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 La Guerre d'Indochine

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MessageSujet: La Guerre d'Indochine   La Guerre d'Indochine Icon_minitime2015-05-14, 14:58

                                                                La guerre d'Indochine


Le 9 mars 1945, l’armée nipponne attaque par surprise les 50 000 hommes des garnisons françaises en Indochine pour les interner. Seulement 6 000 hommes de la division du Tonkin parviendront à s’échapper vers la Chine : une retraite de mille kilomètres en deux mois, à travers la jungle et les montagnes de la Haute-Région, sous le commandement des généraux SABATIER et ALESSANDRI. Les défenseurs des forts de Langson qui sont capturés, dont le général LEMONNIER, sont décapités par les Japonais.

Pour donner une apparence morale à cette agression, le Japon fait proclamer l’indépendance de l’Annam, du Cambodge et du Laos. Les fonctionnaires français sont aussi internés.

Les autorités japonaises s’appuient d’abord sur leurs « collaborateurs » des partis nationalistes indochinois pronippons, puis, avant de capituler le 14 août 1945 (les Américains venaient d’employer l’arme atomique), elles livrent le Vietnam au Viet-Minh, animé et dirigé par le parti communiste indochinois d’HO-CHI-MINH, pour mettre en difficulté les alliés occidentaux et l’ancien colonisateur. Les 5 000 miliciens de Vo Nguyen GIAP, adjoint d’HO-CHI-MINH, s’emparent d’Hanoï le 19 août 1945, tandis qu’en Cochinchine le Viet-Minh entreprend de liquider ses rivaux nationalistes, qui sont des notables, ou trotskystes. « La révolution d’août (1945) est la première victoire du marxisme-léninisme », écrira le général GIAP en 1970.

Les troupes chinoises, dans le nord de l’Indochine, et les troupes britanniques, dans le sud, viennent ensuite, au mois de septembre, désarmer les Japonais.

Le 23 septembre 1945, les militaires français prisonniers des Japonais, libérés et armés per les Britanniques pour mettre fin aux désordres et à l’insécurité, investissent les bâtiments publics à Saïgon, tandis que le comité exécutif du Viet-Minh en Cochinchine prend le maquis.

Puis le corps expéditionnaire français du général LECLERC, arrivé lui-même par avion le 5 octobre, débarque à Saïgon. Le groupement MASSU se lance sur les routes à partir du 25 octobre, pour rétablir la souveraineté française en Indochine-Sud, tandis que le Vien-Minh se retire en pratiquant la politique de la terre brûlée et en ordonnant l’assassinat des indochinois francophiles.

LECLERC avec ses soldats n’entrera à Hanoï, où résident 25 000 civils français, que le 18 mars 1946 pour remplacer les troupes nationalistes chinoises, peu empressées à se retirer du Tonkin, ce qui a inquiété le Viet-Minh et l’a amené à traiter avec les Français.
***
1945, c’était il y a 50 ans : la guerre d’Indochine commençait. Elle se terminera pour la France en 1954/1955, dix ans après, et pour les Vietnamiens en 1975, trente après. Elle n’est pas terminée actuellement, au Cambodge, où stationnement des casques bleus français de l’ONU.

                                                      AVANT-PROPOS


Avant les cinquantenaires de la libération de 1944 et de la victoire de 1945, de nombreux adhérents du « corps expéditionnaire français en Extrême-Orient » (tel était le nom de l’armée française, à 12 000 km de la « métropole »), ont souhaité que « Les Volontaires » parlent du cinquantenaire du début de la guerre d’Indochine, de leur vie dans cette péninsule asiatique où le gouvernement français les avait envoyés et des dix années de combats, au cours desquelles 75 200 de leurs camarades sont « morts pour la France » (27 700 autochtones réguliers de l’armée française, le chiffre des supplétifs tués n’étant pas connu, 20 700 Français de la métropole, 15 200 Africains ou nord-africains et 11 600 légionnaires). Pendant la même période, 17 600 soldats des états d’Indochine devenus indépendants, associés avec la France contre le Viet-Minh, ont été tués.


