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 Les évadés de France par l'Espagne

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MessageSujet: Les évadés de France par l'Espagne   Les évadés de France par  l'Espagne Icon_minitime2015-01-23, 18:52

Les Évadés de France par l'Espagne


« Ils choisirent la périlleuse aventure du passage des Pyrénées pour l'honneur de servir » Maréchal de Lattre de Tassigny.


Un bref résumé sur cette époque vécue de 1941 à 1945 dans la France d'abord coupée en deux parties, ensuite totalement occupée par les nazis.


Bien connus sont les passages de frontière clandestins organisés qui sont souvent évoqués dans l'histoire de la Résistance.
Des filières spécialisées couraient des risques considérables pour faire passer en Espagne, par exemple des aviateurs alliés dont l'appareil avait été abattu sur la France.
Profitèrent aussi de ces passages certains résistants de réseaux organisés, certains hommes politiques, que nous nommons aujourd'hui VIP (Very Important Person), etc .


La plupart de ces passages étaient si bien organisés que les personnes concernées étaient munies de papiers suffisants et/ou étaient prises en charge en Espagne de telle sorte que leur passage soit transparent aux yeux des autorités espagnoles et que ces personnes puissent rejoindre un territoire allié.
En France tout va changer après le débarquement des troupes américaines en Afrique du Nord le 8 novembre 1942.


Le troupes allemandes déferlent le 11 novembre dans la zone jusque-là dite libre qui devient alors aussi occupée que la zone du nord de la France.
La frontière des Pyrénées est le seul obstacle qu'elles ne peuvent pas franchir. Hitler a retenu une leçon; le général Franco, alors à la tête de l'Espagne, est intraitable.
Dès sa victoire de 1940 acquise sur la France, Adolf Hitler avait fait un voyage au pays Basque pour rencontrer le caudillo Franco à la frontière.
Il espérait bien obtenir son accord pour laisser des troupes nazies traverser l'Espagne afin de prendre Gibraltar à revers. Les führer était revenu bredouille et très fâché de cette escapade pyrénéenne car Franco avait refusé avec le sourire.


L'Espagne tenait à sa neutralité, même si celle-ci était surtout «  de façade », Franco connaissait bien Hitler et ne tenait pas à laisser «  le loup entrer dans la bergerie »; après la récente guerre civile, il n'aurait pas été en mesure de s'en débarrasser.


Très rapidement le 18 février 1943, une zone interdite d'une vingtaine de kilomètres parallèle à l ligne frontière va être dessinée et sera particulièrement surveillée par toutes sortes de polices nazies ainsi que par la gendarmerie française.
A propos de cette dernière arme, n'oublions pas qu'un certain nombre de ces fonctionnaires ont souvent fermé les yeux, voire plus quand ils le pouvaient, lorsque des jeunes gens, dont la présence et les intentions auraient pu être suspectées, se trouvaient dans leur proximité.
Au temps de la zone libre, la gendarmerie française et les douaniers surveillaient, comme partout ailleurs, la présence d'éventuels voyageurs. Certains agents allemands y étaient aussi « secrètement »présents comme dans toute la zone.
La difficulté de parvenir à la ligne frontière s'aggrave en février 1942 car «  zone interdite » signifie l'interdiction de s'y trouver sans autorisations spéciales délivrées par la police allemande.
Si le passage clandestin vers l'Espagne de quidams sans assistance s'était produit depuis 1940, les personnes qui avaient pu mener à bien cette opération avaient été rapidement capturées par les polices espagnoles.
L'enfermement en prison et en camp d'internement pouvait durer plusieurs mois ainsi que l'a conté Guy Garoche dans son intéressant et original ouvrage « Bille en tête 39-44  ».
Renvoyés en France et remis à la gendarmerie française, il recevaient une sévère semonce de la part d'un président de tribunal qui leur enjoignaient de rester tranquilles et de ne plus faire de bêtises après avoir purgé quelques semaines de prison française.
La mésaventure est arrivée à Pierre Dac, que nous connaissions bien d'avant la guerre, car il avait crée le journal comique « L'os à moelle » dont je me régalais avec mes camarades de ( Jean-Baptiste Say ).
Les Espagnols ne conservaient plus si longtemps les fuyards français et les renvoyaient assez rapidement vers la France. Au président du tribunal français,qui l'interrogeait sur les raisons de son départ de France, Pierre Dac aurait répondu très poliment qu'il y avait en France deux personnages importants, le maréchal Pétain et lui-même. Il avait préféré s'effacer afin de ne pas faire ombre au maréchal.
Lorsque que l'on connaît la personne, on réalise que l'anecdote est vraisemblable. Nous savons le rôle que, par la suite, Pierre Dac a tenu devant le micro à Londres pour le compte de la France libre. Il avait alors quitté la France dans de meilleures conditions que la première fois.


