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 CONFLIT DE LA TROISIÈME DIMENSION OU GUERRE DU CROTTIN :

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MessageSujet: CONFLIT DE LA TROISIÈME DIMENSION OU GUERRE DU CROTTIN :   CONFLIT DE LA TROISIÈME DIMENSION OU GUERRE DU CROTTIN : Icon_minitime2009-02-01, 13:47

Par : Jean-Charles Jauffret, Montpellier III


CONFLIT DE LA TROISIÈME DIMENSION OU GUERRE DU CROTTIN :
LES SYSTÈMES D’ARMES DE LA GUERRE D’ALGÉRIE (1954-1962) ?


La guerre d’Algérie n’en finit plus de troubler les consciences, ouvrir la boîte à scorpions, pour reprendre une expression du général de Gaule, c’est prendre le risque de bousculer un certain nombre d’idées reçues. Pourtant, l’ouverture des archives depuis 1992, la richesse de la mémoire vive des fonds privés dont l’essentiel continue de dormir dans nos greniers, et l’indispensable recours de la mémoire reconstituée des anciens combattants permettent enfin une approche scientifique du conflit, tout en évitant les querelles passionnelles.
En proposer une nouvelle lecture, c’est poser une simple question : à l’aide de quels matériels, avec quels moyens l’homme est-il engagé au combat sur la terre algérienne ?

La spécificité du conflit algérien tient dans quelques lignes de l'instruction pour la pacification de l'Algérie distribuée à tous les chefs de corps à partir de 1956 : La population est l'enjeu de l'adversaire comme des forces de l'ordre. Elle détient la clef de voûte du problème, car le succès appartiendra à celui des deux qui la fera s'engager dans son action . Il s'agit moins de regagner un terrain jamais totalement contrôlé par l'Armée de libération nationale (ALN), que de rétablir la confiance de la population. Enjeu politique, la pacification nécessite de gros moyens. À partir du gouvernement Guy Mollet, la politique des "petits paquets", qui a coûté si cher en Indochine, est abandonnée au profit d'un soutien massif aux forces engagées en Algérie. Sur les grands espaces de l'Afrique du Nord, le nombre compte plus que la puissance de feu. Pour la dernière fois de son histoire, la République réunit une armée de masse : le 1er mars 1959, au cœur de l'offensive menée par le général Challe, l'effectif sur le terrain est de 429 000 hommes, soit 375 000 hommes pour l'armée de terre, 38 000 aviateurs, 3 000 marins à pied et 13 000 gendarmes . Ces 400 000 hommes d'effectif à peu près constant de 1957 à 1961 tiennent les barrages statiques aux frontières, assurent le “quadrillage” des départements algériens grâce aux troupes de secteur, tandis que des actions ponctuelles sont menées par les unités de réserve générale (10e et 25e divisions parachutistes...).

Pour démanteler l'organisation de l'adversaire et assurer la protection des populations contrôlées après avoir été souvent déplacées, il faut un matériel adaptés aux gros bataillons. Toute création de poste fixe, pivot du “quadrillage”, entraîne la construction d'une piste, toute demande d'appui-feu aérien lors d'opérations d'envergure nécessite l'aménagement d'aérodromes temporaires, toute tentative de franchissement en force des barrages frontaliers, comme en 1958, débouche sur l'installation de nouveaux dispositifs comme le couple radar-canon ... Pour le gouvernement français c'est la quadrature du cercle : comment mener simultanément la lutte contre l'insurrection algérienne, l'évaluation de l'eldorado saharien, et l'exécution des obligations d'une puissance membre de l'OTAN sur fond de guerre froide ? Les ressources financières de la IVe République étant limitées, il faut d'abord gérer la pénurie. En réponse au renforcement de l'ALN en 1956-1957, apparaît un système d'armes complexe mêlant archaïsme et modernité.

La guerre d'Algérie est à la fois celle du crottin et de l'électronique. Trois exemples illustrent cette assertion : le retour de l'infanterie comme "reine des batailles", le choix, par la cavalerie, d'un système d'armes adapté, et les innovations des armes de la troisième dimension.


Dernière édition par Ciel d'Azur le 2009-02-01, 13:55, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: CONFLIT DE LA TROISIÈME DIMENSION OU GUERRE DU CROTTIN :   CONFLIT DE LA TROISIÈME DIMENSION OU GUERRE DU CROTTIN : Icon_minitime2009-02-01, 13:48

Une guerre de fantassins.

en 1959 par le lieutenant-colonel Coulet, chef fondateur du Groupement parachutiste de l'air, un jeune sous-lieutenant appelé fait le constat suivant : Le fond de tout çà, c'est qu'il y a deux armées en Algérie, une petite, qui en bave, et une grande qui se les roule. (...) Deux armées, en effet, qui ne se différencient pas seulement par le recrutement, mais par la tenue, l'encadrement, les missions. (...) L'amalgame ne s'est pas fait .

Ce "coup de gueule" dénonce une situation propre au théâtre d'opérations algérien, à l'exception des unités des frontières impliquant toutes les troupes présentes sur le terrain. Comment s'explique cette différence fondamentale entre les troupes de réserve générale et celles de secteur ? Après quelques tâtonnements fin 1954-début 1955, des troupes équipées OTAN débarquent en Algérie où la vieille Armée d'Afrique souffre encore de ses blessures indochinoises. Mais bientôt un nouveau Moloch engloutit des effectifs : “quadrillage”. Ce sont les fameux 75 secteurs dont chacun correspond, théoriquement, à un régiment ou à un bataillon. Les renforts de fin 1955-début 1956 (rappelés...) permettent la constitution de gros bataillons, type TED 107 (tableau des effectifs et des dotations), sous-encadrés, mal armés et sous-équipés. En sont victimes des régiments détachés du corps de bataille européen, comme le 2e dragons de la 7e Division mécanique rapide, qui n'apprécie pas, à son arrivée en Algérie, d'être converti en unités type infanterie TED 107. 70% des effectifs des trois armées (dont 2 000 fusiliers marins et 5 000 aviateurs en 1957) se transforment en fantassins.
Depuis l'amiral Ronarc'h et le commando Kieffer, les fusiliers marins ont une certaine expérience de ce genre de mutation, à l'inverse des gonfleurs d'hélice de l'aviation qui renâclent à l'idée de devenir des bobosses ou pousseurs de cailloux.