Pour l’opinion française informée, la guerre d’Indochine c’est essentiellement l’action du général LECLERC en 1945/1946, la défaite de Cao-Bang en 1950 (4 800 tués et disparus côté Français), l’arrivée du général de LATTRE fin 1950, les grandes batailles de Tonkin en 1951, la chute de Dien-Bien-Phu en 1954, suivie des accords de Genève.


Pour les médias, Dien-Bien-Phu demeure l’évènement-phare et le symbole. Les anciens du corps expéditionnaire français, dont l’effectif engagé varia sur dix années de 100 000 à 200 000 hommes, ne se reconnaissent évidemment pas tous dans l’épopée tragique des 15 000 défenseurs de Dien-Bien-Phu, comprenant la plupart les unités d’élite, parachutistes et légionnaires, présentes en 1954 sur le théâtre d’opération.

 Les quelques milliers de militaires qui ont effectué tout leur séjour indochinois sans sortir de Saigon ou de quelques autres grandes villes, ne sont pas non plus représentatifs du combattant « de base » qui nous intéresse, même si toute armée en campagne a besoin d’infrastructures, de services et d’états-majors.

Nous allons donc essayer, en quelque paragraphes, d’évoquer ce que furent la vie, le destin et le combat quotidien, souvent ignoré, des quelques centaines de milliers  « d’anciens d’Indochine ».


TOUS DES ENGAGES…


De 1955 à 1962, les soldats du contingent, des « appelés », et les réservistes, les « rappelés », furent envoyés combattre en Afrique du Nord. Le gouvernement français n’envoya en Indochine que des « engagés » (des « militaires de carrière »), volontaires ou non. Et cela a déjà permis à une partie de l’opinion française de l’époque de se désintéresser de cette guerre lointaine (« ceux qui y sont l’ont bien voulu », « c’est leur métier »).

Quand un pays n’assume plus son histoire ni les décisions du gouvernement qu’il a élu et qu’il soutient par ses députés, il y a une faille dans la solidarité et dans l’unité nationale. Pour cette unité, on peut même regretter que les Français de l’hexagone n’aient pas été mobilisés après la libération de 1944, pour terminer la guerre contre l’Allemagne, aux côtés de leurs concitoyens venus d’Afrique du Nord, eux mobilisés après le débarquement américain de novembre 1942.

***
Hormis les cas d’exception, pourquoi s’engage-t-on en 1946/1950 pour aller se battre en Extrême-Orient ? Il faut se remettre dans l’ambiance de l’époque. Après le désastre humiliant de juin 1940 (deux millions de prisonniers français en un peu plus d’un mois, malgré 130 000 tués), la fierté nationale renait en 1944/1945 avec les soulèvements de la libération et l’entrée en Allemagne d’une armée française renaissante, avec les exploits et les sacrifices des résistants, l’enthousiasme des FFI, la gloire des FFL et celle des soldats de KOENIG, LECLERC, JUIN et de LATTRE, qui seront faits maréchaux.


Après la période sombre de l’occupation étrangère, au milieu des difficultés du ravitaillement et de la  reconstruction, la France aspire à reprendre sa place en Europe et dans le monde : l’amour-propre d’un pays a besoin de s’alimenter, sa jeunesse de s’exalter. C’est dans ce contexte que la plupart partiront en Indochine.


Les plus jeunes, qui sont aussi les plus nombreux, ont manqué, en raison de leur âge, les combats devenus légendaires de leurs aînés en 1944/1945 et souhaitent les égaler. D’autres ont participé à ces combats et continuent de suivre le drapeau tricolore. La jeunesse baigne encore dans l’histoire de France, enseignée dans les écoles depuis le début du siècle, même sous l’occupation allemande après 1940 : un petit Français qui vit dans les contraintes de cette occupation, rêve de la grandeur passée de son pays.