Sitôt que les troupes allemandes eurent occupé la totalité du territoire français, il devenait impossible aux Espagnols de refouler les clandestins qui avaient traversé la frontière des Pyrénées.
C'eut été les remettre aux allemands et placer l'Espagne en contradiction avec les conventions internationales et surtout la faire apparaître comme « non neutre ». Il restait qu'une solution, l'incarcération de tous les clandestins.
En France , les tentatives pour éloigner les hommes valides et les neutraliser comme la «  relève des prisonniers de guerre » avaient très mal fonctionné. Le procédé fut amélioré par le service obligatoire du travail tel qu'il fut nommé à son origine et se déclina par abréviation en SOT.
Il fut très rapidement renommé service du travail obligatoire qui se déclinait STO, moins ridicule que le précédent. C'est à partir du 16 février 1943 que cette mesure fut impérativement appliquée, concernant les classes de jeunes gens nés entre 1920 et 1922.
Ainsi, l'Allemand Sauckel avait réussi à surpasser les ruses de Pierre Laval qui tentait de garder la main. On allait envoyer de force en Allemagne ou au moins sous surveillance allemande des jeunes gens susceptibles de porter les armes contre les Allemands.
En même temps, cette main-d'œuvre d'esclaves pouvait remplacer en Allemagne les ouvriers qui avaient été mobilisés dans la Wehrmatcht pour partir sur le front de l'Est.
Les femmes comme les hommes étaient théoriquement touchées, elles aussi, par cette mesure du STO. Pratiquement, elles ne furent pas inquiétées. Mais pour demeurer en France et pouvoir se déplacer librement, il était impératif de posséder un certificat de travail en bonne forme, visé par le commissaire de police. Deux procédés brutaux furent employés pour réquisitionner les hommes.


Le premier touchait surtout les grosses entreprises où les gendarmes attendaient les sorties d'ateliers ou d'usine avec des camions dans lesquels on faisait monter les personnes, sans qu'elles puissent même passer à leur domicile.
Consignés dans les casernes ou d'autres locaux collectifs, les hommes étaient ensuite dirigés vers l'Allemagne pour y travailler dans les usines. Il est arrivé que, par une mansuétude exceptionnelle, des familles soient avisées par téléphone d'avoir à porter une valise avec quelques vêtements à l'endroit où était retenu le parent.


Le second procédé qui a touché de nombreux petits commerces ou artisanats était l'ordre de fermeture de l'entreprise avec réquisition du personnel et obligation de se présenter à une adresse de recensement pour le STO .Très peu d'hommes y sont allés de bon cœur et sont partis en Allemagne pour y travailler dans des conditions inégales selon les endroits de séjour. Certains y sont allés avec l'arrière-pensée de saboter le travail qu'ils auraient à faire pour nuire aux Allemands.


Rares sont ceux qui, comme Roger Bonsergent, technicien-radio requis en France chez Telefunken à Suresnes, ont pu fournir en outre de précieux renseignements à la Résistance. La très grande majorité des jeunes travailleurs et étudiants touchés par cette mesure chercha à disparaître de la circulation.
On a dit que 250 000 d'entre eux avaient rejoint les maquis de la Résistance intérieur. Il est permis de discuter du nombre et surtout de l'efficacité de cette disposition.
Ceux qui ont cherché à quitter la France dans le but de rallier quelque armée régulière luttant contre l'Allemagne choisissaient l'efficacité. En France, ils ne pouvaient plus continuer d'agir clandestinement par des gestes de résistance individuelle, que certains pratiquaient en profitant de leur liberté de circulation.


Ainsi sans qu'il eu concertation ou éventuelle incitation, au moins 50 000 jeunes hommes ainsi que des jeunes femmes, ont sans doute repensé à certaines paroles de l'appel du général De Gaulle par lesquelles il demandait qu'on le rejoigne.


Et voici que parce que l'Afrique du Nord se trouvait aux mains de nos alliés avec un embryon d'administration française libre, on pouvait espérer y parvenir et s'engager pour lutter contre l'ennemi. Une voie d'évasion semblait s'offrir : la frontière espagnole, ensuite l'Afrique du Nord et Londres.