Dès lors, on comprend les réclamations des chefs de corps quant aux armes et au matériel, face à un adversaire de mieux en mieux équipé à partir des premières livraisons importantes d'armes en 1956. Cette même année, les grosses unités de rappelés, dont les Régiments d'artillerie antiaérienne (406e, 411e ...) hâtivement formés, ne disposent que de vieux mousquetons modèle 1892, parfois même des Lebel ou des fusils à répétition MAS 36 qui ont fait leur temps.
Conçue pour les effectifs habituels de l'Armée d'Afrique en temps de paix, soit 60 000 hommes répartis dans un nombre limité de garnisons, l'infrastructure logistique a du mal à suivre un brutal accroissement du nombre d'unités qui quintuple pour la seule année 1956 . Le 12 décembre, le commandant Arnaud, chef du 2e bataillon du 2e Régiment d'infanterie coloniale, constate que le taux d'usure de son matériel dépasse les possibilités de réparation et de rechange. Les véhicules légers classés 4e échelon ne sont pas remplacés, et son unité ne peut assurer toutes ses missions : il manque cinq Chevrolet tout-terrain, deux camions GMC, une ambulance et un VLRD (véhicule léger de reconnaissance et de découverte) .

Pour les troupes de secteur, la part du "système D" est importante, surtout dans les premières années du conflit : en zone dangereuse, des Jeep sont équipées de croisillons de piquets de fer assemblés en corne de rhinocéros afin de cisailler les câbles éventuels tendus en travers des routes . Des matériels non adaptés au relief algérien sont graduellement remplacés par des véhicules plus fiables, aptes à négocier des virages très serrés sur piste à forte pente. Ainsi, en est-il des Jeep Delahaye à système, peu sûr, de blocage du différentiel . On note également une adaptation des matériels. Après l'embuscade de Dupleix du 28 février 1957, 28 morts au 22e Régiment d'infanterie, le général Salan, commandant la 10e Région miliaire (Algérie), fait renforcer l'avant des GMC pour mieux protéger les chauffeurs. Il prend surtout une décision reconduite jusqu'à nos jours : dans les camions, les hommes installés sur deux bancs, dos à dos, sont assis face au danger, et l'arrière des véhicules est recouvert d'un treillis léger qui protège contre le jet de grenade . Nombre de roulettes (surnom du GMC) sont également équipées, au-dessus du passager avant placé à la droite du conducteur, d'un rail circulaire fixé à des supports verticaux. Ce rail porte une mitrailleuse de calibre 50. Ce dispositif permet un secteur de tir de 360°, puisque l'arme dépasse en hauteur de la bâche du GMC.

Le système d'armes adapté à la guerre d'Algérie est évidemment à rechercher parmi les unités de réserve générale, encore qu'il y ait des différences entre les professionnels de la 10e DP et les régiments d'appelés de la 25e DP comme les 14e et 18e RCP, moins bien lotis. La première observation concerne le type même de combat. Les paras suent plus souvent dans les djebels en marches épuisantes qu'ils ne sautent des avions Nord 2501 ou des hélicoptères. Comme le note un grand témoin, Pierre Clostermann : Dans cette guerre pourrie, maudite, d'embuscades, de recherches, de poursuite, de soif, de sueur, de souffrances, dans cette guerre dominée par l'homme et non par la puissance mécanique (...), c'était pratiquement au corps à corps qu'il fallait débusquer, lever et tenir le contact de l'adversaire .

Un encadrement jugé formidable par nombre d'anciens combattants et une souplesse d'emploi rendent possible la polyvalence des missions. Ces éléments sont à l'origine de l'emploi optimal d'un système d'armes conçu pour la contre-guérilla. Dès sa création le 1er novembre 1955, le 3e Régiment de parachutistes coloniaux, commandé par Bruno (indicatif radio du lieutenant-colonel Bigeard), dispose déjà d'une compagnie d'appui, de quatre compagnies de combat et d'un escadron de reconnaissance, sans compter l'état-major et la compagnie de commandement et de services . Les leçons d'un armement léger insuffisant face aux Viets sont retenues. Les Fells, à l'intérieur du pays, sont organisés en bandes mobiles très fluides dont les plus grosses ont la valeur d'une compagnie (katiba). Ces unités pratiquent l'embuscade, les harcèlements de poste, les coups de main pour saisir des armes... Mais l'adversaire refuse, faute de matériel, l'affrontement direct sauf s'il y est contraint en combat défensif ou retardateur. On conçoit, dès lors, que pour les forces de l'ordre la qualité du feu d'infanterie soit déterminante. La recherche du résultat le plus efficace conduit à obtenir l'appui du tir courbe pour des actions ne dépassant pas une distance de 2 500 m : chaque compagnie de combat, y compris parmi les troupes de secteur, dispose d'un mortier de 60 mm d'un poids de 22 kg qui limite le nombre d'obus (tout au plus 18 emportés par le personnel chargé de la pièce. La compagnie d'appui compte deux à trois groupes à deux pièces de mortiers de 81 mm (60 kg avec la plaque de base) . Outre un canon (deux pour les compagnies d'appui) de 75 mm sans recul , chaque compagnie de combat des 10e et 25e DP a en dotation une arme qui sert peu en Algérie : le lance-roquettes antichar (LRAC) de 73 mm. Son poids de près 7 kg embarrasse, son encombrement est peu propice aux actions rapides de protection en cas d'embuscade. Mais sa munition à charge creuse est cependant utilisée dans les combats de grotte ou lorsqu'il faut réduire l'adversaire dans une infractuosité.


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MessageSujet: Re: CONFLIT DE LA TROISIÈME DIMENSION OU GUERRE DU CROTTIN :   CONFLIT DE LA TROISIÈME DIMENSION OU GUERRE DU CROTTIN : Icon_minitime2009-02-01, 13:48

Dans le combat rapproché, grâce à un entraînement permanent, les unités de réserve générale sont réputées pour leur discipline de feu. Plusieurs types d'armes apparaissent : carabine américaine USM1 appréciée comme arme d'appoint très maniable ; MAS 36 CR 39 adapté au combat en montagne depuis son premier essai à Narvik en 1940 ; MAS 49-56, fusil semi-automatique, robuste, efficace jusqu'à 600 m, à chargeur de dix cartouches de 7,5 mm, livré seulement à partir du début de 1957. Quelquefois, au mépris du règlement, sont utilisées par des paras des armes allemandes ou anglaises récupérées sur les Fells. Mais leur emploi est indissociable du pistolet-mitrailleur (PM) apte à fournir immédiatement un feu nourri à courte distance. On évite une trop grande hétérogénéité, bien qu'en 1956 certaines unités soient encore équipées de PM britanniques Sten peu fiables et à bout de souffle, ou de vieux, mais terriblement efficaces, Thomson américains de calibre 45 (11,43 mm) . Mieux qu'en Indochine, l'arme du conflit est bien le PM de calibre 9 mm MAT 49. Facile à entretenir, robuste (acier de 2 mm d'épaisseur pour la boîte de culasse), maniable grâce à sa crosse coulissante, c’est l’arme des voltigeurs de pointe. Sa grande cadence de tir peut atteindre 600 coups/minute. Pour ce faire, lors d'un assaut, héritage de la Légion étrangère, certains paras utilisent leur PM en collant deux chargeurs tête-bêche de 30 cartouches chacun afin de recharger plus vite .

