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 Cao Bang Indochine

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MessageSujet: Cao Bang Indochine   Cao Bang Indochine Icon_minitime2015-09-19, 18:49

Indochine : Arrêt sur image...


































dimanche 14 décembre 2014


Cao Bang


            Même si la ville de Cao Bang n'offrait qu'un intérêt limité du fait qu'à l'exception de la vieille citadelle chinoise il ne subsistait plus de vestiges de la présence française, elle constituait néanmoins l'aboutissement normal de notre parcours sur la RC4...




Rappelons que Cao Bang qui était une cité modeste était le chef lieu du 2° territoire militaire commandé en 1893 par le général Galliéni et l'aboutissement de la route qui venant de Langson longeait la frontière chinoise...


Cao Bang Indochine 2_21_12062009_082942
Cao Bang, ville frontière avec la Chine



Voici la description que fait le docteur A. Billet de Cao Bang en 1897 (Le Haut-Tonkin, région de Cao-Bang In: Annales de Géographie. 1897, t. 6, n°30. pp. 431-449) :

" Cao-Bang le chef-lieu, résidence du commandant du Cercle, est de beaucoup la localité la plus importante. Elle est située dans une position admirable au milieu une véritable île formée par une boucle du Song Bang-Giang et son confluent avec le Song Khiem qui naît aux environs de Ngan-Son. Au centre de la presqu'île se trouve l'ancienne citadelle annamite, de forme carrée, aux murailles assez élevées, construites en briques énormes dites "briques mandarines". La ville en elle-même ne se compose guère que d'une large et grande rue, parallèle au cours du Song Bang-Giang. D'un côté on trouve le quartier indigène, de l'autre le quartier chinois. Le reste de la presqu'île est rempli habitations de cultivateurs formant plusieurs agglomérations appelées Vuong-Cam, Luong-Ma, Muc-Ma et Pho-Ca. On cultive en dehors du riz, le maïs, la canne sucre, le mûrier, le bétel etc. La population entière de Cao-Bang et de presqu'île peut être évaluée à 6000 habitants."
Cao Bang Indochine Cao%2BBang
Cao Bang au début du XX° siècle




En 1925, la ville n'était tenue que par un bataillon du 3° régiment de tirailleurs tonkinois. Le schéma ci dessous, sensiblement orienté dans le même sens que la vue aérienne précédente permet de faire apparaître à l'Est de la ville (rectangle rouge)... gué ou bac... qui est depuis devenu un pont en dur...

Cao Bang Indochine CaoBang
Plan de Cao Bang - 1930

(Source http://belleindochine.free.fr/images/Plan/1931/CaoBang.JPG)


Légende du plan publié en 1930 :
C : caserne - A : Hôpital - I : Garde indigène - R : Résidence - T : Poste - H : Hôtel





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L'église de Cao Bang en 1950
(Photo Collection Charton @ RC4 - La tragédie de Cao Bang))



Dans son livre déjà cité sur ce blog, "RC 4 la tragédie de Cao Bang", s'inspirant probablement des lignes du docteur Billet, le colonel Charton décrit lui aussi la ville :
" Avant la guerre 1939 - 1945 et jusqu'à l'occupation japonaise, Cao Bang était une petite ville de la Haute région du Tonkin d'environ 4 à 5000 habitants, qui servait de capitale au 2° Territoire militaire.
Couverte de rosiers et de jardins potagers, cette cité pittoresque était nichée sur une presqu'île, au confluent de deux rivières : le Song Bang Giang et le Song Hiem. Le Song Bang Giang, large et profond, dangereux pour Cao Bang à cause de ses inondations, était difficilement franchissable ; quand au Song Hiem, moins important, il opposait un bon obstacle à toute incursion ennemie.
Juchée sur une hauteur dominant toute la ville, une citadelle verrouillait la presqu'île. Elle avait été modernisée pendant la guerre 1939-1945 sur le modèle de la ligne Maginot ; des centaines de mètres de souterrains avec puits, chambres de repos, infirmerie, dépôts de munitions, truffaient son sous-sol à 7 mètres de profondeur.
Tout autour de Cao Bang régnait la "montagne à vaches", aux sommets arrondis, recouverte d'herbe à éléphant, facile à bombarder par l'artillerie ou l'aviation ; elle n'offrait pas d'abri aux assaillants éventuels.
Cao Bang était un important noeud routier. La RC4, immense rocade longeant la frontière chinoise, menait d'un côté à Gong Khé, That Khé, Nacham, Langson et Mon cay sur la côte ; de l'autre à Ha Giang, Lao Kay, Lai Chau, Dien Bien Phu, Luang Prabang. De Cao Bang, partait également la RC3, qui rejoignait Hanoï, via Banc Kan et Thai Nguyen. En plus de ces deux grands axes, de petites pénétrantes partaient de Cao Bang vers les centres frontaliers de Tra Linh au nord-est, Mowat au nord et Nguyen Binh à l'ouest.