Les premières unités du corps expéditionnaire, qui débarqueront en Indochine en 1945, seront d’ailleurs constituées d’engagés « pour la durée de la guerre plus de trois mois, contre l’Allemagne et le Japon ». Pour eux, les débarquements de Saïgon et à Haiphong ne sont que la suite des débarquements en Normandie et en Provence : la France rentre chez elle.


Plus tard, les motivations des engagés deviennent classiques, symbolisées par les affiches des bureaux de recrutement : le patriotisme, le prestige de l’armée française modernisée, le goût de l’aventure et des voyages, la recherche d’un métier, les récits des anciens, l’ambiance familiale, les traditions régionales. Et, quelle que soit la raison de cet engagement, il est vite sublimé après l’arrivée du jeune soldat en Indochine.

 La fraternité du combat, les épreuves et les sacrifices partagés, la cohésion des unités, le choc d’une vie nouvelle au milieu de populations et de régions si différentes, font que chacun est généralement heureux et fier de servir en Indochine, dans ce pays de soleil et de couleurs, où il mène une vie d’homme au service d’une cause, loin de la grisaille de son adolescence. Il n’en sera que plus désarçonné, en rentrant en France, quand il ne sentira pas les préoccupations des siens ou de ses voisins à l’unisson, ce qui, souvent, le poussera à repartir : il a parfois l’impression de faire partie désormais d’un autre monde, de là les liens qui unissent « ceux d’Indo ».


S’agissant d’engagés, leurs détracteurs n’hésiteront pas à parler de « mercenaires », mettant en cause les soldes perçues : piètre argument, d’autant que, jusqu’en 1952, ces soldes n’étaient guère différentes de celles reçues en métropole. Elles augmentèrent ensuite en raison du cours de la piastre mais, si les soldats d’Indochine revenaient avec un pécule, c’est surtout parce que pendant deux ans de séjour ils n’avaient guère eu l’occasion de le dépenser. La plupart, d’ailleurs, voyaient fondre ce pécule pendant leurs trois ou quatre mois de congé de fin de campagne !


L’ACTION QUOTIDIENNE


L’Indochine française était égale, en superficie, à une fois et demie la France. Les 100 000 hommes du corps expéditionnaire les premières années, 160 000 en 1950, étaient éparpillés sur l’ensemble de ce territoire, sauf les unités d’intervention ou de réserve générale demeurées groupées (par comparaison, les soldats américains au Sud-Vietnam furent 580 000 en fin 1968, pour un territoire six fois moins étendu).


Un jeune sergent du corps expéditionnaire, âgé de 20 ans, pouvait commander un poste situé à 20 km de celui du voisin et y pratiquer « sa guerre » pendant de nombreux mois, avec quelques soldats français et un groupe de partisans autochtones, sans émetteur-radio souvent, avec une liaison de sa compagnie toute les semaines ou tous les mois. Ce poste ils l’ont souvent construit eux-mêmes, avec l’aide de la population : murs en troncs d’aréquiers renforcés de terre, réseaux de pointes de bambous acérées en guise de barbelés.


Sauf dans les grands affrontements du nord en 1951/1954, la guerre d’Indochine fut une guerre de chefs de section et de commandants de compagnie. La dureté du climat et la nécessité de marcher beaucoup réclamaient des cadres jeunes, c’est pourquoi dans l’infanterie les sections de combat étaient commandées par de jeunes sous-officiers, les compagnies par de jeunes lieutenants et le plus haut gradé rencontré par la plupart pendant leur séjour était un capitaine, commandant de bataillon.


Les colonels étaient surtout à Saïgon, Dalat, Phnom-Penh ou Hanoï, on les croisait en repartant pour la France (le général de LATTRE à son arrivée à Saïgon en débusquera quelques-uns, jugés peu utiles, pour les renvoyer en métropole).


