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 LE "TROU" DE COC-XA

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MessageSujet: LE "TROU" DE COC-XA   LE "TROU" DE COC-XA Icon_minitime2008-05-01, 12:27

LE TROU DE COC-XA
par Lucien Bodar

LE "TROU" DE COC-XA Sans_t37

Une partie capitale pour l'avenir de notre civilisation ne se joue-t-elle pas en Orient, au Viet-nam ? Le Viet-cong a renié les engagements de Genève en franchissant le parallèle accepté par tous. Le combat y est un des plus durs qu'on connaisse parce que le danger, secret, mystérieux, multiforme, plane partout dans la jungle.


En cinq jours, du 2 au 7 octobre 1950, ce que l'on appelle la colonne Lepage a été systématiquement traquée, poursuivie, repoussée, finalement écrasée au fond d'un trou, le trou de Coc-Xa. Cela a été affreux.

Au début de l'après-midi du 2 octobre, le groupement Lepage, qui n'a pu prendre Dong-Khé, reçoit l'ordre d'aller au-devant de la colonne Charton en contournant la cuvette de Dong-Khé, à travers les calcaires. C'est l'ordre même du sacrifice inutile. Les hommes, complètement épuisés, en sont très conscients. La colonne Lepage Giap l'a usée moralement - elle est déjà perdue moralement.

Il y a eu quinze jours auprès de ThatKhé, auprès de Dong-Khé, où les soldats ont eu leurs nerfs rongés par la présence des Viets - ces Viets qui étaient partout dans la jungle, à né pas attaquer encore, à guetter, à tuer seulement un peu. Il y a eu quinze jours presque sans combat et où déjà tout est difficulté - on manque de ravitaillement, on arrive à peine à évacuer les blessés, on est pratiquement coupé de That-Khé.


Le complexe de la jungle

Le complexe de la jungle écrase sans coup férir tous ces gens de Lepage. Chaque jour qui s'écoule, ils sentent qu'ils n'ont aucun secours à espérer. Chaque jour de plus, ils savent que, sur les pistes venant de Chine, s'accroît le pullulement ennemi, invisible, ininterrompu, avec les milliers de soldats qui accourent à marche forcée, avec les dizaines de milliers de coolies qui apportent toujours davantage d'armes et de munitions. « Il n'y a pas moyen, m'a dit ensuite un homme de la colonne Lepage, d'échapper à l'angoisse de la préparation viet. »

Alors les Viets, même invisibles, s'imposent atrocement comme une réalité, et la jungle aussi est une réalité, et toute la colonne sent qu'elle est faible et seule. Et le lieutenant-colonel Lepage n'est pas homme à « regonfler » son monde ; toujours plus, on le prend pour ce qu'il est, un vieil artilleur en mauvaise santé, déjà si fatigué, si las !

Pourtant la colonne a fait bravement son devoir en attaquant Dong-Khé. Mais c'est après son échec devant la citadelle, c'est quand elle s'engage dans les calcaires que les Viets, autour d'elle depuis si longtemps, se « révèlent » soudain.

Par milliers, avec de la verdure sur les casques, ils surgissent derrière chaque arbre, chaque rocher. Tout le paysage est mortellement truqué avec les mitrailleuses qui prennent en enfilade les couloirs rocheux, avec les canons hissés sur les crêtes, avec les mortiers cachés dans les feuillages. Tout cela a été préparé les jours précédents à quelques centaines de mètres des Français qui n'ont rien vu.

La plupart du temps, les Viets sont descendus des montagnes en face, proches de la Chine, ils ont passé par la cuvette même de Dong-Khé et ils ont regrimpé les pentes où se trouvaient les Français. Là, ils ont fait tout ce travail énorme de transformer la nature en un piège ; et puis 'ils ont patienté sans que rien ne révèle leurs préparatifs, sans que rien ne se décelé, dans l'immensité de la jungle.

Certes, les Français se doutent bien de cette implantation d'hommes et d'armes. dais ils ne s'en aperçoivent vraiment que pour être cloués au sol, que pour en mourir

Et eux n'ont rien pour faire face, que leur courage, et puis, presque tout le temps il y a le crachin, cette pluie grise sur la montagne sombre, qui empêche encore une fois l'emploi de l'aviation. Dès qu'ils essaient de manoeuvrer, de faire mouvement les Français sont aussitôt obligés de se jeter sur la terre, de se coller t elle ; et aussitôt se met en action contre eux la masse terne des Viets, couleur de paysage, couleur du crachin, de la jungle et de la terre.