Il ne faut pas être étonné par cette idée simpliste. Nous étions en majorité, très jeunes, peu politisés en général, patriotes, ignorants des « vague » qui agitaient les courants de la Résistance intérieur et de la France libre. L'information était imparfaite. Les journaux ou la radio ne disait que ce que les occupants voulaient faire savoir.
Des bribes d'informations parvenaient pendant les courtes émissions de Londres. Des bruits de couloir sans preuves couraient, quelques tracts aussi, mais que croire ?.Les seules informations trop réelles étaient celles des affiches annonçant les exécutions ou imposant des obligations dont l'omission était condamnable.


Pour nos jeunes têtes; la chose était simple, nous allions rejoindre De Gaulle, nous serions soldats qui aideraient à chasser les nazis.
Chez une grande partie des candidats à l'évasion de France, citadins ou campagnards, le passage des Pyrénées n'était pas considéré à sa juste valeur de difficulté.
Avant la guerre, les séjours à la montagne étaient exceptionnels, sauf pour quelques familles fortunés. Et même pour ces favorisés, leur séjour ne les conduisait pas en pleine montagne mais seulement dans des stations aménagées.


La traversée clandestine ne suivait pas des chemins balisés et nul ne pouvait en imaginer la difficulté. Il en était autrement pour les originaires de la région, habitués à traverser la montagne par des sentiers de chèvre pour y conduire les troupeaux, y chercher des champignons, voire y pratiquer la contrebande.
Les originaires de toutes les autres régions de France allaient aborder une succession de difficultés qu'ils n'imaginaient pas.


La ligne de démarcation qui séparait la zone libre de la zone occupée n'avait pas disparu par le fait de l'occupation totale du territoire par les Allemands. Les postes de passage surveillés étaient demeurés et des patrouilles existaient toujours entre ces postes.
Si l'on prenait le train du Nord au Sud en ayant à traverser cette ligne virtuelle, il fallait subir un contrôle en cours de route. Une solution, pratiquée par certains, fut de sauter du train en marche avant la station de contrôle et ensuite de traverser la ligne sans se faire prendre.


Arrivé dans la zone sud, le voyageur devenait repérable par son aspect, par son accent, sa façon de parler. Il n'avait généralement plus de tickets d'alimentation, indispensable pour se procurer des victuailles ou simplement du pain. Il devait se rapprocher le plus vite possible des Pyrénées en échappant aux contrôle d'identité, toujours à craindre au cours d'un déplacement. Allait-t-il partir seul dans ma montagne ?
Même accompagné d'un ou deux camarades c'était folie, mais certains le firent. Comment trouver un passeur, un guide ? Par chance, il y eut un grand nombre de bons citoyens bien intentionnés qui eurent tôt fait de repérer les jeunes en attente de passage et les mirent en relation avec un montagnard compétent. Ce faisant, ces personnes couraient un très grand risque.
D'autres fois, le passage a pu être préparé pour des amis ou des parents par des pyrénéens demeurant sur place et qui purent organiser une mise en relation préalable à l'arrivée du voyageur clandestin.


Il y eut des passeurs bénévoles, d'autres qui se firent payer cher, certains trahirent au pourcentage avec les Allemands. Il advint, mais ce fut très rare, qu'un guide abandonnât des voyageurs en pleine montagne après avoir été payé. On trouvera des références dans le très complet et intéressant travail d'Émilienne Eychenne.


La décision a été prise de manière individuelle ; nous insistons sur cette caractéristique propre aux 2vadés de France. Des jeunes de tous milieux, d'éducation et d'instruction très diverses, de toutes origines, avec ou sans formation philosophique ou religieuse, se sont retrouvés pour passer par l'Espagne avec la même idée de combat en tête.
Quelques-uns qui ne se sentaient plus en sécurité en France pour des raisons personnelles et qui espéraient seulement aboutir chez des parents en Espagne ou chez des amis en Afrique, se sont mêlés à la très forte majorité des volontaires pour l'engagement.
La plus grande partie des Évadés de France a traversé la montagne dans le courant du premier trimestre de l'année 1943, c'est-à-dire en fin d'hiver et en début de printemps période froide.


