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 J'ai été tué par le Vietminh

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MessageSujet: J'ai été tué par le Vietminh   J'ai été tué par le Vietminh Icon_minitime2016-02-26, 16:19

Le 25 mars 1948, l’Adjudant René TRUFFAUT recevait en plein front une balle de colt tirée à bout portant.

René Truffaut était mort.

Personne n’en doutait.

Il avait mérité la Médaille Militaire.

On parlait de lui donner à titre posthume.

Cinq ans plus tard, au Centre d’Instruction des Troupes Aéroportées Vietnamiennes de Hadong, on retrouve René Truffaut, adjudant-chef, le béret amarante des parachutistes incliné sur le visage:
un visage toujours buriné par la douleur et où subsiste toujours un sourire narquois.

Il est revenu bien vivant du Royaume des ombres.

Une étrange bruine ternit encore son regard.

Elle semble par moments le retenir dans de noires cavernes.

Mais il est là, ferme sur ses jarrets, musclé comme un félin, optimiste, combatif, parlant fort, riant par éclats monstrueux, buvant à pleins verres sans défaillir, assurant rigoureusement son commandement.

Sur le front, en profondeur, juste au-dessus de l’œil gauche, il porte le stigmate de la mort. Son aventure est signée là, en pleine chair d’un coup de gouge d’acier.
Bien qu’il veuille l’oublier, la taire, il ne peut l’effacer, la réduire au silence. Après de longues hésitations, il finit par la raconter, bribe par bribe, qu’il faut lui arracher patiemment.

Car on ne revient pas aisément sur ses pas, quand on doit, ne fût-ce qu’en pensée, retrouver la mort sur son chemin. Une table carrée, au camp de Presse de Hanoï. Un repas qui s’achève.

Il reste dans le fond de son verre une larme de Beaujolais.


René Truffaut le vide d’un coup en renversant la tête.

Sa blessure, au front, prend une teinte sanguine. Autour de lui, nous faisons
le silence.

Bientôt sa voix ébréchée nous transporte cinq ans en arrière et nous mêle à une des plus tragiques histoires de la guerre d’Indochine.

«En mars 1948, j’étais l’adjoint du commandant du poste de Rach Gia, près du canal de Long Xuyen en Cochinchine. Sous les ordres, nous avions cinq cents Hoa-Haos, vêtus de costumes noirs et fripés qui leur donnaient des airs de pirates…
«Un après-midi – le 24 mars – l’alerte est donnée. Les postes élémentaires disposés le long du canal nous signalent l’apparition dans le secteur d’un commando vietminh.

A la tombée de la nuit, un télégramme nous précise qu’il se dirige vers notre poste. «Le lendemain, à 9h00, on me confie la responsabilité d’un groupe de 150 hommes:
«Vous irez à la rencontre du commando ennemi et vous l’intercepterez» m’ordonne-t-on.

«Me voici dans cette plaine que cernent à l’horizon des cocotiers en forme de jet d’eau.


Ouvrant le passage parmi les joncs et les herbes coupantes, je marche en tête de la colonne. Le soleil cogne.

Il ne s’agit pas d’épuiser les hommes avant le combat, ne de les enliser dans les marécages fleuris de lotus roses.

J’adopte en pas modéré et m’enfonce avec prudence dans l’aventure. «Ma tâche n’est pas facile. On ignore la position du commando vietminh.
Malgré les demandes par radio, aucun repère ne nous a été donné. Dans un tel cas, le meilleur est de se fier à son instinct et à la logique. Parmi les bosquets de trams et les Giongs ensemencés de manioc, j’emprunte les sentiers que l’adversaire est susceptible de suivre.

«Hélas! Instinct et logique sont bientôt battus en brèche. La journée, écrasante, se passe à fouiller le secteur d’est en ouest, du sud au nord. En vain. Je ne relève aucune trace de la présence ennemie.

«Dans chaque village aux paillotes alignées en grains de chapelets, j’interroge en pur perte les habitants. Ou ils me dévisagent avec leurs yeux étonnés, ou ils haussent les épaules d’un air désolé, ou encore ils tournent les talons. Je me sens seul tout à coup, abandonné même de mes hommes.

«Silencieux, infatigables ceux-ci me suivent comme des brebis. Mais j’ai conscience de traîner un troupeau de plombs


                                         A suivre ..........
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MessageSujet: Re: J'ai été tué par le Vietminh   J'ai été tué par le Vietminh Icon_minitime2016-02-26, 16:22


qui, pour un peu, m’écraserait moi-même!