Dans la contre-guérilla, la recherche de la plus grande puissance de feu sur un point précis se différencie des moyens lourds, étalés sur un large secteur, inhérents au front continu. Certes, on demande le soutien de l'artillerie (obusiers de 105 mm) pour toute distance supérieure à 2 500 m, on apprécie l'appoint des armes à tir courbe ou des grenades à fusil lors de l'assaut ou pour se dégager d'une mauvaise position, mais les hommes qui progressent à pied ont surtout besoin d'un appui-feu immédiat. L'aboiement des mitrailleuses domine le combat quand elles sont utilisées par les sections d'appui (deux par section). Toutefois, ces armes sont difficilement transportables. Le calibre 30, chambré en 7,62 mm aux normes OTAN, pèse 25 kg avec son affût. Le calibre 50, chambré en 12,7 mm, fait presque le double en poids pour un gain de portée faible (800 m au lieu de 600). On conçoit que les mitrailleuses de 12,7 soient le plus souvent montées sur véhicules. Ceux-ci sont engagés au plus près, parfois selon une tactique qui n'a rien de réglementaire : "l'ouverture à
l'américaine". En zone d'insécurité, le véhicule de tête délivre des tirs "a priori" et au plus loin sur les parties de terrain susceptibles de servir de base de feu à un éventuel adversaire .

Dans un relief tourmenté, il faut des armements combinant puissance de feu et légèreté. Le fusil-mitrailleur de calibre 7,5 mm FM 24-29, arme sûre et précise jusqu'à 600 m grâce à son bipied, y gagne une seconde jeunesse. Chaque section d'un régiment de réserve générale en possède trois. Monté également sur Jeep , outre la couverture, cette arme particulièrement efficace fixe à longue distance l'adversaire : les sections d'assaut peuvent alors manœuvrer puis déboucher sur les positions ennemies par un tir de grenades précédant ou accompagnant les rafales de PM. Toutefois, le boîtier-chargeur de 25 cartouches ne permet pas plus de 200 coups/minute au Effème . Face au très redouté fusil-mitrailleur allemand MG 42, à partir d'avril 1956 les unités de réserve générale reçoivent une arme de qualité, le fusil-mitrailleur de calibre 7,5 ou 7,62 (normes OTAN) AA 52 , qui a tout d'une mitrailleuse légère, sauf la cadence de tir (250 à 300 coups en vitesse pratique). Son poids de 10,6 kg, son alimentation par bandes souples, autorisent un tir à la hanche, en marchant, ou un tir plus précis sur affût.

Pour les combats très rapprochés, lorsqu'il faut extraire à la fourchette des Fells retranchés, outre l'utilisation traditionnelle de grenades offensives et des PM, l'ensemble des troupes engagées en Algérie (cadres et aviateurs surtout) se sert de pistolets automatiques (PA) de modèles anciens dont les PA 35A et PA 35S. À partir de 1953, la Manufacture de Châtellerault produit une arme de calibre 9 mm chambré parabellum, le MAC 50, dont la puissance d'arrêt est très supérieure aux anciens PA de calibre 7,65 mm. Enfin, pour le corps à corps, le poignard, plus facile à manier dans une prise de close-combat, l’emporte sur la baïonnette. Héritée des commandos et de l'Indochine, une technique répandue dans les unités d'élite consiste à piquer d'abord l'adversaire puis à trancher de bas en haut dans un corps dont la résistance est plus faible.

En bref, toute compagnie de combat d'une unité de réserve générale dispose d'une puissance de feu qui lui permet, en principe, d'avoir le dessus sur l'adversaire. En plus de l'armement individuel (PM et fusils), elle dispose en effet de six FM, de neuf fusils lance-grenades et d’un mortier de 60 voire de 81 mm. Le deuxième atout de ce système d'armes est la complémentarité des portées et des tirs entre FM et PM. Toutefois, le conflit algérien, "périphérique" et de "basse intensité" dans l'histoire de la guerre froide, n'a pas suscité une unité de calibre. On est loin de l'homogénéité de la munition 8 mm, qui fut à la base du système d'armes de la IIIe République triomphante, de 1886 (général Boulanger) à la Grande Guerre .
On imagine aisément les difficultés de gestion des flux logistiques pour les armes d'infanterie de calibres différents : 7,5, 7,62, ou 9 mm. Sans doute faudra-t-il un jour écrire l'histoire des munitionnaires qui doivent gérer des stocks souvent incompatibles avec les contraintes opérationnelles des régiments de réserve générale. Il conviendrait aussi d'étudier les armes non conventionnelles (très peu de traces dans les archives) comme les lance-flammes. Utilisés dans la guerre des grottes, ou pour "nettoyer" des mechtas en zone interdite, ils ont aussi servi comme débroussailleuses pour dégager un champ de tir ou une zone de maquis trop dense. Ces méthodes provoquent des incendies qui ont pu causer la mort de troupes "amies" surprises dans un thalweg par un feu de forêt .
L'utilisation des mines antipersonnel (hors des champs de mines frontaliers) mérite aussi une étude particulière. Des témoins, anciens des commandos de chasse, nous ont certifié avoir employé des mines, soit pour piéger l'adversaire sur ses zones de parcours (point d'eau...), soit pour se protéger eux-mêmes lors d'un bivouac en plaçant de petites mines (types : encrier, bondissantes...) sur les cheminements conduisant à leur aire de repos. Toutes sortes d'engins sont employés, y compris des mines éclairantes pour dissuader les coupeurs de route . La guerre des mines en Algérie, qui ignore le cessez le-feu du 19 mars 1962, est bien une des composantes du conflit.

Enfin, dans le domaine des armes de petits calibres, la guerre d'Algérie sert aussi, à une échelle bien modeste, de banc d'essai. Toute unité élémentaire, tout commando de chasse, dispose d'un ou de plusieurs tireurs d'élite. Norbert Guiraud, classe 58-2/C , remplit cet emploi au sein du commando de chasse du 14e Bataillon de chasseurs alpins. Son fusil : un MAS 49-56, semi-automatique à lunette, sur lequel il veille avec la plus grande attention . Vers la fin des
années 1950, sur la ligne Morice sont expérimentées des caméras infrarouges montées sur des carabines USM1. Deux hommes sont nécessaires pour servir cette arme sur poste fixe, la batterie pesant plus de 10 kg . Mais pour intercepter un ennemi qui se déplace vite et se fond dans le paysage, seule la mobilité convient, celle du fantassin, mais aussi, selon les cas, celle du cavalier.