La montagne durcit les conditions de marche. La neige est épaisse. Les cailloux des sentiers qu'empruntent contrebandiers ou mulets sont gelés. Avec de bons guides, le transit pouvait s'accomplir en deux à trois jours ou plutôt nuits car ne marchait de jour que si l'on était à couvert, ce qui était peu fréquent en haute montagne.


Suivant les trajets, nous avons pu gravir des cols jusqu'à 2 000 ou 2 500 m d'altitude, parfois plus. Afin de n'être pas trop remarqué en France, il était raisonnable d'être en vêtement de ville, chaussé comme pour circuler normalement sur les routes ou dans les rues.
Cet accoutrement citadin était, à l'évidence, très insuffisant pour traverser la montagne et pourtant nous l'avons fait. Bien des Évadés ont eu les pieds en sang parce que leurs chaussures de ville n'avaient pas résisté aux pierres de la montagne.
Certains ont vécu un vrai calvaire pour des raison de résistance physique dans les montées avec le froid intense. Il n'était pas question de s'attarder et le guide était obligé de conduire son monde sans perdre de temps car il connaissait les heures de passage de certaines patrouilles de soldats allemands ou autrichiens pratiquant bien la montagne. Ce guide devait repartir vers la France après conduit les candidats à l'évasion à proximité de la frontière.


Certains convois ont été pris à partie par des patrouilles qui ouvraient le feu, même à distance d'un côté à l'autre d'une vallée. Il y eut des morts. Une belle phrase extraite d'un récit d'Yves Hayot le confirme : «  Michel est bien, couché sur la neige, avec du sang près des cheveux. Michel qui est resté dans la montagne et qui se croyait libre pour avoir vu de loin le lac et la cabane du premier homme qui parle une autre langue. Michel qui croyait à l'Espagne, et à la mer, et à cette France de l'autre côté de la mer ... »


D'autres Évadés de France évoquent dans leurs récits des épisodes tragiques, des passages douloureux. Non, le passage des Pyrénées ne se résumait pas à gravir une côte et à descendre une pente de l'autre côté pour se trouver en Espagne en ayant évité les patrouilles de surveillance. Un cas particulier se fit remarquer.
Deux garçons bons navigateurs, Michel Brousse et Georges Schlumberger, ont passé la frontière en kayak par la mer... et se sont retrouvés en prison à Barcelone. Ils avaient été dénoncés par un paysan espagnol après avoir eu leur lot de difficultés et de souffrance en mer, y compris d'essuyer le tir d'un carabinier qui, heureusement les avaient manqués.


Les premiers obstacles vaincus, la frontière traversée, c'était enfin la liberté ! Que nenni ! D'autres avanies allaient assaillir ceux qui étaient encore heureux de leur réussite et qui allaient bientôt recevoir un terrible coup au moral.


Le chemin de chacun fut particulier, aussi nous resterons à ce qui put être le « lot commun » des Évadés de France.
Selon les points d'arrivée, le jour ou l'heure de la capture des Évadés à la pointe du fusil, par des carabiniers, il pouvait y avoir une distance plus ou moins grande à parcourir sans repos, jusqu'au lieu d'internement.


Bien que les Évadés soient attachés sans violence deux par deux, parfois même avec de la ficelle, ils pensaient que c'était une précaution réglementaire pour préserver les carabiniers d'une escapade( ou parfois l'autre police, les gardes civils aux chapeaux originaux).
Généralement, la troupe d'Évadés (de deux à cent personnes selon les passages) aboutissait dans un village et, détachés sous surveillance, les gens recevaient une soupe ou une omelette bienvenues dans une ambiance souvent d'apparence sympathique.


Ceux des Français qui tentaient de parler aux civils ou aux militaires ne recevaient aucune information qui put être confirmée par la suite. Parfois on rencontrait des Français qui avaient pu rentrer à deux ou trois reprise en Espagne sans être pris mais, ayant eu besoin de se ravitailler chez des paysans paraissant aimables, s'étaient trouvés aux mains des gardes civils à quelque distance. Ils avaient été dénoncés, devoir obligatoire sous Franco.


La nuit venue, tous trouvaient abri dans la paille de granges réquisitionnées à cet effet. Passons sans commentaire sur les questions d'hygiène, on en verra bien d'autres !
La matinée suivante, après transport en camions, passage dans un commissariat de police où chacun était interrogé avec toutes les difficultés de la barrière de la langue. Personne n'avait de carte d'identité, ces dernières ayant été détruites par sécurité avant de franchir la frontière. Nous étions des « réfugiés sans papiers », ce qui nous permit plus tard de recevoir une carte, bien après avoir été incarcérés.