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Entrée sud de Cao Bang, important noeud routier
(Photo Collection Berlemont - @Indo-Editions)


En tenant Cao Bang et la RC4 de Nacham à Mon Cay, on empêchait toute invasion motorisée en provenance de la Chine. l'ennemi pouvait encore s'infiltrer à pied ou à cheval mais ses infiltrations bien que gênantes, n'étaient pas dangereuses.
A la fin de l'année 1947, la colonne Beaufre s'empara de la ville. Il n'y restait plus que quelques milliers d'habitants. avec ses souterrains intacts et ses postes de tirs faciles à remettre en état, la citadelle, quoique démolie, était toujours redoutable. Grâce à sa position élevée, elle pouvait protéger de ses feux un terrain d'aviation implanté en dehors de la presqu'île, sur la rive gauche du Song Bang Giang.
Cao Bang réoccupé, la garnison française ne resta pas inactive. Le terrain d'aviation fut agrandi ; Junkers et Dakota purent y atterrir. Il fallait moins d'une heure pour se rendre par avion de Cao Bang à Hanoï.
Les Français établirent une première ceinture de postes sur les crêtes des montagnes à vache qui dominaient la presqu'île et le terrain d'aviation. On en compta bientôt quinze, tous protégés par les canons de Cao Bang et de sa citadelle. celui qui défendait l'accès nord de Cao Bang fut enterré et bétonné. Cao Bang au moment de son évacuation était certainement la forteresse la plus solide de l'Indochine."
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Cao Bang en 1950 

(Photo aérienne Armée de l'air - @ECPAD)




Sur cette vue aérienne extraite du livre "Les combats de la RC 4" de C. Bondroit, G. Longeret et J. Laurent (Indo-Editions) on peut découvrir l'organisation de la ville en 1950 et resituer en la parcourant les anciens emplacements :


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Schéma de défense de Cao Bang en 1950 
(Photo aérienne Armée de l'air - @Indo-Editions)




La photo ci-dessous représente l'ancien aérodrome de Cao Bang : ce dernier était situé sur la rive gauche du fleuve, un peu au sud de la ville. Allongée afin d 'accueillir les avions de transport Dakota et Junker, cette piste fut le moyen principal de ravitaillement de la ville au cours des six mois précédent son abandon. La RC 4 n'était en effet plus utilisée par les convois à partir de Dong Khé. Dans les jours qui précédèrent l'évacuation du 3 octobre 1950, c'est grâce à cette piste d'aviation que l'on put acheminer le 3° Tabor destiné à renforcer la future colonne Charton qui allait s'engager en direction de That Khé. Les mêmes avions emportèrent en sens inverse les femmes et les enfants ainsi que le personnel non indispensable ou la documentation importante de la place...


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Aérodrome de Cao Bang - 1949
(Photo aérienne Armée de l'air)




Six mois après l'évacuation de Cao Bang et le drame de la RC 4, l'aérodrome de Cao Bang devait à nouveau se retrouver au cœur de l'actualité car c'est là que disparaissait l'un des plus proches collaborateurs du général de Lattre, le général André Hartemann qui devenait ainsi le troisième officier général mort en Indochine après le général Lemonnier et le général Chanson.
C'est au niveau du seuil de piste que l'avion du général Hartemann se serait écrasé le 28 avril 1951 lors d'un vol de reconnaissance. Sans doute victime d'un incident moteur ou endommagé par les tirs de DCA, le B 26 tenta semble t-il de se poser en catastrophe mais toucha le sol quelques dizaines de mètres avant la piste. Les corps des quatre occupants, dont le général Hartemann, "patron" de l'armée de l'air en Indochine, ne furent jamais retrouvés, cette affaire demeurant très mystérieuse et pleine d'incertitudes... Ceux qui souhaitent en lire davantage sur ce sujet peuvent se reporter à l'excellent article suivant : 
http://aviateurs.e-monsite.com/pages/1946-et-annees-suivantes/disparition-du-general-hartmann.html


