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 Tempête de neige sur le djebel Aïn-Zaa avec le 3e RPC

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MessageSujet: Tempête de neige sur le djebel Aïn-Zaa avec le 3e RPC   Tempête de neige sur le djebel Aïn-Zaa avec le 3e RPC Icon_minitimeJeu 29 Aoû 2019 - 19:54

G24






                 Tempête de neige sur le djebel  Aïn-Zaaf




      Timimoun est encore dans les mémoires.


Le régiment a enterré ses morts, soigné ses blessures, et refait les effectifs manquants par de nouvelles recrues.


Beaucoup d'absents à l'Escadron depuis juillet 1957.


     A commencer par mon chef de peloton le sous/lieutenant Jacques Michel, blessé le 23 juillet 1957.
Victor Joly, voltigeur dans mon groupe, blessé le même jour.
Trombetta blessé à la cuisse, Charlet gravement brulé, Claude Angot blessé, Ankowiack, blessé à Timimoun et Rougier mort dans le même instant, Fleurat, blessé sous l'œil, revenu dans le groupe, Daniel Belot, revenu guéri de son poignet claqué au saut de Aïn-Mansour , Zayer tué à Hassi-Ali, Fièvre mort d'un éclat de grenade le même jour que Vidonne tué par sa grenade, et une dizaine d'autres blessés, et une dizaine de morts dont je n'ai pu connaître les noms.

     Puis des mutations soit dans d'autres compagnies comme Nedellec qui est dans les commando, Lordan notre antillais, muté dans une autre compagnie.


Bref l'Escadron avec le capitaine Calès notre nouveau commandant de compagnie, les nouveaux chefs de sections, de groupe et d'équipe, remanié pour de nouvelles opérations avec Bigeard promu colonel à 41 ans devenant le plus jeune colonel de l'armée de terre.


Le régiment donne à nouveau le meilleur de lui-même... écrit Bigeard dans ses mémoires dans son livre « Pour une parcelle de gloire ». Il raconte, que l'on cherche à l'éloigner en lui confiant des zones dures et difficiles: la réussites des combats de Timimoun, et la gloire faite à notre patron et au «3 ».
C'est vers cette époque que Chaban-Delmas, ministre de la Défense Nationale, lui propose de devenir député de Paris...Bigeard n'aime pas toutes ces combines de politiciens et demande a retourner à la tête de son régiment,

        Samedi 11 janvier 1958

    Il est 8 heures à notre base arrière de Sidi-Ferruch.


L'Escadron s'active, les sacs marins sont déposés au magasin.
Nous recevons des vivres pour un jour et demi.
J'ai dans mon sac cinq boites-chargeurs de FM 24/29 ,  deux chargeurs de MAT49 et 100 cartouches de 9 m en vrac, un sac couchage US, une toile de tente doublée nylon,  la veste molletonnée accrochée sur le sac TAP.


     Nous prenons notre repas à 10h30. Le départ est donné à 12h30.
Le régiment va tester les gars dans une opération de montagne .
Santiago mon camarade reste à la base.
Ce sont des camions Simca pour le transport, nous prenons la direction du village de Champlain en passant par Blida, les gorges de la Chiffa, Laverdo, Ouled-Brahim.
17H30 nous descendons les sacs à dos pour prendre aussitôt une piste de montagne boueuse  dont la pente se présente d'emblée impressionnante.


      Il pleut sans interruption depuis le départ et la piste ressemble à un marécage.
Des trous d'eau de 10/20 centimètres ou 700 paras pataugent, transformant ces passages forcés en bain de boue malaxée jusqu'à former de la pâte molle et collante à souhait.
     15 kilomètres en temps normal c'est une promenade, ici sur la piste liquéfiée, la montée sous la pluie et dans le vent qui se met de la fête, nous coupent le souffle.
Le contraste pour nous qui arrivons des sables brûlants du Tademaït, celui du Père de Foucault dans ce Grand Erg Occidental, rappelle dans notre mémoire que l'Algérie n'est pas faite seulement de soleil chaud et de ciel bleu.
Nous venons de faire 8 heures de marche sur une piste patinoire transformé en calvaire pour certains.
 
        12 janvier 1958


   Il est deux heures du matin, nous arrivons au but, à 1200 mètres d'altitude, le décor est complétement changé.
Nous grelottons dans nos tenues trempées, la pluie a cessé car nous avons traversés depuis une heure la masse nuageuse, nous sommes dans un paysage calme avec un ciel pur.