Ce sont des bataillons et des bataillons le « choses » complètement silencieuses, lui progressent au sifflet, par rampements et par bonds, il y a dans ces assauts comme une force dépersonnalisée encore bien plus redoutable que l'ancienne vague humaine. Car, maintenant, dans cette discipline, dans cette mécanique intelligente, l'on croirait à peine à des hommes.



L’ennemi est partout


Comme il est simple, le schéma de la destruction des Français ! La « colonne » française se réfugie sur des crêtes, de même que l'on s'abrite dés inondations en gagnant les hauteurs, mais là l'inondation aborde les crêtes, et il y a de terribles batailles. C'est celle de soldats, d'êtres humains, contre un « phénomène ».

Les crêtes sont prises et reprises, mais chaque fois nos soldats sont vaincus, et ce n'est, désormais, plus qu'une fuite. Dispersés en plusieurs groupés, ils s'enfuient vers l'ouest, vers toujours plus de jungle et de montagnes, l'ordre est d'aller par là, avec l'espoir de faire quand même la jonction avec la colonne Charton, celle qui a été détournée de la R.C. 4, celle qui arrive intacte par sa piste. Mais, en ce groupement Lepage qui était chargé de « recueillir », il n'y a plus que deux ou trois milliers d'hommes de toutes les misères, complètement traqués.

La nuit, cette nuit de la jungle et des calcaires où l'on ne peut pas marcher, ils marchent quand même jusqu'au-delà des forces humaines, pour essayer d'échapper, de distancer. Ce marathon des misérables continue le jour aussi, jusqu'à ce que les Viets les aient retrouvés et rattrapés. Alors, la colonne, en fait ses éléments fragmentés, se réfugie au sommet d'un ou plusieurs pitons pour résister jusqu'à la nuit d'après, qui permettra peut être de « décrocher » encore, de s'enfuir plus loin.

Mais, finalement, chaque fois les Viets sont là, de surcroît, plusieurs fois les pourchassés ont dû faire halte pour que Lepage, le vieil homme, qui n'est pas fait pour des fatigues aussi extraordinaires, puisse se reposer. Et puis aussi, parfois, ce Lepage commande à telle ou telle unité de s'arrêter sur telle ou telle position, parce qu'il a lu la carte, parce que c'est conforme à des « raisons tactiques » bien classiques. Peut-être que ce sont alors les minutes du salut que Lepage donne ainsi aux Viets.

Et puis cet exode, cette traque, cette fuite se font dans un tel chaos de la nature, dans un si effroyable emmêlement de parois, de crêtes, de pitons, qu'il est difficile de faire le point, on avance dans des zigzags sans savoir où l'on est. Lepage est de plus en plus épuisé, il faut le traîner. Un soir, des milliers de Viets vont se refermer sur le gros du groupement, et il n'y a à côté aucune hauteur sur laquelle on puisse grimper, il n'y a qu'un trou calcaire béant, un de ces gouffres fréquents dans ces montagnes. Et alors Lepage donne l'ordre de descendre là dedans, les unités traquées exécutent cet ordre d'un homme à bout, qui est un suicide.

Elles s'entassent au fond du trou pour la nuit, pour les jours d'après et encore la nuit suivante, mais, dès l'aube du premier lendemain, les Viets sont sur les bords avec leurs armes automatiques, et il leur suffit de tirer de haut en bas dans le tas pour faire un carnage.

Seul, le plus fameux bataillon du corps expéditionnaire, le B.E.P., n'est pas descendu dans cet abîme. Mais bientôt, sur le rebord où il se trouve, il est si pressé, si acculé, qu'il doit lui aussi s'enfoncer dans les entrailles de la terre, là où il est, les murailles sont si vertigineuses que les soldats s'accrochent à des lianes pour dégringoler. L'étau se resserre toujours davantage sur ce qui reste de la colonne Lepage, parquée dans son trou.

Mais, en face, sur une belle crête, s'avance superbement la colonne Charton. Pour sortir du gouffre, pour arriver jusqu'à Charton, marchant sur sa crête, il faut faire une charge absolument désespérée, prendre une paroi un peu moins à pic du trou de la mort, passer une sorte d'arche calcaire, et surtout forcer un défilé horriblement profond et étroit, un boyau presque souterrain. Et pour cet assaut impossible, cet assaut d'où dépend la vie ou la mort pour tous les débris de son groupement, Lepage n'a que le B.E.P., aux effectifs déjà fortement entamés mais au moral toujours superbe.

