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 La blessure de Jacques Michel mon chef de section, chef de Delférrière

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bretirouge
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MessageSujet: La blessure de Jacques Michel mon chef de section, chef de Delférrière   Ven 9 Fév - 16:07

G20



















                  La deuxième bataille d'Alger juin à octobre 1957










Nous sommes de retour de l'opération «Agounennda» et nous avons à peine le temps de souffler, que déjà il faut se relancer dans une autre opération sur Alger.

 La tranquillité relative que nous avions réussi a obtenir après avoir décapité les cellules terroristes d'Alger sera de courte durée.

 Ben M'hidi disparu, la ville se prend à respirer plus librement, mais c'est sans compter sur le relâchement des unités censées poursuivre notre travail de recherche et de destruction des réseaux FLN.




Le bras droit de Ben M'hidi refait surface en devenant chef de la ZAA .

 Yacef Saadi, reconstitue tous les réseaux de sa zone, fabrique de bombes, liaison des contacts, poseurs d'engins explosifs.

 Vers le 3 juin des bombes sont posées dans les pieds des lampadaires en fonte près des arrêts de bus et réglées pour sauter à la sortie des bureaux.

          La population rentrant du travail, le trafic est dense.

Quand les explosions se produisent tout est pulvérisé, le lampadaire fait un effet dévastateur, les morceaux de fontes volent en éclats, mutilant hommes, femmes, enfants , européens et musulmans sans distinction.


       Des dizaines de morts des blessés par centaines, c'est l'apocalypse.

 Le 20 juillet le régiment retrouve Alger, dispersé en fonction du secteur         désigné par Bigeard.

L'escadron pour sa part est déjà installé depuis le 18 juillet dans une école de sourds-muets boulevard du Télemly pas très loin de Bab-el- Oued, les sacs marins et la musette TAP nous suivent.


          Quelques heures pour s'organiser , nous sommes opérationnels.

 Les mouquères sont habituées aux fouilles maintenant, certaines rient franchement de se faire palper par ces jeunots, nous avons une méfiance envers les mousmés assez minces, qui nous rappellent Ali la Pointe qui s'était travesti en femme voilée pour être moins inquiété par les fouilles.



Nous avons appris le drame du 9 juin au casino de la Corniche sur le front de mer au bout de la pointe Pescade, c'est la Pentecôte et la foule se presse dans la salle du bal archi- comble, un employé de l'établissement glisse sous l'estrade de l'orchestre une bombe à retardement qui se déclenche à 17h 30, pulvérisant orchestre et danseurs, dix morts et plus de 80 blessés dont certains seront amputés d'un ou plusieurs membres

. Nous arrivons dans ce contexte qui ressemble à notre première Bataille d'Alger.

 Bigeard prend ses responsabilités étant donné que les directives du gouvernement son vagues, personne ne veut se retrouver dans une position à risque, en gros, personne se mouille dans cette opération de traque contre le FLN et ses sbires.





Le 23 juillet 1957, il s'agit de retrouver les deux terroristes échappés du tribunal d'Alger le 16 juin, où ils allaient passer en jugement avec cinq complices.

 En montant un étroit escalier en colimaçon du tribunal, encadrés par quatre gendarmes, ils avaient réussi à leur fausser compagnie par une petite porte formant un angle mort.


 Des complices les attendaient en voiture et ils s'étaient évaporés dans la campagne, fuyant Alger, les contrôles redoublent de sévérité mais en vain.

Plusieurs indicateurs les situent à «Bouzaréa»(2) Ce sont de dangereux terroristes, malfrats sanguinaires.

Nous investissons «Montplaisant» jolie banlieue d'Alger, avec un groupe d'une douzaine d'hommes, groupe prélevé sur les 1er et 4e pelotons en tête le lieutenant Jacques Michel et le lieutenant Lefèvre


Perchée sur les hauteurs, ensemble de résidences alternées de maisonnettes clairsemées dans un paysage boisé.




Le secteur est très escarpé, des cabanes, des maisonnettes de belles villas s'intercalent à travers un joli fouillis de paysages verdoyants, parsemé de zones incultes par de petits sentiers à pente très raide par endroits, les lotissements de villas sont desservis par de la route goudronnée, mais aux alentours des sentes étroites nous font accéder à de petites cabanes enfouies dans la végétation.



Nous arrivons dans le secteur de Mont-Plaisant, au lieu dit du «Beau Fraisier», la route en corniche au dessus de nous serpente à flanc de coteaux d'où l'on aperçoit Alger à trois kilomètres.

 Le coin sent bon les fleurs et les plantes odoriférantes méditerranéennes.

