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 Opération aéroportée au Zaïre 1984

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MessageSujet: Opération aéroportée au Zaïre 1984   Opération aéroportée au Zaïre 1984 Icon_minitime2015-06-28, 16:36

Opérations Extérieures : Zaïre Zaïre :

 opération aéroportée « Moba Liberté d’action

 Initiative – Imagination

Parachutage du 311ème Bataillon
De la 31ème Brigade Parachutiste Zaïroise (31ème BPZ)
Ville de Moba - Lac Tanganyika
15 et 16 novembre 1984

Depuis 1977, la France monte en puissance la 31ème BPZ (4 200 hommes) à l’aide d’un fort contingent de coopérants encadrant au départ les Zaïrois jusqu’à l’échelon de la section.

Ce sont des officiers français qui commandent initialement les unités,

 mais, fin 1984, comme il est naturel après sept années de coopération,

 les postes de chef de section, de commandant de compagnie et de bataillon

ne sont plus tenus par des officiers et sous-officiers français mais par des locaux.

 Il subsiste un conseiller français au niveau des capitaines commandant d’unité

 et des majors commandant de bataillon.

Je suis à l’époque lieutenant-colonel, chef du 3ème bureau et officier opérations de la

brigade.

14 novembre, fin de matinée

Nous recevons l’ordre verbal du Chef d’Etat-Major Général (CEMG)

des Forces Armées Zaïroises (FAZ) de mettre en alerte renforcée

 un bataillon parachutiste pour intervenir à l’extrême est du pays

 par parachutage, sans plus de précisions.

 Nous choisissons notre bataillon isolé de Kamina, le 311ème ,

 le plus proche de la zone en question (environ 600 Km),

 alors que le reste de la 31ème  est basé à l’aéroport de Kinshasa (1 800 Km)

du front potentiel, au camp CETA (Centre Ecole des Troupes Aéroportées).
 
Ces préparatifs ne nous émeuvent pas particulièrement car nous avons l’habitude

 d’être mis en alerte plus que de raison par le Commandement zaïrois.

Revenant de l’EMG

, j’effectue une liaison rapide à l’Ambassade de France à Kinshasa pour rendre compte

où le colonel chef de la Mission militaire de coopération

(qui est, entre autre, le chef hiérarchique du colonel français commandant la 31ème)

 me dit : « ne vous mêlez pas sur zone à cette affaire là ».

Il ne fait qu’appliquer les règles d’engagement qui, bien que nous ayons le commandement

 de cette unité, nous interdisent de participer sur zone directement aux combats.

14 novembre après-midi

A 15h00, à l’aéroport militaire de Kinshasa, se tient une première réunion

 dans laquelle les moyens aériens disponibles nous sont octroyés par le Général Chef

d’Etat-Major des Forces Armées Zaïroises (FAZ).

Deux avions C-130 de la présidence (les pilotes n’ayant jamais largué de paras)

 et un bimoteur à piston (Cessna-310), en piteux état, pour servir de PC en vol,

 constituent la « flotte aérienne » de transport et le PC en vol,

 deux avions de chasse Macchi nous appuieront.

Il s’agit de parachuter nos éléments au plus près de la ville de Moba

(rive zaïroise du lac Tanganyika, 100 Km au sud de Kalémie),

 ville qui a été investie le 13 matin par des rebelles venant du Nord et de la Tanzanie

 (déjà « Kabila père » à l’époque), la garnison locale, délaissée depuis des mois,

 s’étant ralliée à ces derniers.

Les conditions techniques du parachutage sont établies entre nous et

les aviateurs zaïrois. Ce sont des excellents pilotes, malgré leur ignorance totale du

largage de personnel et de matériel.

De 17h00 jusqu’à notre décollage pour la base de Kamina,

 dans la nuit, à l’aide de ce bon vieux BLU dont les ondes sont si souvent renvoyées

de manière aléatoire par les capricieuses couches ionosphériques africaines,

la préparation du 311ème Bataillon de Kamina va s’opérer.

 Tous les appuis, les matériels manquants et  les matériels de largage seront ramenés

de la base arrière de CETA. « Ce n’est pas de la tarte » !!!

Le problème des cartes se pose. Il n’existe pour cette zone d’engagement que des cartes US « Joint Operations » au 1/250 000°, inexploitables pour notre mission.