C'est alors que, dans la nuit, les paras du B.E.P. s'élancent, ils escaladent la pente en s'aidant des mains et des pieds, des ombres qui meurent. Les mitrailleuses viets les perforent comme des cibles et les corps s'écroulent dans le trou. Mais il en reste quelques-uns qui grimpent encore, qui atteignent le rebord du gouffre et attaquent les engins ennemis avec des grenades. Le bataillon est détruit presque complètement, mais tout ce qui subsiste de la colonne Lepage peut s'échapper encore une fois en s'engouffrant dans l'étroit défilé, en en débouchant.

Mais ce qui en sort, ce sont des tabors hystériques, des Marocains qui, en arrivant sur la colonne Charton, la démolissent avec leur démence plus encore que les Viets. C'est cela le dernier rendez-vous, le rendez-vous des deux colonnes de la cote 470 ; et quelques heures après, il n'en restera plus rien.

LE "TROU" DE COC-XA Sans_t38
Les "calcaires" au nord de l'Indochine


Dernière édition par Ciel d'Azur le 2008-05-01, 13:06, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: LE "TROU" DE COC-XA   LE "TROU" DE COC-XA Icon_minitime2008-05-01, 12:42


L' « abcès de fixation » impossible



Tel est le calvaire de la colonne Lepage, comme il me le fut raconté alors. Cela avait un aspect épique, comme une légende, comme une chanson de geste. D'ailleurs, ce fut bien cela. Mais, depuis lors, l'histoire de ces fatales journées a été bien précisée. Après avoir montré le schéma de la destruction, je vais maintenant la décrire, jour par jour, heure par heure, dans son atroce minutie.

Revenons au 2 octobre. Lepage, pour tendre la main à Charton sans avoir pu capturer Dong-Khé, conçoit un plan de grande stratégie. L'idée maîtresse, c'est « l'abcès de fixation », fixer le gros des forces viets tout près de Dong-Khé, en tenant les massifs au débouché de la R.C. 4,. comme la cote 815, le Nakeo et l'ancien poste de Napa.

On laisse là le B.E.P. et deux tabors, avec mission de se laisser assiéger aussi longtemps qu'il le faudra par les principaux régiments de Giap. Le but, c'est de les y retenir. Pendant ce temps, Lepage lui-même, avec le 8e R.T.M, et un tabor, marchera vers Charton, à travers une nature où il devrait y avoir peu de Viets.

Pourtant, c'est ce même 2 octobre que les Viets montrent qu'ils sont partout, que leur fourmillement remplit la nature de tous côtés. Quelle illusion de croire qu'on peut en « fixer » la masse principale et manoeuvrer par ailleurs !

Le résultat, c'est que, dès le début, la colonne Lepage est fractionnée en deux tronçons qui seront à une journée de marche l'un de l'autre, qui ne pourront rien l'un pour l'autre, et qui ne se rejoindront dans la cuvette de Coc-Xa que pour périr ensemble, que pour périr avec la colonne Charton aussi. Ce sera vraiment le rassemblement pour la mort collective.

L'après-midi du 2 octobre, c'est, comme toujours chez les Français, de lourds et longs préparatifs, des mises en place pour le « plan Lepage », qui doit commencer le 3. La « colonne de mouvement » se rassemble près de Napa, pour partir à l'aube .

Mais soudain, vers 17 h 30, un régiment viet surprend, comme s'il sortait du néant, une compagnie du 8e R.T.M., tuant son capitaine et soixante hommes. Les présages sont aussi peu favorables pour la « colonne statique».

A 21 heures, c'est le déluge d'artillerie et de mortiers sur le Nakeo, où il n'y a qu'un tabor. Partout des Viets s'infiltrent. Les pertes des Marocains sont énormes, on rassemble les blessés comme l'on peut, en désordre, dans l'ancien poste de Napa. Le commandant des tàbors appelle au secours le B.E.P. :

- Venez vite. L'ennemi à pris pied. C'est fini si la Légion ne donne pas « le paquet ».

Malgré tout, le lendemain, la « colonne mobile " s'en va, comme prévu, à travers les terribles calcaires. Pendant ce temps, le B.E.P. arrive sur le Nakeo, des milliers de Viets ont recommencé à attaquer vers 8 heures du matin, anéantissant un goum.

Une compagnie du B.E.P. contre-attaque, puis l'ensemble du B.E.P. Les engins viets ne cessent de tirer, les vagues d'assaut viets de s'élancer. Le B.E.P. en repousse trois, les pentes sont jonchées de cadavres. Des Junkers viennent bombarder Dong-Khé, en vain.