A l'évidence, selon les policiers, nous étions communistes puisque nous fuyons l'Etat français du Maréchal. Inutile de nier, on ne nous croyait pas même si nous déclarions notre intention de «  rejoindre De Gaulle « , ce qui ne pouvait qu'aggraver notre cas ; mais nous, sincères, naïfs, qui ne connaissions pas la pensée unique imposée dans ce pays, en étions inconscients.
Certains ont été questionnés sur ce qu'ils avaient pu remarquer du côté français : troupes, armes, chars d'assaut, canons, etc ...Simple précaution, sans doute , juste pour savoir …


Et quelque renseignement que l'on eut donné, tout le monde était ensuite conduit en camion vers une prison, parfois « modèle » comme à Pampelune, et incarcéré sans ménagement. Fouille, confiscation des objets personnels, etc., le régime « taulard » dans toute son application, y compris les insultes, horions et bousculades à grands coups de gueule.
Le lendemain, la cour de la prison servait de salon de coiffure. Opération rondement menée par des droits communs rigolards, qui nous mettaient la « boule à zéro », cheveux, moustaches, et barbes avec des tondeuses à mains usagées et qui arrachaient le poil. En témoignaient quelques vives réclamations des prisonniers qui recevaient un coup en réponse.


Dans des cellules qui avaient été conçues pour un prisonnier, on se retrouvait jusqu'à quatorze. Le problème du couchage était résolu à l'exemple des sardines en boîte, tête-bêche ; les couvertures pouilleuses données en quantité insuffisante étaient réparties dessous et dessus les hommes pour isoler du ciment et du froid de la nuit. Les retournements des corps devaient être synchrones ; ce n'était pas toujours réussi. Les besoins naturels étaient à traiter au mieux dans un trou réservé au sol dans un angle, dont un camarade ou deux étaient proches.


Le sommeil ne pouvait pas être calme car nous étions infestés de puces et de punaises. Les poux de corps étaient aussi de la partie, mais plus saisissable que les punaises qui se cachaient le jour et que les puces qui étaient petites et lestes. Nous pouvions compter nos tableaux de chasse dans la journée. L(hygiène était précaire, l'Espagne manque d'eau. Douche froide une fois par semaine où on se lavait avec la chemise et le slip afin qu'ils profitent aussi de l'ersatz de savon que l'on aurait de pierre, acheté cher à l'économat.


La nourriture : chaque jour un morceau de pain d'environ 100 grammes avec une louche de jus noir non identifié dans la gamelle de métal bosselée par des années de services.
Au déjeuner ( le mot est important en rapport de la réalité), une louche d'eau chaude claire avec une tache d'huile, servant de support à quelques tronçons de chou ou de patate, parfois de grains de riz qui n'avaient aucun conflit entre eux pour trouver leur place. Il arrivait même qu'il y eut de la viande...des charançons.


Au souper( encore un mot excessif), c'était le même régime. Nous n'étions pas surchargés. En revanche, nous ne faisions rien mais se n'est pas une raison pour ne pas nous inquiéter de l'avenir.
Et nous repartions pour une nouvelle nuit au repos pointillé par la vermine et aussi les hurlements des gardiens qui se répondaient successivement d'un poste de veille à l'autre. «  Alerta una ! » puis « dos », puis « tres » etc. Quand cela finirait-il ? Les gardes nous donnaient toujours la même réponse : « maniana ».
Ce « maniana » ne signifie pas demain, comme nous le croyons au début du séjour, mais un jour après aujourd'hui, sans préciser lequel. Nous avons saisi la nuance après six à douze mois de captivité.


De temps en temps, des noms étaient appelés, faisant fleurir des sourires chez ceux-là, des grimaces chez les autres. Voilà les veinards qui partent. Eh, non ! Les uns et les autres se sont retrouvés dans l'ignoble camp de Miranda de Ebro, qui n'avait rien à envier aux prisons, modèles ou non.
Seul différence, les prisonniers avaient plus de plein air. Ce camp avait été construit sur des plans allemands pour y « accueillir » des prisonniers républicains espagnols à la fin de la guerre civile. L'histoire en a été bien racontée de façon exhaustive par Jose Fernandez-Lopez.