«Pour raffermir mon moral, je pense à mes vingt compatriotes qui sur mes talons marchent avec les hommes.

Ils font corps avec moi. Parfois, j’en rejoins un au hasard, pour échanger avec lui quelques mots. »

René Truffaut reprend sa respiration. Comme pour ranimer sa mémoire, il se passe la main sur le front.


Ses doigts coulent sur les bourrelets roses de sa cicatrice comme ceux d’un aveugle sur une page gaufrée de texte Braille.


Nous respectons la pause. Couverte de miettes, la nappe s’efface sous nous yeux comme un écran cinématographique pour laisser la place aux images de la Plaine des Joncs.

Villages étirés et coiffés de palmiers qui, de loin en loin, apparaissent comme des îlots. Tout proche, immobile comme une lame d’argent, le canal de Long Xuyen. « En fin d’après-midi, je louvoie toujours.

L’anxiété me noue la gorge.

Le silence hostile de la plaine, la placidité bouleversante des hommes qui ne se posent pas de question et qui ont l’air incroyablement conscient de la vanité de mes recherches, la chaleur qui nous ronge, la sueur, la longueur des heures de marche au bout desquelles il n’y a que néant et déception créent un climat exceptionnel à partir duquel on ne raisonne plus avec logique, mais avec appréhension.

«Je m’efforce de garder la tête froide. Je ferme ma pensée aux élucubrations de mon imagination.
La vérité n’est pas ce que je redoute.

Elle est simple: un commando vietminh erre dans les parages, mon devoir est de lui livrer bataille. Je n’ai pas à sortir de là. «Finalement je retrouve mon calme.

Mon humeur batailleuse m’emporte en avant. J’accélère la marche, distribue
quelques jurons de ma réserve personnelles, secoue rudement l’apathie qui gagne jusqu’aux cadres.

«La colonne est soudainement régénérée.

Les talons ne traînent plus. Le cliquetis des armes et des gamelles prend une cadence plus vive.

L’heure de la décision est proche. Parfois, me dis-je, il faut forcer le destin. «Cette fois, la réussite dépasse mes espérances. Voilà qu’apparaissent une cinquantaine d’hommes armés.
Les Viets! Non ce sont des amis.

Ils sont vêtus de noir comme les nôtres. Ils s’approchent d’un air paisible. »

La voix de René Truffaut s’étouffe.


Sans effet mélodramatique, elle nous a guidés sur les lieux du drame. Un carré de terre spongieuse, où éclatent tous les deux mètres des palmiers d’eau.

Sous un ciel encore clair et bouillant, le vent tire un cortège de nuages espacés.

L’alternance d’ombre et de lumière à tout instant, transfigure la plaine. Elle passe du jaune éclatant au vert foncé, puis au vert tendre.
« Tout à coup, sans aucun signal ne soit donné, un essaim de balles, parti d’en face, siffle à nos oreilles.


Ce sont bien des Viets. Je vais réagir.

Mais mes hommes ceux qui me suivaient depuis Rach Gia, sont plus rapides. Ceux-là même en qui j’avais placé ma confiance se dévoilent soudain: d’une foulée, ils sont sur moi, m’encerclent en poussant des cris inhumains et me désarment.

Traîtrise du pays. «L’espace d’un éclair, je suis exécuté.

Ils me nouent les coudes derrière le dos. Un Viet, petit, l’œil incendié de haine, braque sur moi un Colt qu’il n’a pas la force de tenir droit.
La balle me
frappe au front et sort derrière l’oreille gauche.


«Je tombe à genoux, mais je ne veux pas mourir. Je me raidis contre l’immense et douloureuse faiblesse qui me gagne os par os, nerf par nerf.

L’image de ma mère apparaît dans la nuit de mes paupières qui se ferment. Cette vision rend plus atroce encore cette seconde infinie où je me sens sombrer dans le néant.

«Quelques heures plus tard, des Marocains accourus en renfort se penchent sur moi: «Celui-là, il a son compte» estime un des brancardiers.
Toutefois, il coupe les lianes qui me retenaient les bras dans le dos, m’allonge sur une civière et m’expédie à Long Xuyen à bord d’une chaloupe.