Au loin, on aperçoit le 8e R.T.M. qui s'éloigne sur sa piste, il est engagé dans de gros combats. A la nuit, il y a partout toujours plus de Viets. L'atmosphère devient lourde, celle de la catastrophe.

Dès 17 heures, le Nakeo n'est plus tenable, c'est une crête trop étroite, où l'on ne peut organiser une défense en profondeur. Et puis il y a trop de blessés, au moins une centaine, que l'on entasse dans l'ancien poste de Napa, gémissants et agonisants, presque sans soins, à même le sol nu des casemates écroulées. Il faut les évacuer. Mais comment ? Le matraquage viet redouble.


Quatre nuits sans dormir



Les deux chefs d'unité, Delcros des tabors et Secretain du B.E.P., ont une conversation dramatique. Les deux hommes, des durs qui n'ont pourtant pas l'habitude de reculer, se confessent l'un à l'autre :

- Nous allons être submergés. Il faut décrocher.

L'autorisation est demandée par radio à Lepage, qui suit le 8e R.T.M. avec son P.C. Refus et enfin, après de longues heures :

- Repliez-vous si la situation est désespérée.

Elle l'est. Les Viets sont à quelques mètres, leurs clairons sonnent la charge. La nuit est tombée. Il y a un choix à faire, rejoindre Lepage dans ses calcaires en abandonnant les blessés, ou retourner d'abord par la R.C. 4 jusqu'à Luong-Phaï, pour s'en décharger d'abord. C'est ce qui est décidé.

Le mouvement est prévu pour minuit. A 3 heures du matin, rien n'a encore démarré. II a fallu détruire les deux canons qui avaient été parachutés le 2 octobre, abattre les mules, et surtout construire des brancards pour les blessés. Les officiers, les sous-officiers ne retrouvent pas leurs hommes.

Enfin, les deux tabors démarrent, en tête, le B.E.P. attend, interminablement, bloqué dangereusement à mi-pente du Nalceo. Le convoi s'engage dans ce que l'on appelle le boulevard de la 73/2 - une énorme tranchée naturelle au fond de laquelle il y a la R.C. 4.

A peine au bout d'un kilomètre, la première compagnie des tabors, celle qui porte les blessés, tombe dans une terrible embuscade. Il n'en reste presque plus rien, à peine quelques Marocains qui refluent sur le B.E.P., encore immobile. Leur chef, le commandant Delcros, a disparu. La confusion est totale. La preuve est faite que les Viets investissent les Français de partout dans cette jungle.

Pour le B.E.P. et le tabor qui reste, la seule chance de se sauver, c'est de se jeter dans les calcaires, là où Lepage était parti avec son 8e R.T.M. Encore une fois, le démarrage est très lent. Le terrain est terrible. Dans les dernières heures de la nuit, presque sans voir, le B.E.P. avance à peine de deux cents mètres à l'heure, dans une sorte de forêt minérale, sans arbres, faite de pierres chaotiques. Il y a encore des blessés à brancarder.

A l'aube, la colonne pénètre sous le couvert de la jungle. On entend au loin les Viets qui crient victoire, ils ont enfin pénétré dans Napa, où ils ne se sont hasardés qu'avec prudence, craignant que ce ne fût piégé. Mais, maintenant, plus que jamais, ils vont faire la chasse à l'homme, ils vont poursuivre.

Il faut marcher. On ne boit pas, on n'a pas eu le temps de remplir les bidons auparavant et il n'y a pas un point d'eau dans ce désert de la jungle. Les hommes les moins fatigués se relaient pour porter les blessés, qui dépassent la centaine, un encombrement qui retarde tout, qui risque d'être mortel dans cette fuite pour la vie.

LE "TROU" DE COC-XA Sans_t41
Une colonne ce coolies apportant aux Viets munitions et ravitaillements


Lepage est descendu au fond du trou.



A deux heures de l'après-midi, enfin, on fait halte. Aussitôt, comme pris par la maladie du sommeil, les gens tombent sur le sol et s'endorment, il y a quatre nuits qu'ils n'ont pas fermé l'oeil. La colonne n'est plus qu'un troupeau assoupi, somnolant en dépit de tous les dangers. Quelques sentinelles, auxquelles on a distribué des excitants, montent la garde autour de l'emmêlement de tous ces corps gisants, tombés dans l'oubli, dans un épuisement total, et cela en plein ,jour, sans se soucier que les Viets peuvent surgir d'une minute à l'autre, en masse.