                                    A     SUIVRE .......
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MessageSujet: Re: Les évadés de France par l'Espagne   Les évadés de France par  l'Espagne Icon_minitime2015-01-25, 10:13

La discipline était ferme et la nourriture un peu supérieure à celle des prisons. L'hygiène y était préservée. Mais bien peu d'Évadés de France en profitèrent.


On comprend que de pareilles conditions de vie aient entraîné des dommages physiologiques importants. Il y eut la gale, les infections dues aux parasites, une méningo-encéphalite terminée par le décès à la prison de Totana.
Tous les internés ont contracté la dysenterie avec les problèmes en résultant, dans les conditions de manque d'eau et de manque de toilettes adaptées.


Peu à peu, des groupes de prisonniers étaient appelés et dirigés en liberté vers des ports d'embarquement. Ce fut d'abord Setubal au Portugal puis peu après, Malaga au sud de l'Espagne.
Entre temps, il y eut passage par Madrid où était le bureau de la délégation de la Croix-Rouge en Espagne, organisé par Mgr Boyer-Mas. Nous apprîmes plus tard la raison de cette libération si tardive. Il fallut l'obstination de Mgr Boyer-Mas pour parvenir à savoir où étaient les prisonniers français.


L'administration pénitentiaire espagnole ne coopérait pas, d'autant que certains Français s'étaient déclarés Canadiens, pour être pris en charge par les consuls britanniques restés de marbre devant l'excès de natifs des Trois-Rivières !.


A cause de l'embargo appliqué par les Alliés, l'Espagne ne pouvait plus recevoir du Maroc. Le blé et l'engrais faisaient défaut. La main d'œuvre paysanne avait été décimée par la guerre civile, beaucoup d'hommes étaient emprisonnés, en attente souvent de leur exécution, ou bien ils étaient employés dans la nombreuse troupe de militaire, carabiniers ou gardes civils.


L'Espagne était exsangue et au bord de la famine. Le Comité Français de la Libération Nationale (CFLN) d'Alger fortement appuyé de l'autorité des Alliés a fini par obtenir de Franco qu'il libère des hommes en échange des précieuses marchandises. Ainsi, deux bateaux firent la navette entre Casablanca et la péninsule ibérique : les navires «  Gouverneur général Lépine et Sidi-Brahim » portant marchandises du sud au nord et hommes du nord au sud.


Le moral des Français a connu des hauts et des bas mais, la volonté d'agir positivement était assez forte et les liens de camaraderies constitués en prison ont tant fait que nous avons tenu.
D'autre part, voyant le courage des prisonniers politiques espagnols qui ne savaient jamais si demain ils vivraient encore, comment désespérer, nous qui n'étions pas condamnés à mort ,.


Enfin, nous sommes à Casablanca, source d'autres aventures qui n'ont pas leur place ici. Aventures susceptibles de casser le moral, heureusement sans y être parvenues.
On nous a considérés comme « giraudistes » voire « pétainistes » puisque nous étions arrivés pour prendre les armes en Afrique du Nord et non à Londres. A qui la faute ? Sans le général Giraud et les Alliés, nous serions restés enfermés.


On nous a refusé le titre de « Français libres » car nous n'étions pas sous les armes avant le 31 juillet 1943... Hélas, à cette date nous étions captifs pour avoir cherché à combattre. Il faut savoir que plus de vingt-mille Français sont venus volontairement, prenant d'énormes risques pour entrer dans les armées régulières.


Et tandis que nous avions la « chance » d'aboutir en prison en Espagne, peut-être deux fois autant de jeunes furent pris par les Allemands avant de rejoindre les Pyrénées. Il n'en revint que quelques-uns à la fin de la guerre. Presque tous ont péri dans les camps nazis.


Sur 23 000 hommes et femmes qui parvinrent à s'évader par l'Esapgne, 19 000 volontaires prirent les armes ; 9 000 Évadés de France perdirent la vie en combattant. Un grand nombre ont servi à l'encadrement des nouvelles unités qui ont participé au débarquement de Provence, que l'on passe sous silence le 15 août. Pour quelle raison ?
Ils combattirent avec la 1er armée Française (général Delattre de Tassigny), dont ils constituèrent une partie des effectifs, avec la 1er Division Française Libre (général Brosset ), la 2e Division Blindée( général Leclerc) et le Corps Expéditionnaire Français en Italie (CEFI sous les ordres du général Juin).


Ces 19 000 hommes représente une minorité dans l'énorme armada du débarquement de Provence. Mais mérite de ne pas être oubliée.


J-C.B. Montagné
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