15 novembre matin

00h30 : l’ordre d’opération de l’Etat-Major des Forces Terrestres (EMFT) nous est communiqué. Il est par chance accompagné d’un superbe  croquis au 1/46 000 des environs de Moba, exécuté à la main, quelques mois plus tôt,  par un stagiaire du cours d’état-major zaïrois, surchargé de flèches, d’olives, etc.

Immédiatement, ce croquis, très précis,  est transformé pour nos besoins propres. Une liaison est réalisée dans la nuit à Kinshahsa pour le tirer discrètement à l’ambassade en 70 exemplaires. Ainsi, jusqu’à l’échelon du chef de groupe, nos parachutistes en seront pourvus.

Nous apprenons, par cet ordre, que les rebelles seraient déjà en progression en direction de Manono (nœud de communications situé 100 Km ouest de Moba), et que deux colonnes motorisées zaïroises, l’une partant de Kalémie, et l’autre de Lubumbashi (600 km à vol d’oiseau) doivent nous rejoindre rapidement.

 Nous serons, de surcroît,  appuyés comme prévu par les deux avions

de chasse Macchi.

Le but de l’opération consiste à reprendre au plus vite le contrôle de la zone avant que la situation se gangrène.

 Le 311ème est chargé, par parachutage, de reprendre l’aéroport, puis de participer au nettoyage de la ville dès l’arrivée des deux colonnes motorisées.

Mon chef direct, le colonel français commandant la 31ème , mesurant les difficultés à venir et prenant ses responsabilités vis-à-vis de la hiérarchie française ayant interdit notre présence sur zone, me donne alors l’ordre suivant :

« Vous allez à Kamina coordonner tout cela. Si vous n’y allez pas, rien ne se fera. Si vous estimez que vous devez aller plus loin, jusqu’à Moba, allez-y. Vous emmenez le commandant Février et son équipe de largueurs (Paquin, KucharsezwskiI, Jung, Michelot, et Grancler) ».

03h15 : les deux C 130 et le Cessna 310, tous matériels chargés, décollent de Kinshasa et se posent à Kamina vers 06h45. Voilà, à partir de ce moment, je ne suis plus relié à mes chefs zaïrois et français que par le BLU.

 Les hommes du 311ème  sont prêts : les coopérants locaux (Les Cne Dumont et Runstatler et les Adjt Turlure et Gruter)  ont effectué un travail colossal dans la nuit. On procède aux distributions et aux préparatifs du saut.

Les hommes du 311ème n’ont effectué que 2 sauts en moyenne en 1984, la plupart sans charges lourdes. Quant aux équipements d’arrimage des charges (gaines individuelles et collectives), nous n’en avons pas assez ;

alors, l’imagination de notre équipe de coopérants se met en œuvre et des miracles sont faits (planches, caisses, bâches, sangles, filets, etc.).

La BOMAP en serait restée pantoise ! Si vous ajoutez à toute cette improvisation que les renseignements sont quasi-inexistants, qu’il n’y a rien de présent au sol pour préparer le parachutage, que la météo est incertaine et que les pilotes de C 130 sont des novices en matière de largage,

 vous en arrivez à la conclusion que l’affaire n’est pas jouée d’avance.
Je fais rappeler d’urgence en vol  le Cessna qui était reparti subrepticement de Kamina vers Lubumbashi, réquisitionné par un « obscur » officier zaïrois pour des besoins « non identifiés ».

Une réunion de finalisation a lieu « sous les ailes ». Les renseignements sont minces. En particulier on ne sait rien sur la météo locale (saison des pluies),

 sur le volume de l’ennemi, ses moyens de motorisation, et surtout sur ses armes lourdes et anti-aériennes, les dernières armes citées conditionnant le choix du mode d’action du largage.

09h30, je décolle avec ce Cessna « poubelle » vers la zone d’engagement muni d’un pistolet russe Tokarev, de 2 chargeurs, de jumelles, de 2 gourdes d’eau et de 6 grenades fumigènes. Cette fois, je suis vraiment seul. Après environ 2 h de vol, en contournant un gros orage par le Nord, nous survolons le magnifique lac Tanganyika en vue de la ville de Moba à 8 500 pieds QNH.

Sur le lac, le ciel est dégagé. Par contre, tous les reliefs autour de Moba sont accrochés. Sur la ville, la visibilité n’est que de 3 à 4/8°. La couche est située à moins de 400 m sol. Il faudra parachuter en dessous.

