec »(10) l'ordre une fois les bidons pleins de se rendre vers un endroit donné, car l'escadron repart et il faut faire la jonction.







Le lieutenant Lefevre, un grand gaillard avec un œil légèrement décalé, se trompe de piste, nous voilà partis en marche commando, pour rattraper son erreur nous marchons comme des dératés.




Enfin à 19 heures, nous sommes au point fixé par le PC et restituant les bidons aux camarades mort de soif. Que de kilomètres pour rien. Nous retrouvons la compagnie du capitaine Chabanne dit «le Chat Tigre».


Nous recevons nos rations pour deux jours, préparons nos emplacements de combat pour passer la nuit avec la compagnie d'appui, cette compagnie est chargé d'armes lourdes, canon de 75 sans recul, mortiers de 81 et de 60 et les obus étant transportés par les gars; de vrais mulets !.




31 mars 1957.




Le réveil est à trois heures, le départ est donné avec consigne: « silence complet », pas de cigarette, rester vigilants. Je marche en tête de la compagnie juste derrière la voltige qui se disperse sur les côtés de cette piste devenue un chemin forestier.


Les camarades de la voltige avec le sergent, marchent d'un bon pas mais sans forcer l'allure, nous bouclons le fond de la vallée très encaissée à cette endroit avec une végétation dense et des arbres de bonnes taille.





Je marche depuis environ quatre heures, quand brutalement les gars de la voltige se font tirer dessus par des rebelles situés à 40/50 mètres surpris de trouver des paras à cet endroit.


Une fusillade s'ensuit, le sergent s'est élancé en avant en criant: «Les fells sont là! Vite le FM ! Feu à volonté !», je fais le forcing pour me mettre en position sur le talus, me jete à terre tout en ouvrant la béquille du fusil mitrailleur, le temps d'armer de viser et de faire feu, à peine trois secondes, les rebelles cavalent comme des forcenés à 50 mètres du bout du canon de mon armes.


Ils sont à découvert est galopent vers un petit bois légèrement en pente pour se mettre à l'abri. Je les fauchent avant qu'ils atteignent le couvert des arbres, j'ai vidé deux boites chargeur en quelques secondes, je les vois défiler devant ma ligne de mire, mon copain qui est chargeur est me suis comme mon ombre a fait les mêmes gestes appris à l'entrainement, cent fois répétés, c'est lui qui est chargé de m'approvisionner en boitiers, il est devenu expert, la rapidité d'exécution prime avant tout.



Les fells(11) ont repéré mon FM et ripostent à mon tir, les balles sifflent très près.


Je suis comme au tir, je ne sent plus ma fatigue, la montée d'adrénaline avec l'odeur de la poudre, donne une autre vision de ce moment dangereux.


Les gestes sont instinctifs, dès qu'une boite chargeur est vide d'un coup de main elle saute de son logement qu'une autre est déjà engagée par mon second , une seconde , j'arme et tire au plus juste, à grande cadence.



Je vois plusieurs types basculér sous l'impact des balles, juste avant qu'ils arrivent au petit bois, je vide huit boitiers de cartouches.



La cadence de tir du FM est de 750 coups à la minute, à 25 cartouches dans un boitier, la cadence de feu est équivalente à une section de combattants. Mes tirs sont meurtriers!.


Un autre FM est venu à la rescousse, ainsi que le peloton. Le matraquage est terrible, les fells qui sont à l'abri des arbres font feu pour dégager les rescapés qui continuent à courir à perdre haleine.





Mon arme est en position la plus favorable, j'entends les chefs de groupes diriger les tirs en hurlant pour se faire entendre. Je m'énivre de l'odeur de la poudre, c'est de la frénésie, la souffrance des marches harassantes a disparu.


J'ai tout oublié, l'excitation est a son paroxysme, les balles sifflent sans que je m'en rende compte, je pourrais recevoir une balle à chaque instant, je ne pense à rien de tout çà, c'est la victoire des jours et des jours de marches épuisantes à l'extrême.




Si le sergent ne me m'avait pas crié «halte au feu!!», j'aurais continué à tirer.




Pendant que la voltige va au résultat, j'entends l'appel des copains, il y a trois fellaghas de tués et deux blessés et des traces de sang qui prouvent que d'autres sont également touchés.


Les autres sections prennent le relais au pas de charge, quant à moi , c'est la décontraction je suis tout surpris de la facilité de cet accrochage.





Ces rebelles qui avaient pu sortir de l'étreinte de l'encerclement étaient loin de se douter de ce tête à tête avec des paras dans ce coin de forêt.

Le sergent me félicite pour ma vitesse d'exécution, lui aussi est content de pouvoir enfin utiliser sa carabine US autre qu'à l'entrainement, tous ont eu le plaisir de brûler quelques cartouches.


La résonance de l'accrochage faisait penser à une bataille avec une Katiba. Que d'histoires à raconter aux copains restés en base arrière. Un mort est a déplorer au « 3 ».






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    1. Le colonel Jeanpierre fut de la trempe de Bigeard, c'est lui qui préta quelques parcelles de terrain à Zéralda pour loger le 3e R.P.C. Pendant l'alerte du Moyen-Orient.

    2. (Les Huiles) généraux de la 10e DP.

    3. Jacques Michel, mon chef du 4e peloton de l'Escadron du 3e R.P.C jusqu'au 23 juillet 1957 lors de sa blessure voir le chapitre « tête à tête macabre »

    4. (jeunes paras) passé un an d'ancienneté, nous étions déjà des « anciens »

    5. (Les moustachus) au 3e RPC, aucun barbu ni moustachu sauf dérogation spécial pour l'adjudant Cugnac du PC Bruno portant une déformation de la bouche








(6) »bandéra » mot qui sonnait bien dans une des phrases du colonel Bigeard au général Massu après la Bataille d'Alger.



      [list=7]
    1. « nènèsse » c'est ainsi que j'appelais mon fusil mitrailleur modèle 1924/1929.

    2. « banane » appelée ainsi pour sa forme.

    3. (sergent Dubouil: infirmier dans l'Escadron, un ancien de Bigeard, on peut le voir sur le livre d'Erwan Bergot « Paras Bigeard » page 83 acceuillir les rescapés du poste de Gia Hoï ralliant Tu Lê.



[/list]

(10)(Le Boudec ) indicatif de l'Escadron du capitaine Le Boudec commandant l'E.J.A.




        [list=11]
      1. le combattant FLN était appelé de noms divers: rebelle, hors-la-loi, fellagha, fell.




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