Cao Bang Indochine Hartmann-e
Le point de crash présumé (croix blanche) du B 26 du général Hartemann
(Photo aérienne Armée de l'air)


Parmi les nombreux mystères auxquels nous sommes confrontés lors de ce retour sur le terrain, en voici un de plus à résoudre... Alors que les photos aériennes montrent clairement que le terrain était situé en 1950 au sud-est de Cao Bang, le schéma ci-dessous établi par le 2° bureau des TFEO le situe à l'inverse au nord-ouest de la ville... Sans soute y avait il deux terrains, c'est la seule explication plausible....


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Le terrain de Cao Bang
(Schéma B2 TFEO - @Indo-Editions)




Les photos ci-dessous montrent ce qu'est devenu aujourd'hui la zone approximative où était autrefois implanté l'ancien aérodrome, du moins si l'on se fie aux photos aériennes et aux écrits du lieutenant-colonel Charton :


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Sur cette vue Google Earth on voit bien les deux zones d'implantation de la piste d'aviation : l'implantation nord-ouest qui se situait dans la boucle du fleuve correspond au tracé rectiligne de l'actuelle route QL 3 (ex RC 3) et l'implantation sud-est est encore bien visible sur la rive gauche du fleuve :


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En partie détruite lors de l'invasion chinoise de 1979, Cao Bang est aujourd'hui une ville frontière qui s'est reconstruite rapidement de part et d'autre du fleuve :


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Le pont sur le Song Bang Giang autrefois (orientation sud)
(Photo Collection Constans - @Indo-Editions)


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Le pont sur le Song Bang Giang aujourd'hui (orientation nord)


Les collines environnantes étaient autrefois occupées par des postes extérieurs entourant la ville, et appuyés par les pièces d'artillerie de la ville.

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Position de tir 105 HM2 avec le "chapeau de gendarme" en fond de tableau
(Photo Collection Adeline - @Indo-Editions)


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Poste "Est" 3/III° REI
(Photo Collection Charton @ RC4 - La tragédie de Cao Bang))


Lors de l'évacuation, les éléments supplétifs qui tenaient cette ceinture de postes durent redescendre des collines dans la discrétion afin de ne pas donner l'alerte... ce qui fut une cause supplémentaire de retard :
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Depuis la guerre sino-vetnamienne de 1979 et la destruction de la ville, cette dernière qui s'est développée le long du fleuve, est aujourd'hui constituée de bâtiments neufs :
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Compte tenu du peu d'intérêt offert par la ville elle même, hormis le fait qu'elle est le point de passage obligé pour ceux qui veulent aller vers Talung ou vers les emplacements du camp n°1, c'est surtout l'ancienne citadelle qui fera l'objet de ce billet...

La "presqu'île" de Cao Bang était comme on l'a vu dans l'extrait du livre du colonel Charton, fermée par une ancienne citadelle chinoise, occupée par les troupes françaises :

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Gros plan sur la citadelle
(Photo aérienne Armée de l'air - @ECPAD)


A l'entrée de la citadelle, on trouvait autrefois cette porte imposante sur laquelle figurait l'insigne de l'artillerie de Marine devenue artillerie coloniale en 1901 et portant l'inscription "Quartier Dennery". Alors que je pensais qu'elle avait été détruite, car je ne l'avais pas vue en raison de la pluie et des gardes à l'entrée, cette porte est toujours en place. Pour la photographier il vaut mieux toutefois ruser pour éviter de se faire repérer par les sentinelles car on n'aime pas trop les photographes dans le secteur... 

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L'ancienne entrée principale de la citadelle
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Papa schulz
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MessageSujet: Re: Cao Bang Indochine   Cao Bang Indochine Icon_minitime2015-09-19, 19:06



Cao Bang Indochine 926774 merci Gus ! Cao Bang Indochine 373769 Cao Bang Indochine 373769 Cao Bang Indochine 373769

Cao Bang Indochine 4017930517 Cao Bang Indochine 1503206914



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MessageSujet: Re: Cao Bang Indochine   Cao Bang Indochine Icon_minitime2015-09-19, 20:18

C'est exactement çà !!! SACRIFIES !! pour une non appréciation des renseignements données par le groupe d'incursion dans la zone Viet qui se préparait à faire mouvement en force sur Cao Bang !!