"Puis, toujours par bateau, on transporte mon cadavre à Cantho. Toute la nuit que dure le voyage, je demeure immobile dans la raideur d'une mort déjà en moi.


Je n'ai point connaissance de ce qui m'arrive.

Je ne souffre pas. "Le lendemain à huit heures, on débarque à Cantho. Avant tout diagnostic, par acquit de conscience uniquement, le médecin me fait une première transfusion de sang.

"Cependant un très léger espoir de ma sauver subsiste. De Saïgon un Piper Cub vient me prendre.

Une heure plus tard, je suis dans un lit de l'hôpital Costes. Deux chirurgiens sont à mon chevet, le Colonel Arnoux et le Commandant Châtaigner.
Ils ne répondent pas de ma vie".



La cicatrice de René Truffaut se gorge de sang. Instinctivement, nos regards se portent sur elle.



A suivre ........



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MessageSujet: Re: J'ai été tué par le Vietminh   J'ai été tué par le Vietminh Icon_minitime2016-02-26, 16:32

Nous cherchons à y découvrir la somme des souffrances qu'il a subies et qu'il nous cache.
Il est prodigieux de le voir en vie. Plus prodigieux encore de savoir que le 17 décembre 1944, au Haut-du-Tôt, dans les Vosges, avant d'atteindre le contrefort de Colmar, il avait déjà reçu une balle dans la tête. Il appartenait, en ce temps-là, au Bataillon de Choc qui a fait toute la campagne de France.
Cette première blessure lui donna l'avant-goût des odyssées hospitalières. Belfort, Lons-leSaunier, Valence, telles furent les étapes successives de sa guérison.
Quelques années plus tard, un même destin l'amenait à nouveau sur un lit d'hôpital à Saïgon.
"Trois transfusions de sang, deux trépanations, une oreille et un œil perdus, la mâchoire fracassée, tel est le bilan de mes blessures. A l'heure présente, je devrais être mort. Comme mes camarades.
Huit jours après le drame, je reçois à l'hôpital la visite du Capitaine Lemire, qui Commandant Rach Gia. On lui avait appris ma mort et ma résurrection ! En me prenant la main, il ne peut dissimuler son émotion. "Pourquoi t'es-tu engagé
à fond ?" ma demande-t-il. "Je voulais les avoir, mon Capitaine. Ils m'ont eu. Tant pis. On se retrouvera. Il hoche la tête. Sans doute pense-t-il qu'il n'y aura plus d'autres combats pour moi.
"Je détourne la conversation : "Et les camarades ?".
"Il hésite à répondre. Je me dresse sur ma couche. "Ce n'est pas possible, dites !
"Hélas ! Mes vingt compagnons ont subi le même sort que moi, mais la mort ne les a pas épargnés."
La pensée de René Truffaut survole le passé. Nous ne sentons plus sa présence. Il nous échappe. Cet homme regrette de s'en être tiré seul. Se reprocheraitil de n'avoir pas été fidèle à ses compagnons de combat, de ne les avoir pas suivis dans l'au-delà ?
Les médecins qui l'ont opéré lui ont dit qu'il aurait dû mourir sur le coup. Le destin a choisi pour lui la vie. Il l'accepte, mais pour demeurer soldat.
"Je m'étais fixé un devoir : celui de servir, murmure-t-il pour justifier sa chance.
"J'ai refusé d'être rapatrié. Après un mois de repos
à Dalat, je rentre dans la bagarre. On me donne d'autres occasions de rencontrer les Viets. Ils l'ont payé cher, le coup de Long Xuyen, je me suis battu pour vingt.
"A mon retour en France, en fin de séjour, je me suis marié. J'ai aujourd'hui une petite fille de quinze mois. Ma femme habite Gournay-enBrie, en Seine-Inférieure. Elle aurait aimé que j'en finisse avec la guerre. Mais n'ai-je pas toujours une raison de me battre ?"
René Truffaut, à son deuxième séjour en Indochine, reste hanté par les souvenir des ses compagnons. De l'au-delà, il a rapporté un message : maintenir, s'accrocher à la vie afin que leur mort ne soit pas inutile.
Ce n'est plus vingt sous-officiers qu'il envoie maintenant sur les champs de bataille, mais des centaines, ceux qu'il instruit à Hadong et qui se renouvellent sans cesse, comme les pieds de riz contre la barbarie vietminh.


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