Malgré cet endroit qui porterait à rêvasser, je suis comme le groupe, le doigt sur la détente, le Pistolet Mitralleur est armé, nous fouillons dans les moindres recoins.

 En tête mon chef de section le sous/lieutenant Jacques Michel, Victor Joly le voltigeur, Robert Groisil et Joubert, puis moi avec le reste de l'équipe armés de MAT 49.


Il est tôt et le soleil pointe à l'horizon dans ce décor si calme, la fouille des lieux nous oblige à pénétrer dans des coins feuillus ou contourner un cabanon, une vieille masure, passer au crible les villas et inspecter le contenu.

Quand soudain, arrivés à quelques mètres d'un cabanon le feu se déclenche a dix mètres mètres sur les hommes de tête simultanément.

 Le Sous/lieutenant Michel reçoit une balle dans le bas du ventre, Victor Joly lui est touché au genou et tombe, la rafale du pistolet mitrailleur Sten n'a pas le temps de blesser davantage de gars.



Les tirs de nos MAT 49 sont décisifs, le tireur à la Sten est haché par nos rafales, le second tireur armé d'un colt est tué dans la seconde qui suit, le troisième complice après une chasse poursuite, sort de la cache les mains en l'air il se rend sans combat.


 Les tueurs qui étaient avec deux autres complices, dans l'aube, éclairée à contre jour par le soleil naissant ne nous avaient pas vu approcher. Le repaire une fois cerné le troisième ne pouvait nous échapper, un quatrième caché un peu plus loin a réussi à s'éclipser.


 Ces deux individus, Bouziri et Thia faisaient partie de la cellule dirigé par Larbi Amari( arrêté après) qui comprenait sept tueurs, cette bande avait à son actif, un nombre important d'attentats. Ils avaient été arrêtés vers la mi-avril dans la casbah, par les hommes du 9ème Zouave et la gendarmerie


Appel de l'infirmier qui se précipite pour les premiers soins, le Capitaine Le Boudec est présent pour le transport des blessés.

              Il faut brancarder les deux camarades.

La gendarmerie et notre capitaine sont arrivés au bord de la route en corniche au dessus de nous.

Je suis désigné pour remonter les cadavres des fells, je récupère deux tôles ondulées d'un cabanon, et les posent aidé par les gars du groupe, nous disposons les morts sur les deux brancards improvisés, et à quatre nous soulevons les corps pour les remonter à 40 mètres au dessus à travers un passage à peine tracé d'inclinaison importante.


J'ai la tête du fell en bas de mon côté celui qui a la tête en deux d'où la cervelle s'écoule. Je trébuche, plie du genou, et bascule en avant, le macchabée glisse aussi, ma figure rentre en contact avec la tête du fell, j'ai le visage éclaboussé de matière cervicale jusque dans le nez, je lâche tout et vais vomir à me retourner l'estomac en m'essuyant la figure.

 Un autre prend ma place après avoir enveloppé la tête avec ma veste souillée.


J'arrête là le transport et cherche un point d'eau pour me laver la figure.

 Remontée sur la route pour identification, les deux morts sont scrutés par les paras et l'un deux dit d'une voix forte «Tiens on va manger de la cervelle à midi!» alors je repars vomir.


 Le soir à la base, je ramasse une cuite monumentale, et depuis j'ai en horreur tout ce qui concerne la cervelle d'animaux.


Mon Sous/ lieutenant Jacques Michel sera opéré à l’hôpital Maillot d'Alger et sa blessure malgré la gravité sera un miracle la balle a traversé la bourse sans toucher les testicules, puis est ressortie sous l'anus pour rentrer en face avant de ressortir, à l'hôpital Maillot d'Alger les correspondants des journaux locaux, Le Journal d'Alger..L'Écho d'Alger..La Dépêche d'Algérie.. Feront état de balles dans la poitrine, d'où l'étonnement des visiteurs devant un torse nu intact....


Quand à Victor Joly, le genou en triste état, la balle tirée à quelques mètres a fait de gros dégâts sur la rotule et l'articulation, tous deux ne reviendrons pas au 3e RPC ni aux paras.


Aucune nouvelle depuis de Victor Joly, quand a mon chef de peloton le sous/lieutenant Jacques Michel il finira dans la réserve comme commandant; j'entretiens une correspondance avec lui, après 54 ans de silence, reprise de contact consécutive à mon obtention de la médaille militaire annoncée dans nos gazettes associatives.

Encore une faute d'un gars de l'Escadron, montant la garde à l'entrée de notre PC, la MAT 49 à la bretelle, quand arrive une jeep de patrouille avec 4 paras que s'est-il passé? Une rafale part en direction du véhicule blessant deux gars dont un grièvement, quelle poisse !




