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 Souvenirs des Anciens, les quatre cents coups

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bretirouge
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MessageSujet: Souvenirs des Anciens, les quatre cents coups   Ven 26 Fév 2016 - 18:07

! Il ne paraît pas exagéré de dire que nul ne peut se flatter de connaître la Brigade,
s'il n'a pas connu l'époque Bretonne, Meucon, les Bataillons se préparant à partir pour l'Indochine.

Le Colonel Langlais, dans un livre non publié intitulé « Dien Bien Phu », a réservé un chapitre à cette partie de la vie de la Brigade Parachutiste d'Outre-Mer dénommée alors « 1° Demi-Brigade Coloniale de Commandos Parachutistes SAS.

» C'est ce chapitre que l'auteur a bien voulu autoriser « Béret Rouge » à publier.
Les anciens le liront non sans une certaine émotion, car il est d’une époque où nous avions tous une bonne dizaine d’année de moins ; les moins anciens se réjouiront au récit d'exploits contés avec humour. Au Colonel Langlais, la Direction de Béret Rouge adresse ses sincères remerciements.


Pendant les sept ans de son séjour breton, elle (la Brigade) recruta, encadra, instruisit treize Bataillons pour la guerre d'Indochine.

Je ne puis écrire ce «Dien Bien Phu» sans évoquer son extraordinaire - ambiance. Tous les Paras français, engagés volontaires, qui combattaient dans ses tranchées, étaient passés chez elle.

C'étaient les vétérans du Paris Quimper, les escaladeurs du Château du Nédo, les familiers du bar «Olympic », dit « Le Pic » à Vannes, les touristes qui voyageaient en première classe avec un billet de chien et terrorisaient tout un quai de gare avec une grenade à blanc.

Ils aimaient bien Vannes et malgré des débuts difficiles, Vannes le leur rendait. Ils épousaient ses filles . J ’ai suivi leur exemple. Aussi, après leur départ définitif pour Bayonne, la ville décida de donner à l'une de ses rues le nom de sa chère Demi-Brigade.

Mais ...elle n'alla pas jusqu'à débaptiser le « Mené» et les Paras durent se contenter d'une ruelle des faubourgs ; peu digne de leur grand nom.

A chaque départ de bataillon, c'était un nouveau et amusant scandale. A Vannes, certains 'bistrots qui avaient vendu trop cher le Muscadet fermaient leurs portes un mois avant les départs et les patrons partaient se réfugier dans le Midi.

Un Commandant de Compagnie trouvait sur un paquetage le billet suivant : « Nous (suivaient dix noms) avons mis en commun notre prime de départ (3 millions en tout, que l'on avait la bêtise de payer comptant) nous partons les dépenser à Paname, mais on sera au bateau »
Et ils yétaient ! A Quimper, une veille de départ, deux Paras avaient un rendez-vous clandestin dans un pensionnat.

Une vieille sœur les surprit . Indignée de ces...mousquetaires au couvent, elle les pourchassa et nos deux paras s'échappèrent de justesse en perdant leurs bérets. Le lendemain, la pauvre sœur , cardiaque, mourut hélas, mais d'une mort tout à fait naturelle.

Le bruit courut aussitôt à Quimper d'un viol, collectif du couvent et je vois encore la tête des autorités quand j'arrivais de Vannes, ne me doutant de rien avec mon drapeau pour la prise d'armes du départ.

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Le parachute était un jeu, un moyen pratique de transport. Moi-même, je l'utilisais pour aller en week-end à trente kilomètres de Vannes. Je me faisais larguer sur une prairie.

Pour présenter le drapeau aux recrues, je sautais sur une lande de Guingamp avec toute la garde en tenue et un Colonel de rechange, mon adjoint, en cas d'accident.

Et je fis bien, car ce jour d'hiver, je faillis me noyer dans le Trieux glacé. Des Sous-officiers firent mieux, un beau jour, quatre moniteurs partirent pour une reconnaissance de DZ; ils disparurent. Au retour, nullement gênés, ils expliquèrent que volant à basse altitude, ils avaient vu dans
une ferme une sympathique noce et avaient sauté sur la table.