Nous descendons prudemment par paliers successifs jusqu’au niveau de l’altitude choisie pour le largage, mais hors de portée des tirs de la ville et de l’aéroport.

Sur ce dernier, un bimoteur civil  qui avait amené quarante huit heures plus tôt deux officiers supérieurs zaïrois (portés disparus depuis) disposé en travers de la piste interdit tout poser. Ce que j’ai pu apercevoir de la ville est simple :

tout semble désert et immobile. Des fumées qui montent pratiquement à la verticale de la brousse indiquent l’absence de vent, malgré ce temps très menaçant.

La zone de largage est identifiée. Nous descendons à 50 m sol pour la valider. Elle est vaste, longue (plus de 4 Km) et sans obstacles. Elle débute à 8 Km au Sud de l’aéroport,

 elle n’est pas accessible en véhicule. On peut la survoler en évitant  la ville et l’aéroport.

En revanche, elle est détrempée, ce qui va allonger les délais de regroupement.


Nous remontons à 3 900 pieds QNH pour attendre le courant de transport. Le contact radio est pris. Les deux appareils ont du retard en raison des orages rencontrés.

Je n’ai presque plus de carburant pour durer sur zone. Je passe au commandant Février les derniers renseignements sur la météo l’ennemi et lui fixe les modalités d’approche. Il brieffe alors les pilotes du C-130 leader.

11h55 : les 2 Macchi arrivés sur zone exécutent deux passes sur l’aéroport sans tirer, puis s’évanouissent sans explications dans la nature. Appui feu à escompter : néant. C’est la Zaïre !

12h15 : précédant le courant de transport de 3 mn,  je prends à très basse altitude l’axe retenu pour la zone de largage et le matérialise par les 6 grenades fumigènes lancées du Cessna. Nous dégageons par la gauche. Aucune des grenades ne fonctionne (après enquête, tout le lot s’avèrera impropre).

Une solution est alors trouvée. Prenant en catastrophe de l’altitude, notre Cessna PC vient se placer 30 mètres au-dessus du C-130 leader en approche et règle sa vitesse

 sur ce dernier, et je vais tout simplement le guider par radio de cette position pour le mettre sur l’axe et  que le largage puisse se faire en aveugle.

 A mon top, le vert est mis et des 2 C-130 nos paras zaïrois s’éjectent sans aucune hésitation. Je redescends à 50 m sol. Ils sont tous là, faisant des signes d’amitié. Le regroupement de la première rotation peut débuter.

12h45 : ayant dû attendre trop longtemps le courant de transport et à court de carburant, je me pose en urgence à Kalémie. Cette garnison n’a rien entrepris pour nous aider et ne semble pas décidée à bouger. Nous faisons le plein et rentrons d’urgence pour préparer la suite à Kamina.

15 novembre après-midi et journée du 16

Nous procédons au largage de 3 autres rotations, une le 15 après-midi et deux le lendemain.

Le 16 matin, en fin de nuit, malgré des liaisons radios détestables, le commandant des troupes au sol, le major Ebamba chef des troupes au sol

, nous annonce la prise de l’aéroport en déplorant un mort et une dizaine de blessés.

 Sans nouvelles des deux colonnes motorisées de renfort, je lui ordonne de débuter seul, la reprise de la ville, le lendemain matin.

Ceci nous permet de larguer directement sur l’aéroport, le 16 matin, toutes les charges lourdes, appuis et premiers ravitaillements, gagnant ainsi 8 Km de transport à dos d’homme, depuis la zone de saut.

Lors de la première rotation du 16, le pire est évité. Présent dans le cockpit du leader pour le guider en direct, je l’empêche de mettre le vert à 50 m sol environ,

 alors que nous sommes en approche, en arrêtant de ma main son geste vers le bouton qui déclenche cette fameuse lumière verte chère à tout parachutiste.

La veille, il avait mis le vert au milieu du lac, geste qui n’avait pas été bien sûr suivi d’effet par nos largueurs. Il n’est pas encore au top !

Ainsi, le 16, en fin d’après-midi, 474 paras auront été largués (le 475ème est resté accroché à l’avion, mais a été récupéré sans problème), ainsi que 8 tonnes de matériel. Aucun blessé à l’atterrissage n’est à déplorer. Nous, coopérants, sommes fiers de nos « ouailles ». La reprise de la ville se terminera le 17.