Mais Secretain et les officiers savent, eux, que cette pause peut signifier la fin, la destruction. Il ne faut pas la prolonger.

Mais où aller dans cette nature hostile ? Ils demandent des ordres par radio à Lepage, et ils apprennent avec stupeur que celui-ci est descendu avec ses troupes dans le « trou » de Coc-Xa, en fait deux cirques calcaires, deux effondrements béants séparés entre eux par une petite barre rocheuse ; à l'entour, rien que des parois verticales, des murs d'éboulis. C'est profond de deux ou trois cents mètres.

Mais que faire d'autre pour le B.E.P. que de rejoindre là dedans le gros du groupement Lepage, comme cela, tout le monde sera réuni. Ils demandent la permission de faire aussitôt mouvement vers la gorge de Coc-Xa. Mais Lepage ne le veut pas, il veut encore faire la guerre dans les règles, avec un dispositif étalé. Il ne se rend aucunement compte de la situation, et il faut des heures pour le persuader.

Mais c'est déjà trop tard ; pendant ce temps, les Viets se sont infiltrés dans toute la nature. Ils se sont glissés subrepticement partout, pendant que Secretain et Lepage discutaient interminablement par radio.

Cependant le B.E.P. repart. Les hommes se remettent debout, avancent. On suit une piste épouvantable. Là où l'on ne peut brancarder les blessés, il faut les porter - un médecin dit que c'est un assassinat médical. Il y a, sur le chemin, un piton particulièrement élevé par où il faut passer, qu'il faut escalader, le 765.

Les premiers éléments qui l'abordent essuient le feu ennemi, mais Lepage affirme par radio que c'est sans importance : il a laissé au sommet un gros détachement du 8e R.T.M., avec l'ordre de rester là jusqu'à ce que le B.E.P. se soit écoulé. Encore une heure de discussion par radio.

Finalement, on se remet en route. On abat un éclaireur viet. On continue quand même. C'est un tabor, celui qui est resté avec le B.E.P., celui qui n'a pas été détruit sur la R.C. 4 - qui est en tête. Mais, en quelques minutes, il n'en demeure plus rien ; à son tour, il est anéanti dans une embuscade.

Sans prévenir qui que ce soit, le 8e R.T.M. a abandonné le 765, où les Viets se sont installés à leur place. Encore une fois, dans cette journée fatale, les Français ont été devancés par eux.

Dans la nuit qui tombe, le B.E.P, est seul, absolument seul. Il essaie malgré tout de trouver une issue pour descendre dans le « trou » de Coc-Xa en évitant le 765. Il reste dans la colonne du B.E.P. juste quelques centaines d'hommes, ils abandonnent la piste et errent dans un terrain chaotique. Après plusieurs vaines tentatives pour déboucher, le B.E.P. marche dans une direction inconnue, plus vers le sud.

Soudain, il s'arrête net, il est tout au bout d'une falaise, au bord d'un à-pic vertigineux. Mais, en-dessous, il semble qu'il y a une petite vallée suspendue, qui va vers les gorges, de Coc-Xa. C'est peutêtre le salut.

Le B.E.P, essaie de dégringoler cet abrupt. Après plusieurs essais infructueux, il y renonce : il faut attendre le jour pour repérer un passage. Les dernières heures de la nuit, tout le bataillon reste à côté du précipice.

l n'y a pas de dispositif de défense, on n'a pas le temps d'en édifier un. Et puis la troupe est trop fatiguée. Mais chacun sait que les Viets sont là, à côté, et que, s'ils attaquent, ce sera 1e massacre. Dans une pareille position, la défense est impossible. Chacun ne peut compter que sur lui-même ; aussi chaque homme passe une nuit blanche, serrant sur lui son arme individuelle.

Mais l'aube arrive sans que les Viets aient surgi. Aussitôt, Secretain, tous les officiers se mettent à rechercher une piste, n'importe quoi, pour descendre. Le lieutenant Faulke finit par trouver, sur ce qui semble une muraille naturelle sans fissure, une sorte de sente à peine discernable, faite sans doute par des animaux sauvages. Aussitôt, il s'engage en reconnaissance avec son peloton d'élèves-gradés, il arrive en bas, c'est extraordinairement acrobatique mais praticable.