Les gars sont écroulés de fatigue, les corps fument par la transpiration, j'ai les pieds trempés dans mes jungle-boot, couvertes de boue.
Les armes ont souffert dans cette gadoue, je suis tombé sur les genoux plusieurs fois en glissade forcée.


     Je place la pièce FM 24/29 en protection de la zone, lorsque le jour se lève, la surprise et grande de voir un épais tapis de nuages très compacts se tenir sous nos pieds Au-dessus, le ciel clair, qui commence à prendre des couleurs féeriques avec la montée du soleil qui, bientôt nous réchauffe un peu de ses rayons flamboyants, la montagne s'illumine, le djebel apparaît dans toute sa beauté !
Dessous à 50 mètres, le tapis très épais de nuages nous isole du froid et de la pluie qui nous a tant gêné dans cette ascension.
Un repos nous permet de nous alimenter  pour récupérer des forces.


Déjà les pelotons sont prêts pour la fouille de cette zone qu'il va falloir redescendre pour nous rendre dans une vallée un peu plus bas de l'autre côté de ce djebel.

      Adieu notre bon soleil. A 15 heures, c'est le départ,  nous descendons sur une piste raide qui nous conduit sur les lieux du ratissage, je crapahute maintenant sur une autre piste un peu moins dégueulasse, reliant des mechtas isolées à la vallée  quatre cent mètres mètres plus bas.


La fouille se fait rapidement à cause de la cadence imposée, en liaison par radio avec le reste de l'Escadron , il est 17 heures, nous  préparons nos emplacements pour la nuit qui arrive vite en montagne. 


    Les jeunes recrues arrivées de France sont incorporées dans nos groupes de combat.
Ils ont leur baptême pour la première opération avec le régiment.
Certains souffrent mais ne laissent rien voir . Ce décor d'hiver ou le froid à cette altitude traverse les vêtements malgré la veste molletonnée enfilée par dessus le  treillis, nous fait frissonné.
    Le soir arrive et la pluie glaciale nous surprend à nouveau, juste le temps de monter notre petite toile de tente que l'on peut raccorder par deux, nous abritent un peu des intempéries.
Le caporal/chef Thevenon et moi prenons le tour de garde jusqu'à 21 heures.




    La grêle mêlée de neige se met à tomber.  Le vent passe en rafale dans le bivouac.
Tous nos gradés sont à la même enseigne, Calès notre capitaine et notre grand patron « Bruno » .
Dans les autres compagnies le problème est le même. La nuit est terrible !.

    Lundi 13 janvier 1958

    Au réveil j'entrouvre la guitoune, j'ai un frisson en découvrant le paysage.


Le djebel est recouvert de 15 cm de neige mélangée à de la grêle qui continue à tomber.
Personne n'ose sortir de son refuge précaire, la visibilité est nulle.
  J'entrevois des éclairs zébrant l'atmosphère tout autour de nous, accompagné de coups de tonnerre simultanés , la résonance  amplifiés par la montagne à quelque chose d'irréel.


On dirait la fin du monde!.
Le gars qui a le malheur d'enlever ses rangers ne peut plus les remettre .
Le cuir est devenu dur comme du métal, ceux qui ont des allumettes et du papier ou autre, font un  semblant de feu pour dégeler les bottes afin de les remettent aux pieds. 


     La boîte de ration est presque vide, d'ailleurs ce qu'il en reste se trouve dans les poches de la veste, poudre de café, et de sirop d'orange, dernier sucre, boite de sardine ou boite de pâté et un reste de pain, la pâte de fruit est avalée de puis belle lurette, tout ça sans pouvoir faire de feu.


Départ de l'Escadron à 9 heures, opération annulée, retour par le même itinéraire.
Une véritable retraite de Russie!
Nous sommes autour de 1200 mètres d'altitude et trente kilomètres nous attendent pour rejoindre les camions en bas mais de l'autre côté du djebel qu'il va falloir monter afin de passer sur l'autre versant.


     Les pieds dans un triste état, les doigts gelés, la tête entourée d'un chèche ou d'un gilet serré par les manches autour du cou, la casquette par dessus, les plaies aux pieds ne se comptent plus, moi j'ai la chance d'être en jungle-boot avec une paire en réserve avec chaussettes, je suis à l'aise pour marcher.