Les postes, les ouvertures de route, les patrouilles, les opérations, les tâches de la pacification avec l’organisation et la protection des villages, l’encadrement et la formation des unités des armées nationales des états du Vietnam, du Cambodge et du Laos, qui accèdent à l’indépendance à partir de 1949, permettent à chacun de jouer un rôle et de s’exprimer.


Même à l’époque des « groupes mobiles » réunissant plusieurs bataillons renforcés de blindés et d’artillerie, apparus au Tonkin à partir de 1951 à l’image des guerres conventionnelles, l’Indochine continuera d’être couverte de petits postes isolés.


LES SOUFFRANCES


L’isolement fut pour beaucoup une épreuve, il a mûri les jeunes hommes.

La durée du séjour était de 24 à 27 mois sans permission : sans revenir en France (au moment de la guerre du Golfe, en 1991, le ministre français de la Défense s’inquiétait de devoir relever le contingent français après 6 mois de séjour). Surtout parmi les cadres, officiers ou sous-officiers, il y avait beaucoup de mariés et les familles n’étaient pas autorisées à se rendre en Indochine (pour des raisons financières et de sécurité, et à cause de la rareté des moyens de transports aériens et maritimes, réservés « pour la guerre ») ; 27 mois sans revoir ni femme, ni enfants, avec le seul lien du courrier. A Bordeaux, par exemple, les épouses se retrouvaient entre elles pour s’entraider, échanger des informations et maintenir leur moral, pour se charger aussi d’aller soutenir celles qui venaient d’être avisées de la mort de leur mari.


La maladie ensuite : en zone tropicale la dysenterie amibienne, le paludisme, le typhus sont omniprésents. Les conditions du combat ne favorisaient pas l’application des mesures d’hygiène préventives. Dans les rizières et dans la brousse pullulent les parasites, les marches de nuit vous offrent aux piqûres des moustiques. Les premières années de guerre, les moyens médicaux furent insuffisants. Dans quelques bataillons, le médecin-chef distribuait la liste des médicaments de base, en incitant les cadres à se les faire envoyer par leur famille.


Les évacuations sanitaires sont améliorées. L’armée américaine aura 2 560 hélicoptères au Sud-Vietnam en 1968, l’armée française en avait 20 en Indochine en 1954, aucun les premières années.


Les évacuations s’effectuent par convoi routier, par brancardage lorsqu’on est en brousse. Certains blessés ont été brancardés plusieurs jours, dans la souffrance et au grand mérite des porteurs. Un blessé du ventre doit être opéré dans les sept heures qui suivent. C’est ce qui explique, outre le fait que le Viet-Minh achève habituellement les blessés, le nombre de blessés par rapport aux tués : 75 000 tués et 65 000 blessés pour le corps expéditionnaire. Dans une guerre conventionnelle en Europe, il y a généralement cinq fois plus de blessés que de tués.



LES PERTES ET LE CARACTERE DES COMBATS


Le pourcentage des pertes (morts et blessés), dans les unités de combat en Indochine, est relativement élevé, car dans les services de maintenance et dans les états-majors implantés dans les  grandes villes les pertes ne sont pas nombreuses, l’adversaire n’ayant jamais eu d’aviation et n’ayant utilisé une artillerie qu’à Dien-Bien-Phu, quelques mois avant la fin de la guerre. « L’arrière » ne subit que des attentats plutôt rares, le Viet-Minh préférant ne pas être gêné dans les villes, par des recherches policières et un quadrillage trop serré.

 Ce sont donc les postes isolés et les unités de combat qui subissent 95 % des pertes. Pour citer un seul exemple, en Cochinchine, la 2ème compagnie du bataillon de marche du 115ème RI (le régiment de Metz), eut en 20 mois, dans les année 1947 et 1948, 97 tués sur un effectif de 160 hommes : ce n’étaient pourtant ni les années  les plus dures, ni la région la plus difficile.