On se met immédiatement à transporter dans la vallée la centaine de blessés, cela prend des heures, et c'est un spectacle fantastique que ce convoi interminable de gisants accroché à l'à-pic, avançant à la façon d'une chenille, presque centimètre par centimètre. L'effort demandé aux porteurs est énorme. Les blessés gémissent affreusement. Tout se passe bien.




LE "TROU" DE COC-XA Sans_t40
Soldats Viets devant leur canon


Dernière édition par Ciel d'Azur le 2008-05-01, 13:10, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: LE "TROU" DE COC-XA   LE "TROU" DE COC-XA Icon_minitime2008-05-01, 13:03

L'étreinte se resserre.


Mais, la merveille de la vallée, c'est l'eau, il y en a et l'on peut boire. Les hommes, se penchant de longues minutes sur un ruisselet, lapent à la manière des chiens, mettant fin au supplice de la soif. On désaltère lés blessés. Tout est calme, très calme. L'espoir renaît. Peut-être le salut est-il encore possible.

Il faut maintenant faire descendre le gros du B.E.P. En bas, Faulke prend les précautions d'usage. Il établit un dispositif, il place une section sur une petite crête de l'autre côté de la vallée, mais juste face à la sente de la muraille à pic, de façon à « couvrir » de ses feux la colonne des paras, quand elle s'y engagera.

Tout est prêt, mais rien ne se passe. C'est que Lepage, changeant d'avis encore une fois, a donné des ordres stricts pour que le bataillon reste là-haut.

La journée est longue, interminablement. Le commandant du B.E.P., Secretain, descend dans la vallée, puis il remonte sur le plateau, il ne peut rien faire. A un moment donné, d'un repli des calcaires, on voit surgir, comme une troupe de fantômes, ce sont trente ou quarante Marocains qui, échappés à l'embuscade sur la R.C. 4, errent depuis lors, perdus dans la nature. Parmi eux, il y a le commandant Delcros.

Plus tard, on voit déboucher une autre troupe, celle-là bien ordonnée, elle vient du « trou » de Coc-Xa par la vallée. C'est une « liaison " envoyée par Lepage, qui amène du ravitaillement et emporte les blessés. Le lieutenant Lefebure la commande. On apprend par elle que l'étreinte ; commence à se resserrer autour du « gouffre » de Coc-Xa. Les Viets s'infiltrent en masse sur les hauteurs, tout autour.

Des Junkers ont essayé de parachuter des munitions aux Français, dans les contrebas, mais la plupart des colis sont tombés trop loin, chez les Viets. Et puis tous les Junkers ont été pris comme cibles par de nombreuses armes automatiques. La chasse vient pour bombarder et strafer les crêtes où sont retranchés les Viets : mais leur intervention n'a pas eu beaucoup d'efficacité, les Viets s'étant « enterrés » dans des trous et des tranchées. De Charton, aucune nouvelle.

En fin d'après-midi; nouvelles instructions de Lepage à Secretain :

- Descendez dans la vallée et remontez sur les pitons qui sont en face, c'est par là qu'arrivera Charton.

Mais c'est trop tard déjà, la nuit est arrivée, et les Viets aussi.

C'est alors, dans les ténèbres, le fantastique épisode de la descente par la fameuse « sente » découverte dans la matinée le long de la paroi à pic. Les hommes, se tenant les uns les autres par la main, avancent sans rien voir, tâtonnant pour marcher sur le peu de terre qui n'est pas l'abîme.

Enfin la première compagnie parvient en bas. II y a alors un « ramdam » effrayant c'est sur la petite crête de l'autre côté de la vallée, face à la sente par où descend. le B.E.P., là où le matin, Faulke avait mis une section pour « couvrir » l'opération. Au bout de deux minutes, plus rien, puis les clairons viets de la victoire. La section a été anéantie. La compagnie, qui vient à peine de dé boucher dans la vallée, se lance à la contre-attaque sur la montagne d'en face. C'est l'égorgement mutuel clans l'obscurité.

LE "TROU" DE COC-XA Sans_t42

Le colonel Lepage "un viel artilleur en mauvaise santé"


L’incroyable mêlée


Cependant, le gros du B.E.P. est toujours en train de descendre la « sente ». La nuit est encore plus noire, et les Viets ont réussi à se glisser sur les flancs de ce vertigineux sentier, en s'accrochant à l'à-pic. Ils attaquent. La confusion est totale.

Le sentier est coupé par les Viéts, toute la queue de la colonne est isolée. Les légionnaires ne savent plus où ils sont, ce qu'ils font. I1 y a toutes sortes d'accidents, des chutes dans le vide, dans le néant.