 Un désastre programmé par un général de merde qui n'a pas pris en compte les renseignements qu'il avait sous les yeux ( l'enfoiré!! trop occupé dans les soirées mondaines du coin)
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frenchbatt

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MessageSujet: Re: Cao Bang Indochine   Cao Bang Indochine Icon_minitime2015-09-20, 00:45

cao bang ...nom de batème d'un de nos VAB au Liban .
Cao Bang Indochine 1503206914 Cao Bang Indochine 1996631456 Cao Bang Indochine 1503206914
aux anciens

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se défendre est un droit. croire le contraire est déja un acte de soumission ... Cao Bang Indochine 401148
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MessageSujet: suite de Cao Bang   Cao Bang Indochine Icon_minitime2015-09-20, 08:02


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Vestiges du poste

"La marche d’approche et la mise en place du dispositif sont réalisées comme prévu, au cours de la nuit, sans le moindre incident.
Le 1er Tabor arrive au village de Poma aux environs de 5 heures. Le 59 ème goum occupe, vers 6 heures, l’ancien poste militaire. Il surprend bientôt, à proximité, une unité VM en cours de rassemblement, qu’il prend immédiatement sous le feu de ses FM et de ses mitrailleuses. Les Viets se dispersent avec de lourdes pertes. Des vivres, des obus de 75 de marque chinoise, des munitions d’armes portatives et de nombreux documents sont récupérés."


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Le village de Poma et sur la hauteur l'emplacement de l'ancien poste
- Position PC avancé du Cdt La Bataille et mortiers 81 mm 1er Tabor -
(Vue prise vers le Sud)


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L'emplacement de l'ancien poste de Poma



"Le 60 ème goum progresse vers le Nord en direction de Bokai mais, dès l’approche des calcaires, il est soumis à des tirs de 12,7 et à des tirs de mortiers. L’intervention de notre artillerie réussit à neutraliser deux mitrailleuses. Mais la position est quand même trop fortement tenue pour que l’on puisse sans trop de dommages en déloger les défenseurs."

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L'axe de progression du 1er Tabor en direction de Bokai
situé derrière la ligne de crète



"Le goum tentera alors de s’installer sur un calcaire qui ne semble pas occupé, immédiatement au Sud-ouest de celui que tiennent les Viets. En s’y rendant, il tombe sur une colonne de porteurs de munitions d’artillerie. Surpris, les coolies affolés abandonnent leur chargement et se dispersent dans la brousse, tandis que l’escorte se précipite vers le calcaire, que le goum se proposait d’occuper. Le combat s’engage, mais les Viets ont de l’avance et y arrivent les premiers. Aussitôt installés ils couchent au sol, au FM, les goumiers qui les poursuivaient.
C’est peu après qu’intervient l’ordre de décrocher. Les sections prises sous le feu nourri de leurs adversaires, se sont dispersées pour être moins vulnérables, dans la brousse, très dense à cet endroit. Elles sont invisibles et il faut un certain temps pour leur transmettre l’ordre de repli et regrouper les hommes. La dernière touchée est celle de l’adjudant-chef Loubes, un goumier chevronné. Ses ordres donnés, celui-ci est resté en arrière, pour répondre aux appels d’un goumier blessé, qu’il aide à repartir. Mais à ce moment là, s’abat sur eux un tir de mortier, tiré de Bokai. Un obus éclate juste entre ses jambes. Par miracle, il n’est pas touché, mais il tombe à terre groggy. Il est seul avec un goumier, un Marmouchi à qui il devra son salut. Quand il se relève, il a, en effet, perdu le sens de l’orientation et se dirige tout droit du côté des Viets, quand, heureusement, le Marmouchi lui crie : « Bale krak machi and el Viets – Ouilli, ouilli, ienha (Attention, ne va pas vers les Viets, reviens, reviens par ici !)
Ils repartent tous les deux, à toute jambe, pour rattraper leur unité, qui est déjà loin. Ils poussent devant eux un prisonnier capturé, au début de la bagarre, que le Marmouchi n’a pas lâché.
Le 58ème goum, qui opérait plus à l’Est, pour faire liaison avec le BEP, n’a pas d’accrochage sérieux.
Le GCA (goum de commandement et d’appui), qui est resté auprès de l’ancien poste de Poma est intervenu avec ses engins au profit des deux goums engagés."