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MessageSujet: Re: CONFLIT DE LA TROISIÈME DIMENSION OU GUERRE DU CROTTIN :   CONFLIT DE LA TROISIÈME DIMENSION OU GUERRE DU CROTTIN : Icon_minitime2009-02-01, 13:49

Un autre système d'armes adapté : la cavalerie.

En Algérie, l'arme-blindée-cavalerie s'adapte aux nécessités du "quadrillage" et de la contre-guérilla, tout en assumant des rôles plus classiques d'appui-feu et de surveillance des frontières. Un matériel de circonstance ne remplace pas d'anciennes formules répondant aux contraintes du terrain.

La première d'entre elles concerne le cheval. On doit au lieutenant Henri de Beaulieu la dernière charge de l'histoire de la cavalerie française, illustration de la force morale utilisée à bon escient. En février 1959, au douar Melaab, dans l'Ouarsenis, à la tête d'une centaine de cavaliers de la 12e Compagnie nomade, qui savent tirer à l'arme automatique par-dessus la tête de leurs montures, il charge en fourrageur une katiba accrochée par des éléments de la 10e DP . Ce fait d'armes brillamment exécuté (sans pertes pour les cavaliers) n'est pas unique. À partir des massacres d'août 1955 dans le Constantinois, l'insurrection s'étend peu à peu à l'ensemble des départements algériens. Pour prévenir l'incendie, montrer le pavillon selon les anciens préceptes des tournées de police, et rechercher le renseignement en zone accidentée ou sur les plateaux d'alfa, quoi de plus économique et de plus mobile que le cheval ? Tout terrain, rustique malgré l'encombrement (un homme de garde pour six animaux), le robuste cheval barbe rend possibles les actions de présence dans les intervalles du dispositif de "quadrillage".
Comme le note le général Bertrand de Dinechin , la renaissance d'unités montées provient de quelques escadrons de tradition existant au début du conflit. Ainsi en est-il au sein du 9e Régiment de spahis. Son 9e escadron à cheval multiplie, en 1955-1956, les coups de main, dont la charge au grand trot du 31 août 1955 près de Bou-Khadra. Parcourant les immenses vides d'un pays sous-équipé et sous-administré , il est aussi utilisé en surveillance des moissons et en nomadisation sur la côte bônoise. Les unités montées sont également employées dans les intervalles des postes frontières, en 1956, puis, après la construction des barrages Ouest et Est, dans la défense en profondeur. C'est l'origine de ces harkas à cheval de la ligne Morice (barrage Est), ou de ces curieux cavaliers au pompon rouge, ceux de la section à cheval de la 32e compagnie de la Demi-brigade de fusiliers-marins, en poste sur la ligne Ouest.

Cible de choix, gros consommateur d'eau (une moyenne de 40 litres/jour/cheval), le barbe a toutefois des possibilités limitées dans une guerre moderne, face à une ALN qui est capable de mettre en ligne, dès la fin de 1956, des armes légères aussi redoutables que des MG 42. Dans ce cas, l'emploi des blindés se justifie. Quels sont les types utilisés et quelles sont leurs missions ? Face à un adversaire dépourvu d'artillerie et de blindés, le char lourd ou moyen (type Sherman) n'a pas de raison d'être. Outre les Tank-destroyer du Régiment colonial de chasseurs de chars, engagés dès novembre 1954 dans le massif de l'Aurès lors de l'opération "Ichmoul 3" , le matériel le plus lourd utilisé en Algérie est le Chaffee ou M 24 des régiments de chasseurs d'Afrique et de hussards. En juin 1958, 355 de ces chars sont employés , soit pour la surveillance des frontières (88 pour la seule zone opérationnelle de l'Est Constantinois), soit comme moyen de dissuasion à proximité des villes (15 à Alger). Il s'agit là d'un souhait sans cesse formulé par les gouverneurs généraux de l'Algérie depuis 1944, notamment en ce qui concerne la 5e DB . Cet aspect de la guerre contre-révolutionnaire ne peut être négligé : il s'agit de prouver au FLN que la rue ne lui appartient pas. On comprend, dès lors, l'importance psychologique des défilés qui rassurent la population européenne, et montrent la force et la cohésion de la troupe. Le 17 juin 1955, sitôt débarquée, la 2e Division d'infanterie mécanisée du général Beaufre parade sur le front de mer à Alger.

Fruit des efforts de réarmement de la IVe République afin de pallier l'usure du matériel américain déclassé du PAM (Plan d'aide militaire), l'AMX 13, char léger, mais plus chasseur de chars que soutien d'infanterie, doté d'une excellente tourelle oscillante, remplit à peu près les mêmes fonctions que le M 24 en étant plus rapide et plus maniable. On en compte 114 en mars 1958, dont 58 dans l'Oranais à proximité immédiate de la frontière . En dotation dans les régiments de cavalerie légère (spahis, chasseurs d'Afrique, hussards), l'engin blindé de reconnaissance (EBR), au nombre de 340 en juin 1958, dont 148 sur la ligne Morice , doté du même canon de 75 mm que l'AMX 13, est d'une plus grande souplesse d'emploi. Ces blindés servent comme appui-feu direct, en
"bouclage" à un carrefour de pistes ou sur un col lors des opérations de "ratissage" menées par les troupes à pied qui pratiquent la tactique de la chasse au sanglier. Les canons sont généralement tournés vers les hauteurs et les équipages se livrent également à la fouille de tout véhicule suspect empruntant routes ou pistes. Grâce à sa vitesse, l'EBR sert aussi à assurer l'avant-garde des escortes de convois (munitions surtout), son blindage le rendant invulnérable aux premières mines artisanales de l'ALN.
Mieux qu'un engin chenillé, il peut aussi poursuivre un adversaire débusqué et même détruire les mechtas en zone interdite. Pouvant manœuvrer sans avoir à faire demi-tour grâce à son inverseur , fiable mais bruyant, ce blindé manque toutefois de discrétion. Sa suspension hydraulique, très confortable (elle évoque celle de la DS 19 de Citroën), a le défaut d'être fragile : elle ne tient pas plus d'un quart d'heure si l'EBR est lancé à 60 km/h sur un plateau d'alfa . De sorte que ce blindé doit être considéré plus comme un "tout
chemin", que comme un "tout terrain". En revanche, cet engin est efficace sur le plan de la guerre psychologique. Chef d'un détachement de deux EBR du 6e Régiment de spahis marocains, Gérard Callet, classe 57-2/C, le 1er mai 1956, reçoit pour mission de traverser Sétif au petit matin, pour prévenir toute manifestation, canon en batterie, sirènes hurlantes, en actionnant les projecteurs .