Chavanne un para du 2ème peloton marchera 30 kilomètres avec des chèches à chaque pieds, enveloppé dans le plastique de sa toile de tente découpée pour l'occasion.
    Trente kilomètres avec des éclopés qu'il faut soulager de leur sac, pousser, tirer, la troupe avance, c'est dur à monter et c'est encore plus dur à descendre  ! l'ENFER ! Pour certains...


     La tempête reprend de plus belle dans la montée, les gars tombent comme des mouches, il faut les relever à coup de pompes dans le derrière, stimulant de cette façon leur amour propre pour ceux  qui veulent abandonner.


   Enfin, le sommet est passé, nous voilà dans les 15 derniers kilomètres sous une avalanche de grêlons nous attaquons la descente, des éclairs strient  de tous côtés, accompagné de formidables coups de tonnerre.


     Au fur et à mesure de la descente, nous passons toutes les formes de la tempête. Neige, grêlons, verglas.
     Cabanel, dont les rangers ont rendues l'âme, a enroulé son chèche coupé en deux autour de ses bottes afin de retenir la semelle qui s'ouvre à chaque pas.


Pour beaucoup ce sont des pas de souffrance avec les pieds à vif.


Le sergent/chef Rebouillet avec ses rangers sans crampons et son genou qui se déboite dû à une blessure en Indochine, enfile des chaussettes par dessus pour ne pas tomber.
Plusieurs fois il a recours à nous pour lui remettre le genou en place, il grimace de douleur.
Il faut être équilibriste pour rester sur la piste.


Notre caporal Vietnamien Ho-Than-Hien se trouvant avec nous au 1er groupe depuis peu, n'est plus qu'un automate, il tombe dans tout les sens.


Sans un murmure il se relève et repart, étonnant ce caporal.
Il est midi.


La pluie a cessée. Nous atteignons une piste plus large qui rejoint un petit fortin, la sentinelle ouvre des yeux ronds de stupeur devant cette troupe sortant de l'apocalypse.


Les plus éclopés sont déposés au fort. 
    Mon pote Fusée marche comme un lion, Martignon râle comme un sourd, et Fleurat m'a refilé le FM. Je suis le seul avec les pieds en bon état, mise à part les épaules qui me font mal. La MAT 49, le FM, le sac à dos trempé, ça fait lourd !.
Quelques uns ont perdu des affaires ! Gare aux engueulades.
    Enfin à 16 h30 nous sommes en vue des « bahuts ».
Une popote commandée par Bigeard nous distribue un quart de vin chaud. Ouf ! Que c'est bon cette chaleur qui irradie le corps.

    J'ai appris que « Bruno » n'ayant plus de couchage (perdue par son porteur), un officier lui a prêté le sien, le pauvre ! quelle nuit!. Le commandant Lenoir s'est écroulé en arrivant aux camions .


     Nous montons dans les bahuts Simca en remerciant les braves « appelés » de chauffeurs qui ont fait le maximum pour leurs paras qu'ils bichonnent  quelquefois en offrant une bière fraiche, car ils sont fières de rouler pour les gars Bigeard.


     Sidi-Ferruch, tout le monde descend, il est 21 heures, nos braves cuistots sont aussi sur les dents pour offrir aux copains un repas chaud, du vin chaud.


Je me fais en plus un potage avec du pain dedans, un lavage rapide et puis faire le lit ou je m'écroule suivi de mes compagnons de misère.
Mais je sais qu'après une bonne nuit de récupération la fatigue aura disparu. Nous connaissons le bilan de cette opération abandonnée: 250 consultants au régiment surtout pour les pieds qui n'ont pas résisté aux  agressions du froid et de la neige. Mon caporal Vietnamien Ho-Tan-Hien qui a les pieds gelés est parti à l'hôpital Maillot d'Alger.
    Pour mémoire : Le 2e R.P.C. de Chateau-Joubert qui était de la partie, a eu sa part de pieds gelés et handicapés en tous genre. 


   Ce fut notre petite retraite de Russie et une mise en forme de nos petits jeunes.
   Cette opération banale, dont beaucoup d'ancien ne se rappellent même plus, reste gravée dans ma mémoire et dans mes carnets de route.
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