Cao Bang Indochine IMG_4003
Position supposée du GCA du 1er Tabor


(Vue prise en direction du Nord)




Nota : Immédiatement au sud de la crête dominant le village de Poma et du côté Est de la route, un emplacement semble particulièrement indiqué pour implanter les appuis mortier. Relativement protégé sur les flancs et facilement positionnable sur le plan topographique, il offre des vues directes pour l'observation des tirs sur les deux axes de progression. En toute logique ce pourrait être là que le GCA avait du s'installer pendant que le PC avancé du commandant La Bataille occupait l'ancien poste désaffecté de Poma, de l'autre côté de la route, sur une hauteur facilitant les liaisons radio avec le PC du groupement resté à Man Mé et les unités avancées dans la cuvette (1er tabor et BEP)...
Lors du repli des éléments, après le décrochage du GCA et du PC avancé, le Viet Minh tenta de s'emparer de ce col pour couper la route aux éléments retardés du 1er Tabor et du BEP en débordant par les crêtes. C'est d'ailleurs au niveau de ce col que se situe l'épisode de l'adjudant-chef Loubes, décrit par le sous-lieutenant de Pirey et évoqué par le Lcl Le Page...

"La réaction ennemie a été vive et rapide. Une menace par les crêtes s’est précisée sur les arrières du tabor. Elle a été poussée sur les calcaires immédiatement à l’Ouest du débouché de la route dans la cuvette.
Le décrochage général du Tabor s’effectue vers 10 heures sous la protection du 59 ème goum et d’une compagnie du BEP pour le recueil du commando.
Le Tabor ramène six prisonniers, mais il a du abandonner de nombreux obus de 75 et de 81 d’origine chinoise. Ses pertes s’élèvent à deux goumiers et cinq coolies tués et à huit goumiers blessés qui pourront être évacués.
Pendant ce temps, le BEP qui était, à la pointe du jour, en position à Po Tchang avait entamé par l’Ouest une manœuvre d’encerclement et de ratissage de la cuvette. En tête, son commando, constitué d’une dizaine de Viets recrutés et choisis parmi les prisonniers, commandés par un caporal, un certain Constant, ne pas confondre, un remarquable guerrier, surprenait un autre élément de coolies-porteurs de munitions d’artillerie. Ce qui l’amenait à découvrir un dépôt de munitions, dont il s’emparait en même temps qu’il capturait l’escorte.
La trouvaille était bonne. A l’intérieur, outre des obus de 75 et de 81, étaient précieusement rangés des éléments d’optique, dont plusieurs goniomètres boussoles. On trouvera dans les poches des hommes de l’escorte des écussons portant sur fond bleu, au dessous de deux canons entrecroisés des numéros, 35 – 42 – 48, qui témoignent de l’existence de bataillons d’artillerie VM.


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 La limite extrême de progression du BEP sur l'axe Est
(vue prise en direction du Sud)




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 Le calcaire de Po Tchang
(vue prise en direction du Nord)




Le BEP continuait son opération de ratissage, mais comme les 58 ème et 60 ème goums avec lesquels il était en liaison à vue, il fut lui aussi pris à partie par des tirs de mitrailleuses et de mortiers de plus en plus violents. La cuvette littéralement s’embrasait, tandis que la manœuvre d’encerclement, qui avait un moment inquiété le 1er Tabor, se précisait maintenant sur le 8 ème RTM installé à Banbai, au débouché de la route. Les Viets qui rameutaient au baroud, venant par les crêtes de Ban Sien et de Ban Ban, allaient tenter de couper les assaillants de l’axe de recueil.


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Le col du poste de Poma : une course de vitesse avec l'ennemi pour le franchir...



