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 Comprendre la défaite : « Les forêts des Ardennes sont impénétrables… »

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Commandoair40
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MessageSujet: Comprendre la défaite : « Les forêts des Ardennes sont impénétrables… »   Comprendre la défaite : « Les forêts des Ardennes sont impénétrables… » Icon_minitimeLun 23 Nov - 22:53

"Comprendre la défaite de 1940"

« Les forêts des Ardennes sont impénétrables… »


Comprendre la défaite : « Les forêts des Ardennes sont impénétrables… » 14

«  Le couloir du Luxembourg, non défendu, sans destructions, menaçant à courte portée la gauche de nos régions fortifiées et nos rocades, c'est là la direction initialement dangereuse, en face d'une attaque brusquée dans laquelle l'Allemagne mettra certainement en jeu des moyens mécaniques et motorisés supérieurs à ceux donnés au parti bleu pour l'exercice ».

Général Weygand, 1933.

Comprendre la défaite : « Les forêts des Ardennes sont impénétrables… » Images?q=tbn:ANd9GcTOvgoK-dV8VXFcsM4y6ve3HSz3iVmxb-Ht5Q&usqp=CAU
Général Weygand

Une défaite militaire comme celle subie par la France en mai-juin 1940 est d’autant plus difficile à analyser qu’elle est à la fois le prélude et le point culminant d’un effondrement national unique dans ses Annales.

Elle a, dès 1940, donné lieu à une littérature abondante, souvent médiocre et régulièrement rédigée à l’aune de l’autojustification ou du parti pris idéologique.

Il a fallu attendre, ce qui est normal, plusieurs dizaines d’années pour que les historiens, travaillant à partir de cette littérature initiale, des témoignages des acteurs et surtout des archives, entreprennent de parcourir scientifiquement ce champ de la recherche.

Parmi ceux qui se sont efforcés d’en dénouer les fils et d’en comprendre les mécanismes, nous retenons principalement, dans une perspective militaire, les travaux de Robert Doughty, de Ladislas Mysyrowicz, de Jean Vanwelkenhuyzen et de Karl-Heinz Frieser auxquels nous ajoutons, plus récemment du côté français, ceux de Max Schiavon consacrés au général Georges.

Pourtant, et en dépit d’une recherche récente et de qualité, nombre de questions demeurent dans l’ombre lorsque l’historien s’interroge sur les circonstances de la défaite militaire.

Parmi ces questions, celle du caractère impénétrable, infranchissable, des Ardennes est peu étudiée car considérée depuis « toujours » comme définitivement réglée.

Un anachronisme simple a permis d’affirmer, avant même la fin de la Seconde Guerre mondiale, que les Ardennes étaient facilement franchissables car… les Allemands les avaient franchies.

Cet anachronisme, rapi­dement transformé en « vérité historique », a été renforcé par l’idéologie.

Ce qui a contribué à accentuer le phénomène en brouillant davantage encore les pistes.

Son auteur en est, à son corps défendant, le maréchal Pétain en personne lorsque, éphémère ministre de la Guerre du gouvernement Doumergue en 1934, il déclara devant la commission de l’armée du Sénat, le 7 mars :

   « Les forêts des Ardennes sont impénétrables si on y fait des aménagements spéciaux. Par conséquent nous considérons cela comme une zone de destruction. Ce front n’a pas de profondeur, l’ennemi ne pourra pas s’y engager. S’il s’y engage, on le repincera à la sortie des forêts. Donc ce secteur n’est pas dangereux ».

Cette citation, sortie de son contexte est, comme le rappelle Alfred Conquet dans son livre Auprès du maréchal Pétain utilisée non pas pour s’interroger sur la possibilité ou l’impossibilité pour l’armée allemande de franchir les Ardennes mais pour permettre respectivement à Gamelin et à Daladier, parmi d’autres, de se défendre en reportant sur Pétain la fameuse question de la « responsabilité » de l’impréparation militaire de la France et de son absence de réflexions stratégiques adaptées.

Gamelin y fait référence et l’utilise pour se justifier dans ses Mémoires et Daladier y fait explicitement allusion lors du procès de Riom puis, à plusieurs reprises, après la fin de la guerre.  

Le report de la « faute originelle » sur Pétain dès Riom puis dans l’après-guerre est pratique.

Elle suffit à clore le dossier en interdisant de l’ouvrir.

Mais il est contestable car il ne propose aucune réponse à la question initiale et mensongère par la décontextualisation à laquelle il procède sciemment.