Pendant ce temps, la bataille d'Alger est en cours de se finaliser, Yacef Saadi, responsable de la zone d'Alger, est toujours introuvable.

 Les deux adjoints de Yacef, Ramel et Mourad responsables du réseau bombes sont pistés par le capitaine Chabanne.

Un autre adjoint de Yacef , du nom de Ghandriche mais avec le pseudo de Zerrouk, se voyant démasqué et risquant la peine de mort, se met au service de l'armée et aide à retrouver les derniers chefs FLN.


Des bombes sous forme de paquets sont déposées un peu partout, une patrouille hélée par une habitante d'un quartier demandant de vérifier un paquet suspect dans ses escaliers, le caporal Caze que je connais pour avoir fait un séjour à l'Escadron, ce porte vers le paquet et avec son poignard coupe les ficelles, le colis explose, il a le bras arraché, emmené d'urgence à l'hôpital, il en ressortira et fera tout son possible pour rester au 3e RPC, malgré son handicap et ne pouvant plus sauter, Bigeard le gardera en base arrière, il continuera sa carrière avec les paras.

Un jour les responsables des bombes, Ramel et Mourad sont repérés dans la casbah, impasse Saint-Vincent-de-Paul.

Bigeard, avec le commandant Lenoir foncent retrouver le lieutenant Schmitt ( futur chef des Armées 5 étoiles )et deux section du 3eRPC, accompagné du capitaine Léger et ses «bleus de chauffe»qui ont découvert les deux terroristes armés retranchés avec une quantité de bombes.

Planqués au deuxième étage de l'immeuble situé dans une impasse très étroite. Les paras cernent les lieux et investissent les étages et les terrasses, essuyant le tir des terroristes. Les deux rebelles demandent a parlementer avec Bigeard et réclament un laissez-passer et une lettre faite de la main du colonel. Le tout sera mis dans un panier qu'ils laissent descendre au bout d'une corde, avec une bombe a retardement réglée pour exploser dans les deux minutes.

Le traquenard est déjoué, la bombe explose, Bigeard a juste le temps de se mettre à l'abri, en revanche, le commandant Lenoir est touché à la jambe, le capitaine Chabanne est blessé également, mais deux paras s'écroulent gravement atteints par les éclats de la bombe, une grenade est lancée dans la pièce ou sont retranchés les tueurs, ils sortent en trombe une bombe à la main, une fusillade les cloue sur place ils sautent avec leurs engins. 17 engins mortels seront récupérés dans leur repaire.

Les deux derniers responsables, Yacef Saadi et Ali la Pointe demeurent introuvables et seront presque à notre main fin août, mais le 4 septembre il faut passer le relais au 1er REP du colonel Jeanpierre qui pourra faire l'arrestation des deux fuyards, Ali la Pointe sera tué.

Fin octobre, nous plions bagage pour notre base de Sidi Ferruch , tout en reprenant de plus bel le sport, les marches, le tir, les chants. Le 22 septembre 1957 le régiment part en opération en Kabylie direction Ménerville, Palestro, Bouira, Maillot, Akbou vers le col de Chellata à 1600 mètres d'altitude, nous allons crapahuter jour et nuit pour de nouvelles aventures.

 C'est le résultat de mes carnets de route que j'ai écrit durant les mois fait au 3e RPC de Bigeard

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Dernière édition par bretirouge le Ven 9 Fév - 16:52, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: La blessure de Jacques Michel mon chef de section, chef de Delférrière   Ven 9 Fév - 16:35

Merci Gus ,

Je ne me lasserai jamais de lire tes combats d'Algérie .




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MessageSujet: Re: La blessure de Jacques Michel mon chef de section, chef de Delférrière   Ven 9 Fév - 16:49

Merci  mon lieutenant !! tu es mon meilleur ami et çà !!!!!


C'est un trésor rare !!!



Et pour notre nouveau qui connait mon ancien lieutenant  !!

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MessageSujet: Re: La blessure de Jacques Michel mon chef de section, chef de Delférrière   Ven 9 Fév - 18:23



bisous bisous bisous bisous

Clind'oeil

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MessageSujet: Re: La blessure de Jacques Michel mon chef de section, chef de Delférrière   Ven 9 Fév - 18:24

Oui merci à toi Gus pour ses récits, et le vécu qui va avec  Merci

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MessageSujet: Re: La blessure de Jacques Michel mon chef de section, chef de Delférrière   Ven 9 Fév - 21:34


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Tu ne sais jamais à quel point tu es fort, jusqu'au jour où être fort reste ta seule option !
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MessageSujet: Re: La blessure de Jacques Michel mon chef de section, chef de Delférrière   

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