Le blindé le plus commun de la guerre d'Algérie reste l'automitrailleuse équipée d'un canon de 37 mm, l'AMM 8 de fabrication anglo-américaine. On en compte 889 en juin 1958, dont 393 dans le Constantinois . Ce véhicule équipe aussi les unités de la gendarmerie (222 à la même date). Comme les half-track et les scout-car (3 156 pour l'armée de terre et 326 pour la gendarmerie en mars 1956), les AMM 8 sont de toutes les opérations. Elles assurent les "bouclages", les reconnaissances ou les soutiens directs des troupes aux prises avec l'adversaire. Efficaces dans la contre-guérilla, ces blindés ont un empattement trop large pour certaines pistes. On tente alors une intéressante expérience d'adaptation d'un matériel conçu pour un terrain accidenté, l'automitrailleuse légère Ferret , de fabrication britannique. Elle est rapidement surnommée Bonux-Panzer ou caisse-à-savon par ses utilisateurs, tant son blindage est mince et sa résistance faible contre les mines. C'est à ce propos que se perçoit l'adoption d'un système d'armes propre au théâtre algérien. L'exemple du 1er Régiment de hussards parachutistes (RHP) en est l'archétype. Cette unité offre la particularité d'avoir été employée successivement : comme élément statique d'une troupe de maintien de l'ordre, puis en flanc-garde sur la frontière algéro-tunisienne, avant de devenir le fer de lance des troupes de cavalerie engagées dans la phase finale de la lutte anti-guérilla.

Le 1er RHP arrive en Grande Kabylie en juillet 1956. Jusqu'en 1957, son ordre de bataille est le suivant : un état-major, un escadron de commandement et de services, un escadron à pied (le 3e), le moins bien loti, et trois escadrons blindés équipés de M 24 . À en croire Michel Alibert , les officiers de ce régiment de réserve générale (25e DP) enragent de se voir confinés à un rôle obscur de troupe de secteur. En fait, c'est le 3e escadron qui est au "baroud" le plus souvent. Le régiment fait mouvement vers la ligne Morice en 1958. Au 1er juillet, se mesure, pour les 1er, 2e et 4e escadrons, l'adaptation à la contre-guérilla : les AMM 8 ont remplacé depuis plus d'un an les Chaffee. Dans la région de Tebessa, région lunaire où règne une poussière qui entre même dans les boîtes de vitesse, le 1er RHP participe alors à "La Herse". Cette très éprouvante veille pour les hommes et le matériel prévient tout passage du barrage électrifié et miné. En octobre le régiment reçoit ses premiers Bonux-Panzer , plus discrets (mais plus fragiles) pour effectuer de nuit les rondes de "La Herse". Tous les escadrons en sont bientôt dotés, le 3e gardant seulement un peloton porté sur Dodge 4x4, tandis que la puissance de feu du 2e escadron se trouve renforcée par un peloton de canons de 106 mm sans recul.

Les 7 et 8 juillet 1959, en faisant mouvement vers Batna, lors de l'opération "Étincelles" dans le Hodna, dans le cadre du plan Challe, le 1er RHP quitte ses bottes de plomb pour retrouver une totale mobilité. Son efficacité est particulièrement appréciée, le 21 juillet, lors de la première phase de l'opération "Jumelles" en Kabylie. En 1959-1961, le 1er escadron est l'exemple même de l'instrument polyvalent de contre-guérilla. Disposant d'une large autonomie de transport et d'une puissance de feu adaptée au combat rapproché, même dans des terrains accidentés, il peut assurer lui-même sa sécurité grâce à ses deux pelotons blindés dotés d'AM Ferret. Ses deux pelotons portés, équipés de Dodge 4x4 et 6x6, lui permettent la poursuite et la surprise. Deux autres pelotons de combat et un peloton d'échelon, nécessaire pour soutenir la quarantaine de véhicules (pour 120 hommes) de l'escadron lui apportent le complément nécessaire afin de faire face à toute éventualité . Les hussards parachutistes rentrent en métropole en janvier 1962 où ils abandonnent bientôt leurs automitrailleuses légères, légères...


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MessageSujet: Re: CONFLIT DE LA TROISIÈME DIMENSION OU GUERRE DU CROTTIN :   CONFLIT DE LA TROISIÈME DIMENSION OU GUERRE DU CROTTIN : Icon_minitime2009-02-01, 13:50

Les systèmes d'armes de la troisième dimension.

Dans le domaine de la troisième dimension, la guerre d'Algérie confirme des expériences précédentes et sert de banc d'essai à de nouveaux matériels.
Toutefois la maîtrise d'un système d'armes conforme aux impératifs de la contre-guérilla conduit l'aviation à faire preuve d'initiative à partir de vieux appareils.

Leçons des campagnes coloniales de 1925 dans le Rif et dans le djebel Druze plus particulièrement, le secrétariat d'État à l'Air cherche encore en septembre 1954 un avion de police outre-mer répondant à tous les besoins . On se perd en comparaisons entre les vertus du bimoteur MD-315 Flamant, trop lourd ; du Criquet, surnom du monomoteur Morane 500, trop léger pour être armé ; du Morane Saulnier 733 Alcyon, trop poussif pour intervenir en montagne ; et du SIPA trop faiblement armé. Entre 1954 et 1957 ces appareils interviennent en Algérie en petit nombre, sans qu'aucun ne donne satisfaction. À l'évidence, il manque un avion spécialisé dans la lutte anti-guérilla, robuste, capable de basses vitesses pour observer lentement tout en disposant d'armes de bord puissantes ou embarquées afin de délivrer l'appui-feu réclamé par les trosols (troupes au sol). Après l'échec du concours des constructeurs lancé le 18 mai 1956 et l'essai peu concluant du Potez 75, avion antichar refusé sur le théâtre européen, le choix définitif se porte sur une antiquité : le célèbre T6 North American dont le premier vol date de 1935. 500 exemplaires de cet avion-école déclassé sont achetés dans leur version modifiée de 1948, pour la modique somme de quatre millions d'anciens francs l'unité .