Cependant, les postes ne vivent pas dans une ambiance de combat continuelle, bien au contraire. Certains postes ne connaissent que quelques jours de combat par an : mais ces jours-là, c’est l’embuscade Viet-Minh et les pertes sont aussitôt importantes. L’année s’est écoulée dans la vigilance certes, mais parfois émoussée à tort par le temps, avec les servitudes quotidiennes habituelles : patrouilles, liaisons, embuscades sur les itinéraires supposés du Viet-Minh.

 Pendant ce temps l’adversaire observe et, le jour qu’il a choisi, il frappe souvent par surprise et avec des effectifs importants. Une petite patrouille française qui ouvrait la route tous les matins depuis six mois tombe dans l’embuscade : des obus piégés explosent, des centaines d’adversaires se ruent à l’assaut, il y a peu de rescapés et, lorsque les unités d’intervention arrivent à la rescousse, le Viet-Minh a déjà disparu.

 Un poste est subitement attaqué à 2 heures du matin, après des mois de calme et sans signe précurseur, des charges explosives ont été placées contre des murs, l’adversaire est déjà aux créneaux, il a parfois bénéficié d’une trahison de partisans, le combat est confus jusqu’au lever du jour, moment où les viets se retirent pour échapper à l’aviation et aux unités blindées, envoyées en renfort.


Pour beaucoup d’anciens, c’est cela le souvenir de la guerre d’Indochine : des mois de vie facile et presque insouciante, avant le drame de l’attaque par surprise. « Nous étions en vacances, mais en vacances avant la mort ». Ceux qui ont vécu cela ont ensuite les nerfs tendus… Le convoi de ravitaillement assurera 100 fois sa mission, puis à la 101ème ce sera l’embuscade meurtrière, la moitié des véhicules qui sautent sur les mines ou sont incendiés.


Dans les régions mieux tenues par les Viets, telles les routes coloniales du Nord-Tonkin ou de la chaîne annamitique, les convois seront encore plus « sportifs » : sur ces routes, les véhicules sont harcelés neuf fois sur dix. Autre sorte de tension, quand il s’agit de franchir les passages difficiles, où il y a eu 12 morts en mars, 7 en avril, 16 en mai… Pour les chauffeurs qui conduisent le plus rapidement possible, c’est un peu le jeu de la roulette russe ; l’axe n’est qu’une trouée dans la brousse, presque un tunnel quand la végétation n’a pas été défrichée.


C’est le canot à moteur qui assure une fois par semaine, avec 15 hommes à bord, la liaison avec le P.C. du bataillon, par les rachs et les arroyos : sans problème pendant des mois, jusqu’au jour de l’embuscade où les 15 hommes sont massacrés, éventrés, percés de bambous, décapités et rejetés à l’eau…


D’autres postes subissent un siège de plusieurs jours, avec des tirs de harcèlement continuels, des harangues du Viet-Minh par haut-parleurs, pour inciter les partisans à déserter ou à livrer leur encadrement français, sous la promesse fallacieuse d’être des tam-tam 24 heures sur 24 pour empêcher la garnison de dormir…


Il y eut aussi ces longues opérations dans des régions piégées et minées, où l’on change toutes les dix minutes l’éclaireur de pointe ruisselant, qui choisit à chaque pas, avec anxiété, où poser son pied.


Les combats acharnés et les grosses pertes des groupes mobiles, quand ils se heurtent les dernières années à des divisions viets aguerries, c’est le combat le mieux connu, popularisé par le drame de Dien-Bien-Phu.

Les anciens ont le souvenir de ces enterrements en chaîne, au retour des opérations, où tous les camions disponibles sont utilisés pour transporter en longue file les cercueils au cimetière local.



Les joies


Les joies et les satisfactions, c’est paradoxal mais l’homme est ainsi fait, ce sont aussi les peines et les souffrances précitées, car ce qui est difficile est passionnant et laisse les souvenirs les plus durables, et la fraternité des combattants est issue de ces épreuves partagées. « Est-ce que les gens peuvent comprendre ce que nous avons vécu là-bas ? Nous n’appartenons plus au même monde ».