Retour à la case départ

Si le franchissement des Ardennes s’impose à tous comme une évidence indiscutable, la question demeure de savoir si les militaires français se sont posé la question pendant l’entre-deux-guerres, en quels termes ils se la sont posée, quelles réponses ils lui ont apportées et quelles conséquences ils en ont tirées.

L’exploitation des archives militaires françaises permet de mettre en évidence plusieurs moments – il y en a peut-être d’autres – au cours desquelles « la question » a été posée, et des réponses, parfois surprenantes apportées.

En tout état de cause la question d’une attaque allemande à travers les Ardennes ne peut pas être dissociée des relations diplomatiques franco-belges et de leurs conséquences sur la construction des Régions fortifiées le long des frontières avec l’Allemagne, le Luxembourg et pas… la Belgique.

L’arrière-plan diplomatique et politique gardé en mémoire, la question d’une attaque allemande à travers les Ardennes peut être redéfinie d’un point de vue stratégique comme une réflexion sur l’attitude à adopter par le haut commandement français quant à la défense de la zone charnière située entre la limite occidentale des Régions fortifiées et la limite orientale des armées qui, en cas de guerre, seraient appelées à manœuvrer en direction du territoire belge afin de réduire la longueur du front face à l’Allemagne tout en associant étroitement l’action militaire de la France à celles, éventuelles, de la Belgique voire des Pays-Bas.

1932, un exercice d’état-major en prélude

À notre connaissance, la question des Ardennes est explicitement posée pour la première fois lorsque le général Weygand devient, en 1931, vice-président du Conseil supérieur de la Guerre c’est-à-dire, sous la IIIe République, « commandant en chef désigné » pour le temps de guerre.

À ce moment, l’armée allemande, limitée à 100.000 hommes par le traité de Versailles, ne peut représenter une menace pour la France.

Pourtant le général Weygand doute de la capacité de résistance dans la durée – au-delà de quelques jours – de la « couverture » française face aux Ardennes, à la limite occidentale de la Ligne Maginot.

Il demande en conséquence à un des membres du conseil supérieur de la Guerre, le général Walch:

« d’étudier la bataille défensive sur une partie de la position de couverture qui incombe au Détachement d’armées des Ardennes (D.A.A), particulièrement dans le cas où celle-ci aurait été enfoncée par une attaque brusquée dans la région à l'est de Longuyon ».

Lisant les conclusions de l’étude réalisée, Weygand estime qu’une attaque brusquée allemande à travers les Ardennes est en mesure de surprendre la « couverture » française et de la battre.

Mais il pense également que la balance des forces entre les deux armées, française et allemande, est telle, en 1932, que la position de résistance française installée en territoire nationale serait suffisamment bien organisée et suffisamment puissante pour arrêter l’offensive allemande et tenir une quinzaine de jours, délai nécessaire à l’arrivée des renforts et au déclenchement d’une contre-offensive victorieuse.

Ainsi, dès 1932 la question est posée, l’inquiétude existe mais le rapport des forces joue en faveur des Français.

Les termes du débat se modifient l’année suivante avec l’arrivée au pouvoir d’Hitler et la militarisation à marche forcée du Reich.

C’est probablement à la rencontre des résultats de l’étude du général Walch et de l’évolution politique de l’Allemagne qu’il faut rechercher les raisons qui poussent le général Weygand a reprendre, à l’été de 1933, l’étude d’une offensive allemande dans les Ardennes avec l’exercice du conseil supérieur de la Guerre intitulé Exercice « Hiver 1933/34 »

L’exercice « Hiver 1933/34 »

Six mois après l’arrivée au pouvoir d’Hitler, le général Weygand fait reprendre l’étude de la question des Ardennes en lui donnant une importance beaucoup plus grande que l’année précédente.

Il demande à son état-major d’étudier, dans le cadre général d’une guerre opposant la France à l’Allemagne et à l’Italie, les résultats d'une offensive brusquée allemande.

Weygand pose en principe que, grâce à l’effet de surprise du à l’attaque brusquée, l’armée allemande peut aisément traverser les Ardennes, balayer la « couverture française », déborder le système fortifié français « sans avoir à le rompre » puis se ruer vers Paris :

« une fois la Meuse franchie, l'offensive se développerait dans un pays ouvert, se prêtant aux manoeuvres rapides, avec un minimum de coupures transversales pouvant favoriser notre rétablissement. C'est la route directe vers Paris ».

L’état-major de Weygand se met au travail.