Quelle incroyable mêlée ! Une main se tend une main de Vïet et arrache une mitrailleuse à son porteur. Plus moyen d'avancer. Il faut rester là où l'on se trouve, chacun sur quelques centimètres de terre, les pieds calés pour que le corps ne soit pas entraîné par son poids dans 1e gouffre.

Tout autour, les Viets rôdent, cherchant des proies. Une section s'égare, aboutit à une plate-forme qui se termine par l'abîme. Un homme a la colonne vertébrale fracturée, on le bâillonne pour étouffer ses gémissements il ne faut pas que les Viets l'entendent et viennent tout massacrer.

Que de temps à attendre avant le jour ! Enfin, c'est la première lueur de l'aube, et les légionnaires recommencent à descendre. Enfin, tout le B.E.P. est dans la vallée, mais cent hommes ont été perdus, sans doute tués.

Le B.E.P. n'a plus de munitions. Il ne lui est plus possible de s'installer sur les crêtes de l'autre côté de la vallée, comme le voulait Lepage. Il ne lui reste plus qu'à s'agglomérer au gros du groupement, dans le « trou » de Coc-Xa. Pour cela, il faut l'accord de Lepage. Mais pas moyen de le contracter chez lui, il n'y a pas d'écoute de nuit, ses opérateurs ont fermé leurs postes. Ce n'est qu'à six heures du matin qu'ils reprennent le travail.

Le colonel donne son consentement. Et le B.E.P. se met en marche pour aller s'en fermer dans le trou. La vallée étant trop dangereuse, il suit une piste à mi-pente des calcaires, se cachant dans certaines traînées de jungle qui arrivent jusque-là.

Mais, dans le gouffre de Coc-Xa, c'est déjà l'angoisse qui règne. La plupart des pitons d'alentour sont en dehors du dispo sitif français, et ceux qui s'y trouvent sont peu à peu occupés par les Viets. Une compagnie du 8e tabor abandonne le sien. Les Français se cachent derrière des rochers ou se mettent dans des angles morts dès qu'ils se montrent, des mitrailleuses viets tirent et tuent.

Les Viets se glissent en bas, jusque dans les cuvettes, ils s'infiltrent dans la cuvette inférieure et atteignent la « source ». C'est là qu'est le passage par où la colonne Lepage pourrait « sortir » de sa prison, de cet abîme affreux, pour foncer sur la colonne Charton. Car celle-ci, on la voit maintenant arriver, au loin, juste en face, sur sa crête, très ordonnée.

Et pourtant la journée s'écoule dans le « trou » de Coc=Xa sans que l'on fasse rien, sans que l'on prenne soin de garder le seul débouché possible, l'issue qui est la vie. Chacun reste à sa place, en tiraillant un peu. Marocains, Viets, tabors, légionnaires se bagarrent à distance mais pas sérieusement. C'est une apathie étrange et effrayante.





Il faut sortir du trou




Et c'est la nuit du 6 au 7 octobre. Au B.E.P., l'on essaie de dormir un peu. L'on fait le point de ce qui reste comme maté riel. Il n'y a presque plus de munitions - une dizaine d'obus de mortiers, quelques grenades. Il n'y a plus de radio

il faut faire les liaisons à pied, et dans quelles conditions, en rampant. Il n'y a plus rien à manger. Les Viets attaquent un peu partout, plus sérieusement.

Au P.C. du bataillon, Secretain, Jean pierre, Faulke tiennent de grands conciliabules. C'est la mort si l'on ne sort pas du cirque, et c'est évidemment le B.E.P., leur B.E.P., qui sera chargé de la percée. Mais l'on ne sait même pas qui tient la « source », là où est le passage. Auparavant, toute la ,journée, les rumeurs se sont succédé, absolument contradictoires :

- C'est les Viets qui l'occupent.

- Non, il n'y sont pas : il y a encore là des goumiers à nous.

Cela se trouve être dans un terrain très chaotique, couvert de végétation, d'arbres énormes, dominé par des pitons : il est difficile de se rendre compte qui s'y trouve. Au crépuscule, Jeanpierre en personne va y faire une reconnaissance. Et il s'aperçoit que tous les abords de la « source » sont tenus par les Viets. Il le fait savoir à Lepage, qui l'ignorait.