Mais la joie de vivre en Indochine, ce fut aussi la végétation luxuriante des tropiques, la symphonie des couleurs sous les jeux du soleil, les populations attachantes, laborieuses et accueillantes, héritières de vieilles civilisations, aimant la musique et la poésie, les familles lettrées pratiquant une sagesse et une politesse raffinée, nous donnant par moments l’impression que nous n’étions que des barbares, bénéficiant seulement d’avancées techniques.


L’Indochine ce fut aussi ses femmes et ses filles, simples, fières mais spontanées, des très jeunes filles belles, douces et souriantes, à la fois sages et prêtes à s’offrir, pouvant devenir des maîtresses jalouses et possessives, tout en restant des gamines joueuses. Le corps expéditionnaire jusqu’au plus haut niveau s’est largement « encongayé », comme on disait alors, et le Viet-Minh s’en est servi pour recueillir des renseignements. Mais des compagnes d’européens, comme les femmes de partisans, ont su aussi participer à la défense des postes attaqués. L’Indochine ce furent encore des centaines de milliers de supplétifs autochtones, se battant à nos côtés, soldats-enfants, soldats dévoués à leurs chefs (« mon chef à moi », disaient-ils).

Pourquoi cette guerre


A la FNCV, où nous acceptons toutes les convictions, dès lors que la défense de la France n’est pas en cause, nous ne recherchons pas le débat politique. Mais il n’est pas possible d’évoquer les conditions de vie de nos soldats en Indochine sans mentionner quelques faits politiques.
Trente ans ou cinquante ans après, connaissant le résultat, il est facile, comme le font certains, d’expliquer quelle aurait été la bonne décision, la bonne solution. Fut-ce une guerre d’indépendance ?


Le Vietnam, qui existe maintenant, est certes issu de cette longue guerre et notamment des vingt années de « guerre américaine », de 1955 à 1975. Les nations naissent et se forgent dans la souffrance et les conflits, l’histoire est toujours tragique, la vie et la mort se suivent.


Mais en 1945/1950, il n’y avait pas chez les autochtones une volonté unanime d’indépendance, ni une hostilité générale à l’égard des Français, et après les indépendances accordées en 1949, la guerre devint une longue lutte des communistes pour conquérir le pouvoir dans toute la péninsule.


L’arrivée des troupes chinoises de MAO TSE TOUNG à la frontière sino-vietnamienne, avec l’avènement de la Chine populaire, fut déterminante.


En nombre 1946, le docteur Nguyen Van THINH, chef du gouvernement provisoire de la république de Cochinchine, s’est suicidé lorsque la France a abandonné l’idée d’une autonomie cochinchinoise, pour pouvoir négocier avec HO CHI MINH.

Jusqu’en 1955, de nombreuses sectes (Caodaïstes, Hoa-Hoa, Binh, Xuyen) et minorités (Thaïs, Meos, Moïs, Nungs) refusaient la dictature du Viet-Minh, et elles se sont battues contre lui avec acharnement.


En 1954, un million de nord-vietnamiens, catholiques en majorité, se sont enfuis dans le Sud pour échapper au Viet-Minh de la « République démocratique du Vietnam » (capital Hanoi). Beaucoup d’anciens ont conservé le souvenir poignant des habitants des évêchés du Nord-Vietnam qui se suspendaient aux ridelles des camions de l’armée française, quand elle abandonnait leurs villages.


En 1950, une grande partie de la population du Vietnam ne souhait que la paix, sans avoir vraiment choisi entre les adversaires, tels les habitants de ces villages le long de la voie ferrée Saigon-Dalat, qui s’étaient résignés à camper à proximité. Dès l’apparition nocturne des premiers éléments du Viet-Minh, ils entreprenaient de desceller les rails pour ensuite les déplacer, en les faisant traîner par leurs buffles, puis, au petit matin, lorsque les premiers blindés français de l’ouverture de route apparaissaient, ils remettraient les rails en place.