16 novembre soir

Vers 17h00, le général zaïrois Chef EMFT accueille sur le tarmac de l’aéroport de Kamina la presse nationale et internationale.

M’apercevant au loin, assis sur la rampe arrière de l’un des C 130, épuisé par ces 60 heures non-stop, il m’envoie discrètement son aide de camp pour me dire qu’il aimerait bien que je rentre de suite à Kinshasa avec « mes Français ».

Je pense qu’il désire garder pour lui-même les lauriers de l’opération et occulter notre présence ici. J’obtempère et nous rentrons tous à « Kin » en C 130, avec l’équipe de largage. Il déclare alors devant toutes les caméras réunies : « je maîtrise la situation »
Epilogue – Un peu d’humour

Avant de partir de Kamina, j’ai quand même organisé, avec les coopérants affectés au bataillon, le soutien de nos hommes largués à Moba pour le court terme. Car dans le paragraphe V (Administration –Logistique)

de l’ordre d’opération rédigé pourtant d’après tous les standards du « Stanag » de l’Otan ne figurait que la mention « PM » (pour mémoire), ce qui constitue une manière rapide et originale de traiter la logistique des quelques centaines d’hommes parachutés à 600 Km de leur base et à 1 800 Km de Kinshasa

La ville est donc reprise le 17, sans l’intervention des 2 colonnes motorisées. De ces deux colonnes amies, une seule arrivera… 21 jours après (saison des pluies oblige) ! Vive la 3ème  dimension en Afrique ! Nos paras ont bien travaillé.

Moba I prouve la fiabilité de l’outil de réserve générale que la France forme depuis 7 années. Parachuter un bataillon entier en tout point du Zaïre en 24 heures est de notre compétence. On aurait pu, en cas de nécessité, aérotransporter,

 dès J+2, des éléments d’appui sur l’aérodrome conquis (mortiers Thomson rayés de 120 mm de la brigade et AML Panhard de la brigade blindée de M’Banza-Ngungu).

 Le transport terrestre de nos Paras aurait pu se faire localement par des véhicules moyens et gros porteurs civils réquisitionnés en attendant nos moyens propres.

Peu de temps après, le Zaïre sollicite la création d’un seconde brigade para (la 32ème  BPZ), demande qui ne sera pas honorée par la France.

Six mois après cette aventure, nous sommes allés rechercher nos hommes. Ceci a nécessité deux fois plus de rotations de C-130.

En effet, il y avait, en plus au retour, eu égard aux coutumes locales, des machines à coudre, des mobylettes, divers « bilokos » et… des femmes (certaines avec enfants), épousées ou non pendant cette période.

Aucun des 11 coopérant français engagés dans cette opération aéroportée n’a été décoré, ni par la France, ni par le pays d’accueil.

 D’autres en revanche l’ont été, certains ayant interdit notre présence sur zone, d’autres ayant ordonné le contraire, mais tous avec une caractéristique commune : se trouver à près de 2 000 Km de la  « fête ».

C’était cela le Zaïre ! On a aimé ce pays.

Col (H) Jackie NEAU
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MessageSujet: Re: Opération aéroportée au Zaïre 1984   Opération aéroportée au Zaïre 1984 Icon_minitime2015-06-28, 17:01

Merci Gus

Et comme toujours les "Ramasseurs de Bananes" étaient là .

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Sicut-Aquila

Opération aéroportée au Zaïre 1984 908920120 Opération aéroportée au Zaïre 1984 Cocoye10 Opération aéroportée au Zaïre 1984 908920120

“Nous avons entendu et nous savons ce que nos pères nous ont raconté, nous n’allons pas le cacher à nos fils.
Nous redirons à tous ceux qui nous suivent, les œuvres glorieuses...”

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MessageSujet: Re: Opération aéroportée au Zaïre 1984   Opération aéroportée au Zaïre 1984 Icon_minitime2015-06-28, 18:21



Opération aéroportée au Zaïre 1984 926774 merci Gus Opération aéroportée au Zaïre 1984 373769 a ces soldats !

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Dans une guerre, ce qui se passe, ce n'est jamais ce qu'on avait prévu. Alors ce qui compte, c'est d'avoir le moral !
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MessageSujet: Re: Opération aéroportée au Zaïre 1984   Opération aéroportée au Zaïre 1984 Icon_minitime

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