Reçus à bras ouverts, ils burent et mangèrent pendant trois jours. Si l e Capitaine M… instigateur de l'attaque du Paris Quimper, l'un des «classiques»de la Brigade et qui avait eu à cette occasion une citation peu ordinaire, s'était rangé et était devenu mon Chef d'Etatmajor, les Officiers me donnaient encore plus de fil à retordre .

que les Sous-officiers et les hommes. A tout seigneur tout honneur, venaient d'abord les vénérables SAS, vétérans des missions en France occupée, des combats des Ardennes belges, de Hollande, de Bretagne.

Depuis dix ans, ils portaient le même béret britannique, sans couture. Leur usure et leur … crasse étaient respectées de tous. L'un d'eux était le Capitaine L... Il ne parlait guère de ses dures et .périlleuses missions ; par contre un jour, il me conta celle-ci :
Il avait donc sauté, venant d'Angleterre avec son équipe, un radio ; un dynamiteur. Sa mission était de détruire un ponceau et cent mètres de voie ferrée, dans la région de Ploërmel. Il ne devait avoir aucun contact avec les habitants. La DZ était dans la région de Gaël aux lisières nord de la forêt de Paimpont. Et la progression commença.

Mais cette forêt, l'antique Brocéliande, se révéla pleine de pièges. Si la fée Viviane -fut comme toute femme sensible aux charmes des paras, l'enchanteur Merlin sema des embûches sous leurs pas.

L'équipe erra toute la nuit au lieu dit « Val sans retour» dont la jungle est aussi épaisse que celle du Haut Tonkin.

Au .jour, elle se retrouva à son point de départ. La seconde nuit fut sans histoire. L'équipe arriva à proximité de son objectif la troisième nuit vers 2 heures L... partit en reconnaissance.

Intrigué, il entendait des voix, des chocs sourds. Une patrouille ennemie ? Rampant entre les ajoncs, il aperçut enfin le fameux ponceau… Là , tout le village de T… hommes , femmes , enfants , vieillards , déboulonnaient la voie en buvant des bolés de cidre … Puis venaient les anciens, campagne de France, un, deux séjours en Indochine, puis les jeunes «Coët » Chacun avait sa voiture.

On allait à Saint Brieuc, Quimper, Guingamp, voir les copains.

C'était, l'occasion de rallyes équipes, où Citroën, Aronde, Panhard s'affrontaient.

Le circuit Vannes Guingamp avait la préférence.

Il comprenait une dure et longue côte entre Mûr et Corlay, propre à juger les performances. Le parcours était chronométré.

La côte coupait une route nationale . Qu’importe ! Elle était barrée le temps de la course. Un Para casqué, armé, brandissait une pancarte «Stop ! Brigade Parachutiste, exercices de tirs, Danger

»Au retour de ces randonnées les carrossiers de Vannes avaient du travail. Mon Lieutenant « aide de camp » faisait partie de la bande et il me mettait avec astuce et prudence au courant de ces aventures. Les copains lui disaient :

Le patron finira par savoir, raconte, mais choisis un moment où il est de bon poil » Lui-même (l'aide de camp, pas le patron), «sur la route de Nantes », comme dit la chanson, avec deux fillettes embarquées à l'insu des parents, avait parcouru sans dommage pour ses passagères, cent mètres de macadam sur le toit de son Aronde retournée.

Si mes jeunes Officiers étaient passionnés de l'auto, ils ne pratiquaient plus les sports nautiques depuis la «croisière F... ». C'était au temps de Massu qui avait à Conleau un petit dériveur et tentait d'entraîner les jeunes dans ses sorties .

Un jour F… se laissa convaincre. A minuit, Colonel et Lieutenant n'étaient pas rentrés. La Brigade s'inquiéta. Vents et marées contraires avaient immobilisé le voilier au large de l'Ile aux Moines et F... dut suer et pagayer toute la- nuit pour ramener son Colonel.

F… (Alias Ferrano) Officier de la Légion d'Honneur, Compagnon de la Libération, bardé de palmes, il m’ e n a f a i t voi r .