Cela dura des semaines et les villageois avaient surtout hâte de ne plus travailler que pour le vainqueur, quel qu’il soit.

Depuis, on est obligé de constater que la mainmise communiste sur le Vietnam n’a pas fait le bonheur de ce pays, qui aurait pu être l’un des « dragons » de l’Asie du Sud-Est, grâce au dynamisme et à l’intelligence de ses habitants, tandis que les Khmers rouges ont vidé Phnom Penh en 1975, assassinant plusieurs centaines de milliers de leurs compatriotes.


Côté français, les buts de guerre changèrent nettement après 1949, à la naissance des états indépendants du Vietnam, du Cambodge et du Laos, et de leurs armées nationales opposées au Viet-Minh. Il s’agissait désormais de maintenir ces pays au sein du monde libre ; ce n’était plus une reconquête coloniale. Le général DE LATTRE DE TASSIGNY sut le mieux expliquer cette mutation, sur place, en France et aux Etats-Unis : « l’armée française n’est ici que pour défendre l’indépendance du Vietnam » (Vinh Yen, 19 avril 1951), « d’entreprise aussi désintéressée, il n’y en avait pas eu, pour la France, depuis les croisades » (Saïgon, 11 juillet 1951).


En France même, seul le parti communiste s’engagea contre la guerre d’Indochine, surtout à partir de 1950 après la reconnaissance d’HO CHI MINH par la Chine et l’URSS. Les socialistes et le MRP furent les principaux responsables de la politique de la France en Indochine sous la 4ème république (MM. MOUTET et LETOURNEAU…).


Les gaullistes et les partis de droite étaient, eux, intransigeants sur le maintien d’une souveraineté française en Extrême-Orient, ce qui ne facilita pas l’application des accords franco-vietnamiens en 1949 en Baie d’Along. Certes les autorités civiles et militaires françaises sur place ne firent guère preuve d’empressement pour réaliser dans les faits l’indépendance vietnamienne, mais la réserve et le comportement de l’ex-empereur BAO DAI, devenu chef de l’état, ne pouvaient leur inspirer confiance.

Quoiqu’il en soit, ce ne sont pas les soldats que dirigent la politique de leur pays ou qui déclarent les guerres, ils se contentent de les faire aux ordres de leur gouvernement, émanation de la souveraineté populaire.


Cette guerre fut la dernière campagne des soldats de l’empire français, devenu « l’Union française ». La lecture des noms à la nécropole de Fréjus, où ont été posés les restes des plus de 20 000 de nos soldats « morts pour la France » en Indochine, le montre clairement : NGUYEN, MOHAMED, BAMBARA et DURAND voisinent avec un légionnaire.


Il n’y a pas de hiérarchie entre les « morts pour la France » de toutes les guerres. Comme l’a dit, à notre congrès national 1995, le président fédéral de la FNCV Maurice FERENT : « Il faudra reconnaitre le volontariat de tous ceux d’Indochine car, entre 1945 et 1955, nos hommes politiques et le gouvernement de la France ont éparpillé sur tous les sentiers de brousse des cendres qui étaient  aussi la chair de vos familles. Je salue filialement et fraternellement les veuves ici présentes… ».


CONCLUSION


Ils avaient donné leur jeunesse à la patrie et ils s’étaient préparés à perdre leur vie.

Ils eurent le froid, la chaleur, la maladie, la souffrance, l’effort et la soif, qu’ils avaient acceptés, mais aussi l’enthousiasme et l’exaltation de l’action, l’aventure et la découverte d’un pays passionnant, rebelle et généreux. Ils connurent la camaraderie, l’amitié et parfois l’amour, mais aussi l’indifférence, le mensonge, la haine et l’oubli.

Ils y penseront toujours.





      François GOETZ,

Commandeur de la Légion d’honneur ,

            Ancien président national de la FNCV

CCV « Guerre 1939-1945 » et « Indochine »

11 fois cité, 3 fois blessé.
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