L'acquisition de cet appareil, remplacé à partir de 1960 par le T 28 plus puissant (moteur de 1 400 cv) et quelques redoutables AD4 Skyraider (moteur de 2 700 cv, 11 tonnes de charge dont 3 d'armement), permet à l'armée de l'air de développer un système d'armes cohérent dans l'appui-feu. Tout d'abord, elle perfectionne, grâce au T6, le rôle de l'aviation légère de proximité. Rustique, cet appareil doté d'un moteur de 600 cv, poussif en vitesse ascensionnelle , non blindé, aux réservoirs d'aile très vulnérables, apparaît cependant en machine de guerre respectable : autonomie de quatre à cinq heures, deux à quatre mitrailleuses de 7,5 mm, et deux tonnes d'armes embarquées (roquettes, bombes Cluster ...). Ses missions sont multiples. Outre d'obscures tâches d'accompagnement de convois ferrés ou routiers, la première des missions, 60% des cas, est la RAV (reconnaissance à vue). Elle se pratique soit de façon systématique en "solo", soit en patrouille. Bruyant, le T6 est utilisé dans ce cas contre le vent en utilisant le relief pour plus de discrétion. Alerté sur le canal 16 de leur radio de bord par les trosols, le T6 semble conçu pour l'appui-feu. Celui-ci obéit à des règles lors des grandes opérations. Un second T6 ou un autre appareil d'observation, Broussard, Piper Cub ou même un hélicoptère du type Alouette, donne un aperçu général de la situation au sol avant de déterminer la cible. La disposition de fumigènes, de panneaux fléchés vers l'adversaire, de foulards que portent toutes les troupes et dont la couleur change tous les jours, permettent de distinguer les éléments amis. L'action se fait en straffing (ouverture du feu avec toutes les armes de bord), à la roquette ou à la bombe.

En cas de riposte des Fells, la règle est de ne pas faire deux mêmes présentations sur la cible. Il convient alors de demander l'assistance des moyens lourds. Ces derniers effectuent des missions "coups d'arrêt", en utilisant, notamment en zone interdite, des bidons spéciaux (napalm). Cette arme non conventionnelle détruit ou terrorise l'ennemi et rend ensuite possible l'intervention des T6, mais provoque parfois de gigantesques incendies et des dommages irréparables . Ce partage des tâches illustre l'efficacité du système d'armes développé par l'armée de l'air grâce aux trois groupements aériens tactiques (GATAC), un à Constantine dès juillet 1955, les autres à Oran puis Alger. Trois appareils sont utilisés comme moyens lourds de façon concomitante jusqu'en 1959. Le F 47 Thunderbolt , construit par Republic-Aviation, souvent bien fatigué après les campagnes de 1944-1945 et celles d'Indochine, dispose d'une puissance de feu de huit mitrailleuses de 12,7 mm et d'une capacité d'emport de bombes ou de roquettes de 1130 kg. Sa stabilité et son efficacité d'intervention n'ont d'égales que celles du Corsair, avion embarqué de l'aéronavale, lui aussi familier du ciel algérien. Autre appareil utilisé par l'armée de l'air, à la fois pour l'interception de tout avion suspect (barrage aérien), et pour l'appui-feu au sol, le Mistral à réaction (subsonique), fabriqué sous licence en métropole à partir du De Havilland Vampire. Outre la force morale que procure l'intervention d'un "jet" à double queue pouvant voler à 850 km/h, sont particulièrement appréciés par les trosols ses quatre canons Hispano de 20 mm. Vu sa vitesse, l'avion doit être guidé jusqu'à l'ouverture du feu. Lorsque celle-ci survient : La fusée sensible de l'obus de 20 mm explosait même au contact d'une feuille d'arbre, et l'éclat du 20 mm était létal dans un rayon de 15 m. Une salve de trois secondes, bien concentrée dans la ressource, déroulait au sol un tapis mortel de 50 m de long sur 30 de large . Enfin, dernier élément de l'appui-feu lourd, véritable "bête de guerre", le B 26 Invader. Il arrive en renfort en Algérie à la fin 1956 (groupes "Gascogne" et "Guyenne" équipés aussi du bombardier Vautour trop puissant pour la contre-guérilla). Seize mitrailleuses de 12,7 arment ce bimoteur à la grande capacité d'emport de bombes, initialement conçu pour la guerre du Pacifique. En Algérie, on utilise sur le B 26 des bombes VT, armes fusantes équipées d'une fusée de proximité les faisant éclater au-dessus du sol.

En quoi l'utilisation de ces appareils, datant pour la plupart de la Seconde Guerre mondiale, est-elle une preuve de modernité ? Le premier indice est invisible. Même si l'armée de terre crée sa propre aviation (ALAT), c'est en Algérie que les dernières querelles de boutons entre les différentes armées s'estompent vu les nécessités de la coopération et de l'appui-feu. Un système d'armes ne se conçoit pas sans une structure de liaisons. En ce sens le conflit algérien annonce toutes les interventions futures de forces combinées françaises, que ce soit en Afrique ou en Bosnie. Dès 1956, la liaison interarmées est assurée de façon efficace par les EMOC (états-majors opérationnels combinés). La création des GATAC accompagne celle des trois GALA (groupements d'aviation légère d'appui), qui administrent aussi tout ce qui relève de l'aviation d'observation de l'armée de l'air. En 1959, le général Challe prend une disposition que l'on a eu tendance par la suite à oublier (voir les déconvenues de l'opération Manta au Tchad en 1983) : une décentralisation poussée à l'extrême pour plus d'efficacité. Les défis de la guerre d'Algérie, comme bien des conflits où l'armée française a été engagée, favorisent l'esprit d'initiative. Ainsi, Maurice Challe fait en sorte que chaque GATAC se gère lui-même et dispose de sa propre logistique. De plus, en février 1959, il décide que les commandants de GALA dépendent étroitement des commandants de GATAC.

La modernité apparaît également dans la mise au point d'armes nouvelles. Là encore, la guerre d'Algérie sert de banc d'essai. C'est le cas des missiles filo-guidés et plus particulièrement du missile air-sol SS 10. Ce premier engin "intelligent" frappe à coup sûr, il permet d'éviter les chicanes naturelles des gorges des djebels et d'atteindre tous les repaires des Fells, y compris les grottes-dépôts de munitions à flanc de falaise, inattaquables par les hauts. En milieu clos, l'onde de choc de la charge explosive comprimée provoque des dégâts considérables. Pierre Clostermann en donne un vision saisissante lors d'un appui-feu célèbre, dans l'oued Hallaïl (région des Nementchas), en 1957. Lancé par un MD 311, l'engin explose dans une grotte : Quelques survivants avaient titubé dehors, tympans et globes oculaires rompus par la concussion, tandis que les autres, bulbes rachidiens éclatés, cervelle coulant par les narines, avaient été tués sur le coup .