Dans la première phase de sa réflexion, il doit se mettre dans « la peau de l’autre ».

Il doit, en d’autres termes, organiser l’exercice en se plaçant du point de vue d’un état-major allemand en train de planifier l’invasion de la France à travers les Ardennes.

Comment procède-t-il ?

Il commence par concentrer les unités d'attaque – environ 140.000 hommes et 10.000 véhicules – sur la rive droite du Rhin, hors de la zone démilitarisée afin de concilier réalisme politique et conservation du secret.

La concentration terminée, la mise en mouvement de la masse d'attaque est ordonnée au dernier moment.

L'espace ardennais est franchi de nuit, en un seul bond, par les colonnes motorisées.

À l’aube du jour J., les têtes de colonnes des grandes unités d’assaut abordent la frontière, bousculent sans mal le cordon de douaniers et de gendarmes puis attaquent la « couverture française » avant que les destructions envisagées aient pu être effectuées.

En 48 heures la Meuse est atteinte, la voie de Paris ouverte, la défaite française consommée.


Face à cette menace, les Français réfléchissent une riposte adaptée.

L’état-major de Weygand estime pouvoir encore disposer de 15 jours, comme c’était le cas l’année précédente lors de « l’exercice Walch », pour réorganiser son dispositif général, faire monter en ligne les unités issues de la mobilisation et stopper l’effort allemand sur la Meuse et la Semoy, ou, dans le pire des cas, sur la ligne Tergnier, Laon, Reims, Sainte-Menehould, Verdun, en ayant réuni, face à elle, 34 divisions organisées en trois armées.

Le délai d’une quinzaine de jours, nécessaire à la mise en place d’une défense solide, semble incompréhensible.

Comment dans ce cas le concilier avec les premiers résultats du travail d’état-major qui permettent aux Allemands d’atteindre la Meuse en 48 heures ?

La réponse apportée est paradoxale.

Il faut tenir avec les moyens immédiatement disponibles et compter sur les délais supplémentaires qui pourraient être obtenus grâce à la résistance de l’armée belge.

Dans le cas contraire c’est bien, pour les armées françaises, en moins d’une semaine, la défaite ou comme le note avec diplomatie et optimisme un des officiers de l’état-major de Weygand « une résistance… gravement compromise ».

L’exercice hiver 1933/34 dans les Ardennes « Et si les Belges ne résistent pas… »

Citons l’état-major du général Weygand :

« Les conditions seraient entièrement différentes si la Belgique travaillée diplomatiquement, minée peut-être par la propagande, convenablement orientée de certains partis, cédait après un semblant de résistance.

La ligne de couverture emportée, après un simulacre d'attaque, à J+1, les Allemands trouveraient eux le champ libre.

La manœuvre automobile pourrait dès lors se développer, les amenant à J+2 sur le premier objectif, à J+3 sur la coupure Chiers - Meuse.

La bataille s'engagerait dès lors à J+4 entre 11 DI allemandes complètes et les échelons "A" de nos forces, réduites du nord au sud à la 3e DC, la brigade de spahis, la 1ère brigade sénégalaise et le corps de cavalerie.

Dans un délai de 48 heures les forces françaises seraient bien rejointes par leurs échelons “b” et en outre par 3 nouvelles DI, mais, d'autre part, la masse d'attaque recevrait de son côté 9 DI nouvelles.

Notre résistance serait alors, il ne faut pas se le dissimuler, gravement compromise ».


À la lecture de ce passage, le général Weygand écrit :

« Possible, mais pour l'exercice, prévoir Belges avec nous, arrêt de l'attaque initiale allemande sur leur 2e ou 3e objectif, puis contre-attaque française ».

À l’issue de cet exercice les états-majors essayent de résoudre l’équation qui sépare les deux délais de traversée des Ardennes et de défaite de la première ligne de résistance française, soit 48 heures, de ceux nécessaires à l’arrivée de renforts suffisants, soit 15 jours.

Ils estiment qu’il faut nécessairement renforcer la charnière de Sedan dans l’espace qui sépare la ligne Maginot des grandes unités destinées à entrer en Belgique en cas de guerre.

Le raisonnement est juste, mais il ne donne lieu à aucune réalisation significative.

En janvier 1935 le général Weygand part à la retraite et son rival, le général Gamelin lui succède.

Dans le secteur de Sedan tout redevient calme.

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Général Gamelin

La question ressurgit en mars 1937 avec le colonel Bourguignon qui commande les chars de la 2e armée dans le secteur de Sedan, puis en 1938 avec le général Prételat, membre du conseil supérieur de la Guerre et commandant désigné de la 2e armée en cas de guerre.