Une nuit, il trouva astucieux de téléphoner Préfet. Après avoir dit quelques bêtises, il termina par : «Je vous présente mes devoirs, Monsieur, le Préfet », et raccrocha.

Le Préfet n'eut aucune peine à découvrir le coupable. Le lendemain il me faisait pa r t de l ’ i nc i d e nt . J e convoquais Ferrano «Mets-toi en tenue, mets tes bananes, prends ton béret et vas faire des excuses » Il était furieux mais s'exécuta.

J'attendais son retour inquiet. Le Préfet avait bien voulu rire de l'aventure et ils avaient trinqué ensemble. Petit, mais étonnamment costaud F... cherchait partout et constamment la bagarre. Il s'attaquait en
général aux armoires à glace . Que de fois nous l ’avons vu arriver l 'œil poché .

Ma is un poteau en béton auquel il se mesura avec sa quatre chevaux surcompressée, l'envoya à l'hôpital pour troi s mo is . F…. à l'hôpital ! Quel cirque ! Les copains arrivèrent, le Muscadet aussi.
Un bar installé dans un coin de la chambre. G... passa, le champagne coula à flots et le soir il fallut découper une fenêtre à hauteur de l’estomac dans le plâtre qui enserrait le torse de F... F..., mon ami, si ces lignes te tombent sous les yeux, j'espère que tu ne m'en voudras pas d'évoquer ces chers souvenirs.

Six .mois plus tard, ce n'est plus aux poteaux que tu en avais, mais aux Viets en compagnie de M… dans l ’âpre combat de Ban Hin Siou, au Laos, pas loin de Seno.

Fasse le Ciel que notre Armée .compte toujours parmi les siens des hommes de ta trempe ! Le Lieutenant M... Dirigeait mon école de commando.
Ce fut lui qui réussit l'étonnant exploit de faire démolir par une équipe de gendarmes à l'instruction commando un appréciable marceau de parapet du viaduc d'Auray.

Quelle histoire ! Le lendemain M... Se présentait à mon bureau. Avec aplomb, il déroula un rouleau de papier noir de chiffres et me déclara : «Mon Colonel, mes charges étaient prévues au plus juste.

Voici les calculs. Si ce pont a sauté, c'est qu'il n'était pas solide » Je répliquais : «Vraiment pas solide. Un pant en granit. Vous aurez 15 pains et paierez les frais.

» Je le jetais à la porte. Il en profita aussitôt pour extorquer cet argent, que bien entendu je ne lui réclamais jamais, à sa famille. Quant aux pains, c'est moi qui les reçus.

Un confidentiel fulgurant du Ministre m'arriva. Puis ce fut la SNCF. Elle me fit savoir que le trafic de voyageurs diminuait considérablement sur la ligne Paris Quimper et que si ces .scandales continuaient, tout porteur de béret rouge serait exclu de ses express.

Cependant compréhensive pour mes exercices de commando, elle me conseilla d'abandonner les grandes lignes et de m'attaquer de préférence aux trains de marchandises sur les lignes secondaires, Auray Pontivy, par exemple.

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Le Lieutenant X... était chargé du garage et la Brigade consommait énormément d'essence. A elle seule, plus que tous les Corps réunis de la Région. L'Etat-major s'inquiéta et dépêcha un contrôleur qui alla directement voir le Lieutenant X...

Sans peine, il découvrit deux sources clandestines d'essence. J'ai oublié la première, quant à la seconde, c'était bien simple : le garage pompait dans une énorme citerne de la subdivision et remplaçait à mesure par de l ’eau.

Le jaugeur qui passait gravement chaque mois n'y voyait que du feu. Alors triomphant, le contrôleur dit à mon lieutenant : «Si j'ai bien compris, lieutenant, vous avez à la Brigade deux sources clandestines d'essence ! »
Et sans désemparer, mon Lieutenant répandit : Non, TROIS, Monsieur le Contrôleur Général, il ya aussi l'essence que l'on pompe aux avions lors qu’ils font le plein»

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3 ans chez Bigeard
N° 110396
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