Le décrochage difficile dut se faire à vive allure et en formation diluée. Le repli du commando fut encore plus délicat. Retardé par les prisonniers qu’il ramenait et les instruments d’optique qu’il avait récupérés et qu’il dut, pour pouvoir rejoindre, abandonner, il arriva au débouché de la route avec les derniers éléments du 1er Tabor qui ramenait les blessés. Le BEP n’avait pas eu de pertes, seulement quelques éclopés, et ramenait une quinzaine de prisonniers.
Le repli par l’axe de recueil s’effectuera sans anicroche. A 17 heures, toutes les unités avaient regagné leur bivouac.
Selon des renseignements recueillis par la suite, les Viets auraient essuyé de grosses pertes. Surpris, ils cachaient mal leur déconvenue.
Le lendemain, le général Carpentier, commandant supérieur adressait un télégramme de félicitations au Groupement « Bayard » pour la réussite de son raid sur Poma. L’opération avait été payante. Elle confirmait, en tous points, les renseignements recueillis par la ZOT, la zone et le secteur. Des prisonniers affirmaient en effet « que 12 bataillons, n’ayant pas participé à l’attaque de Dong Khê, venaient d’arriver de Chine, où ils avaient perçu leur armement. Ce qui, ajouté aux 18 bataillons qui avaient participé à cette attaque », avait noté Jean Pierre dans son carnet de route, « faisait 30 bataillons, le tout implanté dans la région, à une journée de marche soit de Dong khê, soit de That Khê. »
Les informations recueillies précisaient en outre la présence parmi ces troupes de 2 nouveaux bataillons d’artillerie équipés de canons de 75, que le bataillon 40 avait reçu 6 pièces de 75 et que l’armement d’une compagnie d’infanterie VM comportait 9 FM – 3 mitrailleuses de 12,7 et 2 mortiers de 60, l’équivalent ou plus de l’armement d’une compagnie du BEP ».




Laissons la conclusion de ce raid au lieutenant Stien :
" Pour nous, les auteurs du coup de main, Poma est bien sûr un succès, mais c'est surtout une confirmation et un avertissement. Les Viets sont bien là, nombreux, agressifs, bien armés. Et, fait nouveau, ils manœuvrent rapidement. Signe évident de la qualité de leur commandement ainsi que d'une très bonne dotation en matériels de transmissions. La guerre a changé de dimension. Apparemment, nous sommes les seuls à nous en être rendus compte..."









          Ajoutons à présent à l'usage de ceux qui souhaiteraient s'aventurer en direction de Poma que ce secteur qui se situe en zone frontière nécessite une certaine prudence... 
D'une part le souvenir de l'invasion chinoise de 1979 est toujours vivace dans l'esprit des gens, d'autre part ce secteur comme toutes les zones frontalières est un endroit propice aux trafics et à la contrebande et de fait est étroitement surveillé. C'est précisemment pour cette raison que j'ai du renoncer à mon projet initial de rejoindre Ta Lung au départ de That Khê en empruntant le chemin inverse suivi par les prisonniers du camp n° 1 lors d'un déplacement que ceux ci effectuèrent vers le sud. Le sentier suivi passant exactement sur le tracé frontalier large de seulement quelques mètres entre les pitons calcaires ou le long des talwegs il était exclu de s'exposer à des problèmes... 

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 Poma : c'est marqué mais on ne va pas plus loin... zone frontière...


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 Comme à l'Ecole de guerre : parler tactique face au terrain...
mais avec le ventre plein...



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Calcaires et rizières...



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 Au loin... un autre pays : la Chine




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 Une population accueillante...


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 Des enfants qui ne voient pas beaucoup de visiteurs occidentaux...


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Cao Bang Indochine IMG_4085
Les traces du passé...


Sans aller au delà de Po Tchang, la randonnée sur Poma est toutefois un parcours à effectuer car l'environnement naturel autant que l'accueil des habitants y est un réel plaisir...
Voici d'ailleurs ce qu'écrivait le lieutenant Stien :
" Nous débouchons dans la cuvette de Poma. Je reconnais fort bien les lieux de notre raid de septembre 1950, alors que notre bataillon venait renforcer That Khê. Les pieds nus maintenant bie protégés par une épaisse couche de corne, je n'ai plus besoin de marcher les yeux au sol afin d'éviter les cailloux trop pointus. je suis sur la piste même où, il y a deux ans,après nous être enfoncés de nuit dans le dispositif viet, je me suis replié au galop avec mes partisans, ainsi que notre précieuse moisson de prisonniers viets et de documents. Ça claquait de partout , nos chasseurs et notre artillerie intervenant au plus près pour bloquer les colonnes de bo doïs lancées à nos trousses. Cette fois-ci, je parcours la route en touriste "accompagné". Le paysage à la chinoise est splendide, en 1950 je ne m'en étais guère rendu compte. Question de situation, une magnifique colline perd tout son attrait quand elle est truffée de mitrailleuses qui vous tirent dessus. Et le pas gymnastique qui s'en suit ne rend évidemment pas contemplatif."

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