De Bourguignon à Prételat, 1937-1938

Ces deux officiers appartiennent à la 2e armée qui fait face aux Ardennes.

Le premier, colonel commandant les chars de l’armée, en est un des chefs importants.

Placé directement sous les ordres du général commandant l’armée, il est à la tête de sa réserve blindée.

La convergence de ses vues avec celles du général Prételat, valable aussi longtemps que ce dernier commande la 2e armée disparaît lorsque le général Huntziger en prend le commandement en 1939.

Quant est-il ?

En mars 1937 le colonel Bourguignon effectue, travail d’état-major normal, une reconnaissance dans les Ardennes.

Il y étudie les possibilités offertes et les limites imposées par les Ardennes aux déplacements de grandes unités blindées et motorisées, ainsi que les moyens dont disposent les défenseurs pour s’opposer à une attaque brusquée, pour la freiner, voire l’arrêter.

Son mémoire commence par un rappel, dont il estime probablement que la lecture sera utile à ses supérieurs, sur les capacités des chars et des unités blindés existants.

Ses premières remarques sont prémonitoires.

Elles renvoient aux résultats auxquels parvient, quelques décennies plus tard l’historien allemand Karl-Heinz Frieser après avoir étudié les sources allemandes lorsqu’il écrit que traverser les Ardennes avec des masses blindées est une :

« entreprise hasardeuse, pleine d’aléas nombreux et graves, car le comman­dement des chars est difficile à exercer, la manœuvre délicate à monter et à exécuter, le matériel est encombrant et soumis à d’impérieuses servitudes qui limitent son emploi et son rendement ».

La suite de sa démarche intellectuelle est tout aussi intéressante car marquée du sceau de l’honnêteté.

Constatant qu’il est insuffisamment informé sur l’organisation, les moyens matériels et la doctrine d’emploi allemande des blindées il décide de poursuivre son étude en procédant à un examen qui demeure « indispensable » et auquel il procède « sans exagération et avec bon sens ».

Quelles sont ses conclusions ?

Selon lui, de grandes unités blindées sont en mesure, dans les Ardennes, d’exécuter, avec surprise, rapidité et brutalité, « des raids de grande envergure [à travers] des zones larges et profondes de 100 à 120 kilomètres.

Il estime même que les militaires allemands « peuvent faire mieux ».

Puis il conclut, centrant il est vrai son propos sur le secteur fortifié de Montmédy :

«  Dans [des] conditions optimales, une nuit pourrait suffire à l’exécution de ce mouvement. D'excellentes routes d’État, et autres, qui ont, sauf pour la largeur, valeur d’autostrades, existent au Luxembourg et en Belgique. Elles aboutissent à la frontière en direction de Montmédy, Carignan, Sedan. À noter spécialement, dans la région de la Semoy deux rocades magnifiques. En somme, bonnes et nombreuses voies d’accès : terrains d’approche partout favorables, terrains d’attaque favorables ou possibles sur tout le front ».

L’année suivante, et sans qu’il ait été jusqu’à présent possible d’établir s’il y a continuité de la réflexion ou non entre Bourguignon et Prételat, bien que cela soit possible et logique, ce dernier élargit la réflexion de Bourguignon en faisant exécuter un exercice d’armée sur la percée des Ardennes.

Lorsque le général Prételat planifie le « Plan jaune allemand »

Comprendre la défaite : « Les forêts des Ardennes sont impénétrables… » 772216
Général Prételat

En 1938, le général Prételat décide d’organiser avec tout son état-major un exercice « de cadres » qui apparaît comme une réflexion actualisée des travaux précédents, de Weygand à Bourguignon.

Prételat veut savoir si et dans quelles conditions « sa » 2e Armée, peut arrêter une attaque brusquée allemande puis tenir sur sa position principale de résistance jusqu’à l’arrivée des grandes unités françaises issues de la mobilisation.

Tout l’intérêt de l’exercice qu’il conçoit et « joue » avec son état-major réside dans le parallélisme presque total qui existe entre la manœuvre qu’il imagine, effectifs et moyens matériels engagés, chronologie, déroulement et rythme des opérations, espace géographique couvert…, et la manœuvre allemande telle qu’elle se déroule en mai 1940.

Lorsque Prételat commence à réfléchir un plan d’opérations en sa qualité temporaire de « général allemand » sur le point de déclencher une offensive contre la France, il décide de concentrer ses efforts là où les Français sont les plus faibles.