Cela signifie que l'on ne sortira du cirque que par la « bagarre », la grande bagarre. Ce sera la lutte de quelques centaines d'hommes à découvert contre des milliers de Viets bien embusqués, qui les attendent. Et ces officiers du B.E.P., qui ont tant reproché à Lepage ses tergiversations, ses retards les jours précédents, lui disent :

Il faut attendre demain et opérer de jour, en ayant obtenu de Carpentier et d'Alessandri tout l'appui aérien possible, tout ce que l'on possède de chasse en Indochine.

Mais cette fois c'est Lepage qui est pressé, il veut que l'affaire se fasse tout de suite, en pleine nuit. On réussit à l'y faire renoncer.

Minuit. Les officiers et les hommes, à bout, dorment dans des creux de rochers. Soudain, Jeanpierre réveille Faulke :

Lepage a encore changé d'avis. C'est pour maintenant. On y va.

I1 faut répercuter les ordres, trouver, réveiller, rassembler, les hommes. C'est très long, car tout se fait à pied, dans la nuit totale, sans qu'on puisse allumer aucune lumière, en ~ évitant le moindre bruit. Le mouvement commence à partir de trois heures du matin.

Il s'agit d'abord de se glisser subrepticement à travers la cuvette inférieure. Elle est traversée par deux pistes. C'est la plus au sud qu'il faut prendre, car elle est en plein sous l'aplomb des parois calcaires du cirque, et l'on y bénéficie d'un angle mort. Mais une bonne partie de la troupe se trompe et prend la piste nord un coupe-gorge.

Cependant tout va bien jusqu'à quelques centaines de mètres de la « source ». Là, de derrière chaque fourré, chaque pierre et ce n'est que fourrés et pierres, les Viets tirent sur tout ce qui avance.



La horde de la démence


Le combat est aussitôt atroce. Le B.E.P. progresse de quelques dizaines de mètres, mètre par mètre, en « nettoyant » ce qui se trouve derrière chaque arbre, chaque rocher. Le volume de feu est énorme. On se foudroie sans se voir vraiment, juste en se devinant, en profitant de la lueur des coups précédents. C'est un corps à corps d'aveugles, de presque aveugles. Ça tombe.

Le B.E.P., parti à 450 hommes, n'en a bientôt plus que 120 - les corps des légionnaires, tués ou blessés, jalonnent chaque mètre de la progression. Presque tous les officiers tombent. Le lieutenant Faulke tombe. Il y a un misérable village, avec quelques paillotes. On s'égorge aussi là-dedans.

Bientôt, le B.E.P., réduit presque à rien, n'arrive plus à aller de l'avant. Ses survi vants, tapis sur le sol, recroquevillés, essaient encore de se relever, de bondir, d'avancer. Mais on leur tire dans le dos Viets ou Marocains, on ne sait.

Car, derrière le B.E.P. qui se fait exterminer, se sont amalgamés les Marocains, plus que fous, la horde de la démence ; c'est une telle hystérie qu'il tirent sur les légionnaires devant eux ceux-ci se retournent pour riposter. Et tout cela au milieu des Viets, partout. On ne peut imaginer plus fantastique embouteillage l'embouteillage de la mort.

Et pourtant ce sont des Marocains qui permettent de faire la percée. Car il reste une bonne compagnie au 8e R.T.M. le capitaine Faugas la lance sur le piton qui commande le passage. Les goumiers vont à l'assaut en rangs serrés, au coude à coude, en chantant un chant sacré. Eux aussi tombent presque tous. Mais ils prennent la hauteur le trou est fait.

Hélas ! pour l'utiliser il n'y a plus personne, ou presque. D'une compagnie du B.E.P., il ne reste qu'un seul homme, de tout le B.E.P. quelques dizaines d'hommes, en particulier deux officiers, le commandant Secretain et le capitaine Jeanpierre. Ce qui s'enfuit en avant, ce n'est que la horde en folie, celle qui était derrière.

Ces déments arrivent à escalader, avec leurs pieds, avec leurs mains, presque avec leurs dents, une falaise de quarante à cinquante mètres et ils tombent sur la colonne Charton, pas pour la sauver, mais pour la détruire.


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Une colonne de prisionniers Français faits par les Viets
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MessageSujet: Re: LE "TROU" DE COC-XA   LE "TROU" DE COC-XA Icon_minitime2008-05-01, 13:27

merci , CA !!!!
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MessageSujet: Re: LE "TROU" DE COC-XA   LE "TROU" DE COC-XA Icon_minitime2008-05-03, 09:40

merci CA

pour cette page d'histoire méconnue!!!

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MessageSujet: Re: LE "TROU" DE COC-XA   LE "TROU" DE COC-XA Icon_minitime

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