La vraie nouveauté de la guerre d'Algérie demeure celle de l'utilisation des voilures tournantes. De nombreux ouvrages et articles ont été consacrés à l'hélicoptère, dont la modernité en Algérie vient moins d'inventions techniques que du mode d'emploi pratiqué par les armées de terre, de l'air et de l'aéronavale. Comme pour l'aviation, la gestion décentralisée permet une grande souplesse d'emploi des DIH (détachement d'intervention d'hélicoptères). Qu'il nous suffise de rappeler l'essentiel. D'Indochine et de Corée, ce moyen tout terrain total, hérite de la salutaire EVASAN (évacuation sanitaire). En Algérie, la fonction capitale de poste de commandement volant est confiée à des hélicoptères légers : Bell 476 puis Alouette III à compter de septembre 1959.
Apparaissent également l'hélitransport de personnalités et surtout le ravitaillement de postes isolés (vivres, munitions, courrier...). Le premier héliportage est effectué le 4 mai 1955 au profit de la 2e compagnie du 2e Régiment étranger de parachutistes (REP), sur le Mont Chélia, dans l'Aurès. Pour ce faire, il faut des appareils lourds du type Banane pour les bi-rotor H 21 Piasecki ou Siko pour les Sikorski H 19 (600 cv ) et H 34 (1500 cv).

En ce sens, le ventilo, désigné aussi par son équipage piège, devient l'arme anti-guérilla de la troisième dimension. On peut à ce propos parler de système d'armes élaboré progressivement, souvent à l'encontre du haut-commandement pour les premières expériences. Le 22 février 1956, le 3e RPC de Bruno réalise le premier héliportage de contre-guérilla sur le djebel Ifri : les appareils déplacent les paras-colos à la demande, en fonction des accrochages. Le premier héliportage d'assaut survient le 30 octobre 1959, dans le djebel Rhifouf, sur les contreforts sahariens au sud de Négrine. L'association avec l'artillerie est ici étroite. Après une préparation de deux minutes pour 80 obus de 105 mm dont une dernière salve de fumigènes destinée à camoufler l'aire de saut, les hélicoptères de l'ALAT (cinq Banane et les deux Siko) ...se laissent littéralement vomir au sol. La compagnie du 2e REP gicle à terre. Les rebelles se lèvent de leurs trous dans la fumée, encore sonnés par l'artillerie. Ils n'ont pas le temps de réagir et c'est le corps à corps. Le sommet du Rhifouf est pris . Dernière découverte destinée à de plus amples développements au Vietnam quelques années plus tard : l'appui-feu permanent par des hélicoptères armés. Le 7 avril 1957, sur le champ de tir de la Sebkha d'Oran, le colonel Félix Brunet, de l'armée de l'air, essaye son Mammouth, premier Siko H 34 armé (un canon de 20 mm, trois mitrailleuses de 12,7 et neuf tubes lance-roquettes de 73 mm !). Le 7 décembre 1957 il attaque au canon de 20 mm une caravane de l'ALN dans une oasis de la Saoura. Fin 1958, la version Pirate du H 34 ne garde que le canon de 20 mm, deux mitrailleuses de 12,7, mais emporte des missiles filo-guidés SS 10. De son côté, l'aéronavale développe à partir d'avril 1959 un H 34 surnommé Rameur-canon ou Barlu-canon armé d'un canon de 20 mm. L'aéronavale emploie aussi des H 21 à double rotor dénommés Couleuvrine . Les plus puissantes de ces Banane se trouvent au sein de l'ALAT : chaque appareil dispose de deux berceaux latéraux de lance-roquettes de 68 mm et de deux paniers de deux mitrailleuses jumelées, chacun vissés à l'avant.

Ces hélicos armés permettent également le marquage des zones de saut. Leurs armes clouent au sol les Fells qui ne peuvent s'échapper du cercle décrit par les appareils. L'adversaire une fois fixé, il ne reste plus aux paras qu'à les réduire. Le succès de cette formule est tel, qu'à la fin de 1960 se développent des UIH, unités d'intervention héliportée, comprenant chacune un hélicoptère armé et trois à six cargos.


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MessageSujet: Re: CONFLIT DE LA TROISIÈME DIMENSION OU GUERRE DU CROTTIN :   CONFLIT DE LA TROISIÈME DIMENSION OU GUERRE DU CROTTIN : Icon_minitime2009-02-01, 13:50

L'ensemble de ces matériels n'aurait pu être employé sans un dernier système d'armes de la troisième dimension : les transmissions. En effet, des moyens performants de communication augmentent l'aéromobilité et l'efficacité des avions et des hélicoptères : appui-feu rapide, prises de décision par liaison d'autorité à autorité (chef à chef) par l'emploi de PC volants... Pour les liaisons entre états-majors, l'ART 13, poste à haute fréquence, lourd et volumineux, est utilisé en phonie et en graphie.
Indispensables pour demander un appui-feu aérien ou un réglage d'artillerie, les postes émetteurs-récepteurs SCR 300 datent de 1944. Beaucoup ont fait la Corée et l'Indochine. Cible de choix pour les tireurs d'élite de l'ALN, le radio, qui suit comme son ombre son chef de section, maudit le poids (17 kg) du SCR 300, son encombrement et son absence de discrétion en raison d'une longue antenne qu'il faut déployer pour un fonctionnement problématique, surtout dans les zones boisées. Le SCR 536 a le défaut d'être pratiquement inemployable au début de la nuit. Le paradoxe est que l'armée de terre en Algérie a le sentiment d'être sous-équipée en matériel radio. Dans son rapport sur le moral pour l'année 1956, le chef d'escadron Boucher, commandant le 1er groupe du 43e RA, constate : L'insuffisance des dotations radio est criante et ne fait que s'accuser avec l'augmentation du fractionnement du corps . Pourtant l'armée d'Algérie bénéficie d'un nombre de SCR 300 largement suffisant, soit 42 000 postes pour 380 000 hommes en janvier 1958 . Progressivement ces vieux matériels sont remplacés par des ANPRC 10 et TRPP 8 plus légers et plus performants. Les transmissions offrent donc le cas rarissime d'apparition d'une nouvelle génération de matériels lors du conflit algérien.

Un autre progrès technologique considérable est accompli dans la maîtrise des ondes hertziennes. À partir de 1956, le réseau PTT est doublé. Il s'agit de s'adapter aux réalités de l'Algérie où sévissent les scieurs de long de l'ALN qui ont une propension à couper les poteaux télégraphiques depuis le 1er novembre 1954. Le premier poste utilisé est de construction américaine, l' AN/TRC 3. D'avril à septembre 1958 sur le sommet du djebel Dokkane est construit le premier relais hertzien avec des matériels français . C’est bien en Algérie que les transmissions s’affranchissent peu à peu des contraintes du fil pour le réseau radioélectrique.