Il décide d’attaquer à travers les Ardennes afin de pénétrer en France à la limite de la Ligne Maginot, en incluant néanmoins dans son effort principal le secteur fortifié de Montmédy.

Il fixe la date du début de l’offensive au 30 mai 1938.

Le volume de forces dont il s’attribue le commandement est proche des évaluations de l’état-major de Weygand de 1933 puisqu’il estime nécessaire de disposer de 9 000 camions pour en assurer le transport à travers les Ardennes.

La traversée des Ardennes est effectuée sur cinq itinéraires en 60 heures sans « incident notable ».

La résistance belge est négligée et les quelques destructions opérées par les Chasseurs ardennais ne gênent pas la progression des unités « allemandes » du général Prételat.

Le rôle des aviations françaises et allemandes est bien analysé avec la mise en évidence d’une supériorité aérienne allemande totale fondée il est vrai sur les analyses du 2e bureau et sur l’auto-intoxication de l’état-major de l’armée de l’Air.

L’engagement contre la position principale de résistance française débute le 1er juin après-midi sur « un front de 15 kilomètres, avec quatre divisions en premier échelon disposant chacune de deux artilleries divisionnaires », auxquelles il faut ajouter deux bataillons de chars qui sont « engagés immédiatement après un parcours de 120 kilomètres »,ce qui signifie que la traversée des Ardennes n’a été pour eux qu’une formalité.

En quelques heures, la position principale de résistance française tombe.

Une nouvelle fois la rapidité de l’offensive allemande, organisée en trois phases, concentration en territoire allemand, traversée des Ardennes, attaque dans la foulée, est considérée comme la solution la plus avantageuse pour les Allemands et la plus dangereuses pour les Français.

C’est exactement ce que fera Guderian.

Elle permet de venir à bout d’un système défensif français localement inadapté sur un point essentiel, celui de son incapacité à donner un coup d’arrêt dans les Ardennes suffisamment puissant pour permettre aux renforts d’arriver dans des délais raisonnables.

Enseignements tirés par le général Prételat à la suite de l’exercice de 1938 de « percée allemande dans les Ardennes »

« Sur notre front, les Allemands ont intérêt à tenter une attaque brusquée.

Celle-ci sera payante, en effet, si elle réussit à rompre notre système fortifié dans la période où nos unités de forteresse sont réduites à leurs moyens, sans possibilité de renforcement par des Grandes Unités de campagne.

La supériorité en artillerie et en chars doit leur permettre de réaliser, à coup sûr, en quelques heures, la rupture de la position.

Dans l’exercice, la bretelle Chiers-Meuse, trop rapprochée de la ligne principale, n’a pu être occupée à temps et n’a pas servi au rétablissement de la défense.

Il faut échelonner largement les bretelles et les deuxièmes positions, et, si possible, les couvrir par des destructions.

Il serait très désirable d'avoir une division blindée en temps de paix dans la 2e région susceptible d’intervenir immédiatement au bénéfice de la IIe Armée. »


Lorsque le général Prételat rend compte à Gamelin de l’exercice qu’il vient de réaliser et des conclusions qu’il en a tirées, le chef de l’armée française est courroucé.

Un de ses subordonnés met en doute sa vision de la guerre future alors qu’il ne peut qu’avoir raison puisqu’il est le chef et qu’en conséquence son subordonné direct a tort !

Avec la plume qu’on lui connaît, il renvoie avec condescendance le général Prételat « à ses chères études » :

« L’éventualité d’une attaque ennemie par la Belgique reste donc très possible.

Il est utile d’envisager l’hypothèse de l’attaque brusquée, qui représente pour nous le danger maximum, afin d’étudier la parade.

Dans le cas particulier de l’exercice, il est certain que la part faite aux Allemands a été aussi belle que possible.

L’offensive allemande ne s’étendant pas au Nord de la Meuse, le commandant en chef aurait sans doute mis à la disposition de la IIe Armée, la 12e D.I. motorisée, qui dispose des moyens nécessaires ».


L’incident aurait pu en rester là. Ce ne fut pas le cas.

La percée des Ardennes, lorsque les querelles l’emportent sur la raison

Lorsque la guerre éclate, le général Gamelin répartit les grands commandements, groupes d’armées et armées, entre ses grandes subordonnées.

La désignation des commandants d’armée étaient organisée dès le temps de paix.

Chaque général membre du conseil supérieur de la Guerre était le « commandant désigné » d’une armée dont il assurait la mission d’inspection générale avant d’en prendre le commandement.

Il en allait également ainsi pour les groupes d’armées.

À un détail près.

Celui de la répartition des armées entre trois groupes d’armées.

La question peut sembler inintéressante, technique voire anecdotique.

Elle est centrale sur la question des Ardennes, même si elle se fonde sur une hypothèse qu’aucun document, jusqu’à présent, n’a pu confirmer.

En 1939, Gamelin confie le commandement du 1er groupe d’armée (GA 1) au général Billotte, celui du 3e groupe d’armées (GA 3) au général Besson et celui du 2e groupe d’armées (GA 2) au général Prételat.

Le GA 1 constitue l’aile marchante de l’armée française de la mer à la région de Sedan.

Le GA 2 couvre essentiellement la ligne Maginot.

Entre les deux, à la charnière entre l’aile mobile et les forces statiques, la 2e armée qui est rattachée au 1er GA.

Cela signifie que Gamelin, dont le plan est d’aller combattre en Belgique en y engageant les meilleurs troupes françaises, décide de confier au général qui aura la mission la plus complexe à remplir de s’occuper – aussi – de la charnière, presque immobile, qui assure sur son aile droite, face aux Ardennes la liaison avec le GA 2 de Prételat.

Quant à Prételat, dont la mission est simple, il se voit privé, sur son aile gauche, du commandement supérieur d’une armée, la « 2 » et d’un secteur les Ardennes, qu’il connaît bien, ce qui n’est pas le cas de Billotte.

Pourquoi ?

Nous pensons qu’il n’ait pas exclu que Gamelin, se souvenant du petit camouflet que lui avait infligé Prételat en 1938, ait volontairement décidé de ne pas inclure dans le groupe d’armées Prételat la 2e armée afin de bien lui montrer, de bien lui rappeler et de lui faire sentir que le chef c’était lui !

En quelque sorte de lui donner le coup de pied de l’âne.

Ce qui nous amène à positionner la question des Ardennes dans un nouveau champ de réflexion.

Celui de la stratégie, est clair.

Il peut être affirmé que la possibilité de la traversée des Ardennes par les Allemands est connue et redoutée par les Français depuis le début des années trente.

Même s’ils font peu pour y parer.

Celui de la politique, essentiellement anachronique, est biaisé par la défaite de 1940, l’arrivée au pouvoir de Pétain, le procès de Riom puis les procès de la libération.

Reste celui des rapports entre les hommes auquel nous renvoie le conflit Prételat-Gamelin.

Ce type de conflit est une constante peu étudiée de l’histoire militaire.

Il est pourtant central car c’est de sa résolution ou de sa permanence que tout peut résulter.

Lors de la constitution des armées, lors de l’élaboration des plans, lors des réflexions doctrinales, pendant l’entre-deux-guerres, mais aussi de façon permanente, la réflexion rationnelle s’efface régulièrement devant les ambitions individuelles, les rivalités de personnes, les querelles claniques et l’ego des chefs.

Ce qui fut le cas aussi bien chez les Français que chez les Allemands au début de la Seconde guerre mondiale.

Et l’armée victorieuse ne fut pas, comme l’a montré Karl-Heinz Frieser celle qui avait inventée la Blitzkrieg, car la Blitzkrieg n’était pas encore inventée en 1940, mais celle dans laquelle les querelles entre les généraux furent moins nombreuses ou mieux maîtrisées.

Source : [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]

Je n'ai pas trouvé de photos du Colonel Bourguignon : si quelqu'un en a une , c'est volontiers .


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“Nous avons entendu et nous savons ce que nos pères nous ont raconté, nous n’allons pas le cacher à nos fils.
Nous redirons à tous ceux qui nous suivent, les œuvres glorieuses...”

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MessageSujet: Re: Comprendre la défaite : « Les forêts des Ardennes sont impénétrables… »   Comprendre la défaite : « Les forêts des Ardennes sont impénétrables… » Icon_minitimeMar 24 Nov - 21:51

Je crois que je vais attendre longtemps pour la photo du Colonel Bourguignon .

Bon , boffffffff

C'est tout de même con de se lever le  Comprendre la défaite : « Les forêts des Ardennes sont impénétrables… » 301749  pour rien .

Comprendre la défaite : « Les forêts des Ardennes sont impénétrables… » 4103821100 Comprendre la défaite : « Les forêts des Ardennes sont impénétrables… » 4103821100

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