Aspect le plus neuf de la recherche entreprise par un de mes étudiants, Frédéric Eche, dans le cadre d'une thèse nouveau régime, la guerre des ondes donne une nouvelle dimension au système d'armes des transmissions. Affrontement avant tout politique, la guerre d'Algérie reste celle du verbe. Dès le 8 mai 1945 et l'insurrection du Constantinois, le poids de la propagande radiophonique est considérable pour influencer les opinions. Dans les années 1950, Radio-Alger lutte contre Radio-Le-Caire et son émission francophobe La Voix des Arabes, pour ne rien dire de Radio-Moscou ou même de Radio-Pékin captées au Maghreb. Aux frontières marocaine et tunisienne, quelquefois même à l'intérieur des départements algériens, l'ALN a ses propres émissions. Dès 1956, cent émetteurs de brouillage sont installés par les forces de l'ordre. En septembre, la guerre des ondes franchit un nouveau pas lorsque est formé l'escadron électronique. Il comprend un avion C 47 gonio et deux sections d'écoute . Cette unité très discrète est en étroite relation avec les stations de guidage et de brouillage (Bône, Constantine, Tlemcen, Thiersville...). En octobre 1956, le Service technique de recherche (STR) regroupe tout ce qui travaille aux écoutes, y compris sur les câbles reliant la Tunisie et le Maroc : l'escadron électronique, et la 782e compagnie d'écoute directement rattachée au commandant de la 10e RM . Ce STR dépend du commandement interarmées et du service de renseignement, le SDECE, tout en étant en liaison avec la DST, afin d'éviter les effets pervers de la "guerres des services". Dans les domaines de l'intoxication (fausses nouvelles, fiches d'action psychologique), de la pénétration des réseaux radios de l'ALN, de la localisation des émetteurs de l'adversaire, y compris pour les postes mobiles au Maroc, ce service se révèle particulièrement efficace. À ce propos, le conflit algérien, guerre coloniale pourtant, est à replacer dans l'histoire des conflits contemporains, pour lesquels la maîtrise du renseignement et la garantie d'un réseau de transmissions étanche sont la clef du succès.

***
Arrivé au terme de cette esquisse trop rapide, on peut conclure que les nécessités de la contre-guérilla ont permis le développement de systèmes d'armes cohérents, étroitement imbriqués les uns aux autres, nouvelle preuve de l'indispensable liaison interarmées pour une action combinée. La création récente du Collège interarmées de défense, en remplacement des anciennes écoles de guerre, en constitue la dernière illustration. Certes dans le domaine bien particulier de la campagne d'Algérie , on peut également retenir que le
commandement s'est servi de formules nouvelles, moins par la mise en pratique de progrès technologiques, sauf pour les transmissions, que par l'utilisation optimale de matériels anciens. C'est le fondement même de ces systèmes d'armes propres à la guerre d'Algérie où se perfectionne, par exemple, la complémentarité des armes d'infanterie pour l'appui-feu lors d'un assaut.
Évolution commencée dès 14-18, ce dernier dépend, grâce à la généralisation du PM, plus du feu que du choc. Le système d'armes fondé sur la munition de 5,5 mm adopté ultérieurement confirme cette tendance, bien éloignée de la traditionnelle furia francese, qui, pendant des siècles, privilégia force morale et arme blanche.

Les leçons tirées de la guerre d'Algérie portent également leurs fruits.
L'ensemble des armes se trouve concerné, y compris l'arme-blindée-cavalerie. En dépit de leurs qualités, les EBR et AMX 13 n'ont pas de mitrailleuse de défense rapprochée, montée sur la tourelle. C'est la mitrailleuse coaxiale qui assure ce rôle, mais ne peut changer d'azimut et de site que grâce au déplacement de la tourelle. Lors de l'adoption de l'AMX 30, la CDR (circulaire de défense rapprochée) est nettement améliorée : depuis son tourelleau, le chef de char dispose du tir d'une mitrailleuse .

Toute guerre est porteuse d'innovation techonologique, celle d'Algérie ne déroge pas à la règle. Un exemple inattendu illustre ce propos : à l'origine des scanners de nos aéroports, à partir d'août 1957, tout colis envoyé à un militaire subit une radioscopie, destinée surtout à déjouer les tentatives de sabotages des avions transporteurs .

Enfin, dans un nombre assez restreint de domaines, le conflit algérien sert également de banc d'essai en ce qui concerne les systèmes d'armes de la troisième dimension. Il faudrait d'ailleurs dépasser le stade de l'essai sur le terrain contre un adversaire réel, notamment en ce qui concerne le couple radar-canon repris ensuite par les Américains au Vietnam, pour évoquer celui de l'expérimentation pure, sans lequel on ne comprendrait pas la volonté des divers gouvernements français à vouloir garder le Sahara. En fait, c'est bien dans les sables sahariens que se met en place le système d'armes de la Ve République. Il perdure jusqu'à la guerre du Golfe. Pour ce faire, il faut évoquer le site de Reggane (première bombe A le 13 février 1960, premier vol opérationnel du Mirage IV le 1er octobre 1964), mais aussi celui de Colomb-Béchar. C'est là que se trouve, sur une superficie aussi étendue que la France, le CIEES ou Centre interarmées d'essais des engins spéciaux, site très bien gardé hors de toute tentative de sabotage . Jusqu'en 1965-1967, voilà sans doute le seul bénéfice à retirer des accords d'Évian, conclusion d'une vraie-fausse guerre d'Algérie qui constitue pour l’historien un vaste champ de recherches.


ABRÉVIATIONS

ALAT : aviation légère de l'armée de terre
AMM : automitrailleuse
AMX : Ateliers d'Issy-les-Moulineaux
ANPRC : Army and Navy Portable Radio Communication (T pour transportable, et V
pour vehicule)
BCA : bataillon de chasseurs alpins
CFHM : Commission française d'histoire militaire
CHMEDN : Centre d'histoire militaire et d'études de défense nationale de
Montpellier.
DP : division parachutiste
DST : Direction de la surveillance du territoire
EBR : engin blindé de reconnaissance
FLN : Front de libération nationale
GATAC : groupement aérien tactique
GMC : General Motors Corporation
JMO : journal des marches et opérations
MAC : Manufacture d'armes de Châtellerault
MAS : Manufacture d'armes de Saint-Étienne
MAT : Manufacture d'armes de Tulle
MD : avions Marcel Dassault
OTAN : Organisation du traité de l'Atlantique Nord
PAM : plan d'aide militaire américain
PC : poste de commandement
PIM : prisonnier-interné-militaire
PM : pistolet-mitrailleur
RA : régiment d'artillerie
RCA : régiment de chasseurs d'Afrique
RCP : régiment de chasseurs parachutistes
REP : régiment étranger de parachutistes
RHP régiment de hussards parachutistes
RM : région militaire
RPC : régiment de parachutistes coloniaux
SCR : Signal Corps Radio
SDECE : Service de documentation extérieure et de contre-espionnage
SHAA : Service historique de l'armée de l'air
SHAT : Service historique de l'armée de terre
SIPA : Société industrielle de l'aéronautique
TED : tableau des effectifs et des dotations
TRPC : Transmissions Radio Portatif Phonie
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A lire au calme donc je le lirais plus tard
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